‹ Le manuscrit de feu M. Jérôme [pseud]Chapitre 61 sur 233 · LIVRE I. CHAPITRE IX. l · texte numérisé non relu

LIVRE I. CHAPITRE IX. l

Brama au sein de l'Asie ? Vit-on jamais une nation sans Dieu et sans culte, et quel mortel téméraire peut se flatter d'expliquer les cultes et les dieux?»

« Éternité, répliqua le berger , je distingue dans la société le système religieux et le système civil. Je ne pénètre pas le premier, j'explique le second et je me soumets à tous deux, parce que je veux vivre avec mes moutons et être tranquille comme eux. Les hommes ayant des besoins se sont réunis pour les satisfaire et la société a été créée. L'ordre leur était nécessaire et ils ont fait des lois ; des chefs étaient indispensables à l'exécution de ces lois,etils ont élu des magistrats. Si la communauté était peu nombreuse et peu étendue, il leur en a fallu un grand nombre et ils ont diminué ce nombre et resserré le gouvernement à mesure que le pays s'est agrandi. Un chef unique a paru nécessaire à une vaste contrée et ils l'ont élevé sur le pavois. Pour éviter une guerre civile à chaque vacance, ils ont rendu l'autorité héréditaire et pour la placer au-dessus des passions humaines ils l'ont faite inviolable, rendant responsable de tous les actes de la puissance des ministres qu'on envoie en exil lorsqu'ils trahissent ou qu'on fait pendre lorsqu'ils déplaisent. Tout cela se comprend à merveille. Il n'y a point de mystère caché sous des idées si simples. Chacun trouve son compte et son véritable intérêt dans une société constituée de cette façon.»

l34 MANUSCRIT DE M. JEROME.

Après avoir réfléchi quelques instans, le prince reprit ainsi :

«Né dans un rang vulgaire, j'ai senti de bonne heure que je portais une âme haute et forte, et que la Providence en m'appelant à de grandes destinées, m'imposait des devoirs immenses. Mes premiers regards se fixèrent sur des multitudes effrénées, élevant des libertés éphémères sur les débris des trônes et des autels révérés. Je vis les règles éternelles renversées et je sentis mon cœur se briser. Je crys que la Providence m'appelait pour rétablir la subordination parmi les hommes, et je jurai aux Dieux que je les réprimerais comme séditieux et que je les châtierais comme impies. Les habitudes d'une vie toute militaire m'ont toujours fait aimer Tordre, aussi m'a-t-on vu porter dans les cités la discipline des camps et dans ma cour l'austérité d'un vieux soldat.

« Si j'avais paru dans des temps d'ignorance, j'aurais étayé ma mission de toutes les ressources de cette stratégie sacrée, par laquelle on trompe les peuples pour les mieux servir. Mais je suis venu au milieu d'un siècle explorateur et bavard où l'on ne croit que ce qu'on voit et où l'on veut voir chaque jour un prodige nouveau et un prodige que l'on puisse expliquer et commenter.

«J'ai vu que l'on ne parvenait que par la faveur du peuple et qu'on ne pouvait obtenir cette faveur que par la gloire des armes , par la renommée

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