‹ Le manuscrit de feu M. Jérôme [pseud]Chapitre 55 sur 233 · LIVRE I. CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE I. CHAPITRE IX

alors dans l'alternative ou de déchaîner de nouveau les fureurs de la multitude pour se sauver, ou de subir l'invasion de l'ennemi, et l'affront d'un joug étranger.

Alors il parut un soldat qui avait fait dans l'Inde les guerres de Tippo-Saïb , qui depuis , avait défendu les Mariavernes contre la coalition des Philippines, et qui avait acquis une gloire immense dans les armes et dans les lettres. Il se rendit à l'assemblée des hommes âgés, et il leur dit : « Vous êtes vieux, vous avez besoin de jouir, vous aspirez à être tranquilles : je vous apporte des lois qui, changeant peu de chose à l'organisation des pouvoirs de l'état, auront cependant une influence immense sur votre déplorable situation. Ils étaient cinq pour gouverner; ils ne seront désormais que trois, je serai l'un de ces trois, et je vous demande la permission de vous présenter les deux autres, mais, surtout, point de royauté, point de monarchie. »

Les vieux délibérèrent et approuvèrent : l'heure de leur dîner ne fut pas dérangée, et, en retournant chez eux, ils crièrent vive la république!

Le soldat alla trouver les jeunes bergers, et il leur dit : «Vous êtes jeunes, vous avez de l'ardeur, vous savez que je n'en ai jamais manqué à la tête des armées, mais vous n'avez plus celles que j'avais disciplinées et tant de fois conduites à la victoire , vous êtes menacés de toutes parts , vous

allez périr; je suis républicain comme vous, et je me dévoue au salut de tous.»

A l'instant, tous les jeunes crièrent : « La république, la république! — Elle est mutilée et sanglante, et c'est ainsi que vous l'avez faite , reprit le soldat. — La Constitution! La Constitution! — Vous l'avez violée cent fois, — Liberté! liberté! — Il n'y en a plus; vous avez établi le despotisme de tous contre tous. — A bas le dictateur! mort au tyran! mort au tyran! — -Retirez-vous, misérables», s'écria-t-il , et à l'instant le bruit de vingt tambours et l'invasion de mille soldats dissipèrent, comme une vaine fumée, cette énergique et tumultueuse assemblée.

Cet homme dont toute l'Asie parlera long-temps parce qu'elle s'est long-temps tue devant lui, était aussi extraordinaire que les évènemens qui l'avaient précédé, et aussi singulier que le peuple qu'il était appelé à commander. Il était jeune, et il se plaisait avec les vieux. Il était philosophe et il aimait les bramines. Il argumentait comme un docteur et dissertait comme un sage. Il était patient et violent, dissimulé et ouvert, économe jusques à la minutie et libéral jusqnes à l'excès : sans ostentation personnelle au milieu d'une cour qu'il avait remplie de faste, ayant dans ses traits, dans son maintien , dans ses actions et dans ses discours ce trait caractéristique de la véritable grandeur, la simplicité. Son imagination était ardente et sa réflexion profonde. Dans une moitié de sa tête étaient toutes

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