‹ Le manuscrit de feu M. Jérôme [pseud]Chapitre 25 sur 233 · LIVRE I. CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE I. CHAPITRE V

cher en soi, ou tout près de soi, des jouissances réelles, de saisir le plaisir lorsqu'il se présente, sans attendre le bonheur, qui ne vient jamais; de se nourrir de sentimens doux et honnêtes; de respirer l'air des champs et de venir quelquefois sur le mont Viso, danser avec les sœurs de Sainte- Claire.

Chassons , chassons , continua notre jeune homme, les parques menaçantes; délivrons-nous des fantômes qui nous obsèdent ; vivons au milieu des grâces, et respectons toujours leur ceinture. Mais je ne puis m'accoutumer à l'idée que je doive périr tout entier. Celui qui a tout créé ne détruit rien. Il semble qu'il ait lui-même assigné cette limite à sa puissance. Dans ses immenses laboratoires, il métamorphose, il modifie, mais il n'anéantit pas. Ce brin d'herbe meurt, mais il meurt pour renaître. Pourquoi cette substance qui pense en moi n'aurait-elle pas le privilège dont jouit un brin d'herbe? Se pourrait-il que la pensée, qui est immatérielle , fût un produit ou une modification de la matière? Un peu de silice réuni à de l'alumine a-t-il jamais produit un papillon ou un oiseau ? Comment donc une combinaison de sulfate et d'argile produirait -elle cette faculté intelligente qui soumet à ses calculs la marche des cieux auxquels elle semble appartenir elle-même ? Nous sommes des chrysalides malheureuses; nous briserons un jour nos liens; nous percerons notre en-

veloppe Non, je ne périrai pas tout entier!....,

et le bon jeune homme allait en répétant le beau monologue de Caton , et quand il fut arrivé sur le pfoteau voisin, il s'écria: «Éternité, je ne t'inter- « roge pas, parce que tu as perdu l'habitude de ré- « pondre; mais permets-moi de te deviner.»

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