CHAPITRE IL
Cette première journée de notre voyage fut , ainsi qu'on vient de le voir consacrée à de sombres pensées. La politique avait produit sur nous son effet accoutumé, elle nous avait contristés. Les nouvelles du moment alors présent, les soucis d'un avenir alors probable avaient glacé nos âmes. Un sentiment indéfinissable nous entraîna tous ensemble vers le sîte le plus mélancolique de la montagne. On appelle le désert montueux où nous nous rendîmes Rochebrune\ mais je l'appellerais volontiers la Âoche-des-Tristes , si je ne craignais que cette appellation romantique ne blessât la fibre irritable des classiques. Cette roche est toute noire ; elle est le séjour ordinaire d'un nombre prodigieux de corneilles qui sont aussi tristes qu'elle. Elle couvre tout le vallon d'une ombre épaisse. Mille petits ruisseaux sortent de ses flancs caverneux. Ces ruisseaux murmurent; ces oiseaux
se plaignent, cette roche pleure Où pouvait-on
être mieux pour faire de la mélancolie ?
En face de cette roche , et de l'autre côté de la