‹ Le manuscrit de feu M. Jérôme [pseud]Chapitre 34 sur 233 · LIVRE I. CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE I. CHAPITRE VII

et on n'en est point choqué, parce que ce sont des bêtes utiles. On y fait du beurre, des bas, des paniers et des enfans; et ces choses-là, on les fait mieux que dans la plaine , parce qu'on a plus de temps et qu'on y met plus de façon. On n'y est pas incessamment importuné par des visites, par des billets de faire part; on n'est pas obligé de courir tout suant pour se faire écrire immédiatement après une fausse couche; vous n'êtes pas tenu de vous étouffer à une noce, ou de vous enrhumer à un enterrement. Lorsque quelqu'un naît ou meurt dans l'étable , le ruisseau est là pour le premier cas , et pour le second , le père la Chaise est sur le toit, et tout se fait sans déplacer.

Que si vous voulez vous promener, vous le pouvez dans le pourtour qui est toujours déblayé de neige, et pour peu que vous veuillez rendre cet exercice philosophique, vous y serez encouragé par le souvenir des péripatéticiens qui tournaient comme vous autour de l'école. Que si, malgré la fable des deux pigeons , le goût des voyages vient à vous séduire, accrochez à vos pieds, par un bon vent de nord, deux larges raquettes, et voltigez sur les abîmes. Mais si, durant ce périlleux voyage, une raffale du sud vient à souffler , l'abîme s'ouvre et vous engloutit.

Secondement, vous jugez bien que les musettes, les vayses et les fifres ne manquent pas durant l'hiver à des bergers qui s'en servent tout l'été : ils

ne font pas comme Horace devenu vieux , ils n'attachent pas leurs lyres aux murailles de l'étable, ils s'en servent quelquefois, mais à de longs intervalles. Ils n'ont pas bal et concert tous les jours; ils savent que la véritable jouissance est dans l'alternative du travail et du plaisir, et qu'il ne fut pas plus donné aux bergers qu'aux princes de se pâmer dans des symphonies éternelles.

Quant aux prières, on n'y manque jamais, le matin en se levant , et le soir en se couchant. Je n'ai jamais vu qu'on se mît à table ou qu'on en sortît sans prier. Quand on fait ses affaires soimême et sans intermédiaire, on les fait aussi bien qu'on le doit et le mieux qu'on peut. Ils croient en Dieu, et ils le bénissent dans la simplicité de leur cœur. Ils lisent l'évangile du jour, chôment les fêtes , et chantent les psaumes. Pour honorer le Seigneur , ils ne se bornent pas à envoyer dans les temples les gens de leur livrée, ils y vont euxmêmes quand les neiges sont fondues. Ils ne placent pas , entre Dieu et eux deux lignes de procureurs fondés.

Je traiterai, dans un chapitre séparé, du gouvernement de las strablas; il est monarchique et tempéré, et je ferai voir comment, sans rien emprunter de l'escarpolette anglaise, des olim français, de la marotte ultramontaine et du bâton paternel de la Chine, il doit cependant être regardé comme modèle, par sa continuelle attention à réprimer

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