‹ Le manuscrit de feu M. Jérôme [pseud]Chapitre 229 sur 233 · LIVRE VI. CHAPITRE UNIQUE · texte numérisé non relu

LIVRE VI. CHAPITRE UNIQUE

en Italie. Je courus à Rome; je n'eus pas beaucoup de peine à déterminer un grand nombre d'éminences à accompagner Sa Sainteté dans ce voyage. Les Italiens furent charmés de voir un Italien sur le trône de France. Le pape arriva. Je le précédai de quelques jours. Il fut alors question de retrouver l'Ampoule de saint Rémi , Fépée et le sceptre de Charlemagne, la main de justice de saint Louis, et de créer de nouvelles armoiries impériales, car les lys avaient quelque chose de trop bourgeois. Lenoir fournit Fépée et le sceptre conservés à Saint-Denis; la main de justice se trouva dans le dépôt des anciens Bénédictins ; Denon donna le modèle des aigles, et Fourcroy fut chargé de composer une nouvelle Ampoule; David donna le dessin du manteau impérial, dont la queue fut portée par une demi-douzaine de rois et de princes. Comme la république française s'était environnée d'un certain nombre de petites républiques , l'empire s'environna d'une ceinture de grands et de petits royaumes. Je partis secrètement de Paris , et je me trouvai, comme par hasard, dans toutes les capitales de ces monarchies nouvelles. Ce fut à l'occasion de ces divers voyages que Bonaparte dit qu'il licencierait volontiers toute sa diplomatie virile, et qu'il n'y avait que celle qu'on faisait en jupon qui lui réussissait.

L'Angleterre fut alors un argument fort commode pour les prises de possession. Comme elle

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avait gardé Malte , nous gardâmes l'Italie ; comme elle s'était emparée de l'Inde, nous nous emparâmes de l'Allemagne; et comme elle avait la souveraineté des mers, nous prétendîmes à la souveraineté des terres.

Mais il arrive un moment où la fortune se lasse , et c'est toujours celui où elle a comblé la mesure de ses faveurs. Alors le ciel permet que des projets insensés passent par la tête de ceux qu'elle a élevés au-dessus des nations , afin qu'il soit un jour écrit qu'ils se sont détruits de leurs propres mains. On avait pour épouse Joséphine; on l'avait fait sacrer; on avait pour héritier Eugène, et ensuite Napoléon second*. Celui-ci étant mort, on devait naturellement revenir à Eugène, qui avait épousé une Bavaroise. Mais il n'en fut point ainsi, on congédia notre dame des Victoires; on joua la Russie ; on devint à la vérité l'époux d'une archiduchesse de l'Empire ; mais on n'eut pas pour cela un beaupère dans l'Empereur. La fortune s'enfuit avec la bonne fée de la Malmaison. Paris vit naître dans ses murs un roi de Rome. Tout fut contradiction et prodige dans ce temps-là.

Il me souvient d'une soirée d'été durant laquelle nous étions en petit comité à Saint-Cloud. Il fut résolu qu'on irait, après souper, prendre des glaces autour du grand bassin. On y alla, on s'assit

* Napoléon de Hollande, mort du croup.

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