LIVRE I. CHAPITRE I
pûmes plus apercevoir que la fumée de ses cheminées ( image des factions qui la dominent ) , le docteur que le besoin de faire de la politique suffoquait depuis l'instant de son départ, éclata contre le parti qui venait de triompher aux élections, en une imprécation qu'il prononça d'une voix enrouée, à-peu-près dans les termes suivans :
« O vous qui venez de remporter une*victoire signalée, faites qu'elle tourne au profit de ce peuple qui en a payé la dépense. Saisissez cette occasion d'honorer vos personnes , d'illustrer vos maisons, d'immortaliser vos noms, en prouvant que cette victoire est moins la vôtre que celle de la nation. Diminuez ses charges, simplifiez, éclairez, adoucissez son administration. Rétablissez le droit commun. Un enseignement plus facile, un clergé moins exigeant, une police moins curieuse, des jurés indépendans, des communes et des élections plus libres, un système moins dispendieux, une littérature moins entravée , des émolumens moins exagérés, des comptes moins compliqués , une investigation rendue plus facile, une responsabilité légale sur tous les agens; voilà ce que le trône veut, voilà ce que le peuple désire. Pour assurer la splendeur de l'un et la prospérité de l'autre, vous demandez une session de sept ans; si vous vous occupez d'une législation si généreuse, on vous en accordera cinquante. Imitez les barons anglais qui, dans des circonstances difficiles , vinrent jadis au
l8 MANUSCRIT DE M. JEROME,
secours des communes. Faites mieux encore qu'ils ne firent , refusez pour vous et pour les vôtres les récompenses et les emplois lucratifs. Le peuple frappé de votre désintéressement et touché de tant de vertus , vous environnera de tous ses respects, et vous fortifiera de toute sa confiance. Il est temps d'en finir avec les privilèges. En provoquer ou en tolérer le retour, c'est semer des germes de révolution , c'est préparer à la génération qui nous succédera des destinées orageuses. Songez que cette contestation entre le droit commun et le privilège a été jugée mille fois par les lois, quelquefois par le fait, et que notre auguste monarque a prononcé en dernier ressort par l'acte le plus national et le plus solennel qu'ait jamais signé une main royale. Songez que voilà plus de trente ans qu'on remet chaque année en question la chose jugée, qu'on traîne ce procès d'incidens en incidens, de violences en violences, et qu'on appelle des arrêts du roi et de la France au tribunal armé de l'Europe. Une si grave, une si durable querelle entraîne avec elle de grands frais, et ces frais ne sont rien moins que le sang des hommes. Puisque vous êtes chrétiens, songez à l'éternité; puisque vous êtes hommes d'état, songez à l'histoire; puisque vous êtes des sujets fidèles, songez à la prudence et aux vertus qui caractérisent d'une manière si honorable le trône et la famille régnante; que si vous descendez des anciens
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preux, rappelez-vous qu'ils soutenaient la cause des faibles contre les forts, des opprimés contre les oppresseurs. Il serait beau, en défendant les droits de la nation, d'ajouter cette gloire moderne à la gloire ancienne, et de continuer ainsi une noble race. Voilà la seule chevalerie qui convienne au siècle présent. La noblesse née des lois bursales, se groupe autour des agens du pouvoir. La noblesse née d'antiques services sert son prince en protégeant les droits de ses sujets, en secourant les faibles incriminés par des accusateurs puissans. Des causeries indiscrètes , des subtilités métaphysiques , des pensées à peine écloses sur des lèvres mal assurées appartiennent au domaine de l'erreur. Des chansons ne sont pas des crimes, de lâches délations ne sont pas la vertu. Un piédestal attend la statue de celui d'entre vous qui, comprenant mieux le caractère, les véritables intérêts des Français, et appréciant l'état du monde, parviendra à les réunir dans un sentiment commun. La reconnaissance gravera cette devise au pied de sa statue :
AU GRAND RECONCILIATEUR.