‹ Le manuscrit de feu M. Jérôme [pseud]Chapitre 231 sur 233 · LIVRE VI. CHAPITHE UlNIQUE · texte numérisé non relu

LIVRE VI. CHAPITHE UlNIQUE

çait , on perdit son temps à l'Elisée-Bourbon , on partit trop tard. Tout ce qui exerçait la grande et petite influence auprès de l'empereur, tenta de le détourner du parti extrême auquel il allait s'abandonner. Mais on avait une magnifique armée à Hambourg, sous les ordres de Davoust^ on était bien aise de la faire voir à toute l'Allemagne. Elle la traversa en effet. Nous arrivâmes sur la Vistule, une épizootie y détruisit notre cavalerie. On conjura alors l'empereur de prendre en Pologne des quartiers d'hiver pour se refaire; mais il traversa le fleuve, et quand il fut sur l'autre bord, il jeta son chapeau en l'air, en disant : Qui m'aime, me suive.

L'univers sait l'issue de cette campagne.

Dans la campagne suivante, après la défection des Saxons, la mort de Poniatowsld et le désastre de Leipsick, il n'y eut plus d'espoir de salut. Ce fut alors que les courtisans des évènemens s'adressèrent à Hartwel. Alors aussi commença le règne des trois abbés. On tremblait qu'Alexandre ne voulût pas venir à Paris. On lui dépêcha des courriers; on décampa de Montmartre, on ouvrit les portes de Paris.

Ce fut la faute de Bonaparte. Il avait accoutumé ses serviteurs à une obéissance trop passive. Personne, en son absence, n'osa s'écarter des ordres qu'il avait donnés d'avance. On passa sous les Fourches-Caudines en riant et en chantant.

Heureusement qu'un prince aimable, qui avait conservé les mœurs françaises, vint peu de jours après consoler les véritables citoyens de la présence des Tartares. L'entrée du roi, après tant de calamités, fut un véritable bonheur.

Je compris alors que tout était consommé pour la France et pour moi, et que mes destinées étaient accomplies. Je quittai la France, je me réfugiai dans ces contrées que j'avais traversées en me rendant en Italie , et dont le souvenir m'était resté. J'achetai avec les débris de ma fortune tout ce que vous voyez autour de moi. Je dois la propriété de cette montagne aux anciennes bontés du roi d'Espagne, et j'ai fait bâtir cette maison avec mes diamans de Westphalie. Tout ici est souvenir pour moi, et rien n'y est reproche. Ce pic, dont la tête se cache dans les nues , me rappelle celui qui était grand parmi les rois. Les orages dont il est battu, les torrens qui en déchirent les flancs, les sources qui en découlent et qui couvrent de fleurs cette vallée , rappellent à mon souvenir cette succession de tempêtes et de fêtes, de victoire et de désastres, au sein de laquelle ma jeunesse s'est écoulée en s'éclipsant avec celui qui faisait dans le monde les beaux et les mauvais jours; et il n'y a pas , jusqu'à ce colombier , qui ne rappelle à mon souvenir les aventures de Saint-Cloud.

Ainsi parla madame la comtesse, et, lorsqu'elle eut achevé son histoire , elle nous proposa de

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