LIVRE 1. CHAPITRE IX. I
dune haute philosophie ou par l'éclat des arts. Devenu à-la-fois guerrier, philosophe et populaire, j'ai gagné des batailles , fondé des académies , et quand j'ai été investi d'une grande puissance, j'ai fait verser sur ma tête l'huile sainte de Brama , appelant ainsi sur moi, la protection des dieux que je devais venger. Je n'ai pris l'autorité à personne, j'ai trouvé un sceptre à terre et je l'ai ramassé. Je n'ai renversé aucun trône, j'en ai élevé plusieurs et je les ai tous raffermis en leur donnant des appuis plus forts. Je n'ai fait disparaître de la terre aucune nation, je les ai toutes servies en les empêchant de se détruire de leur propre main et de courir après des chimères qu'on poursuit toute la vie sans les atteindre jamais; j'ai pensé que pour ramener les hommes à un joug qui leur est nécessaire, il fallait les étourdir et qu'on était sûr d'être toujours obéi en les étonnant toujours. Il fallait tenir ce grand peuple en haleine, user sa vivacité et son agitation dans le commentaire de quelques prodiges qu'il fallait sans cesse renouveler, parce qu'il les oubliait sans cesse. Il fallait fournir un aliment à la sombre inquiétude de ces capitaines qui, ayant vieilli dans les batailles , croyaient avoir au pouvoir suprême des droits égaux aux miens. J'ai présenté d'autres appâts et d'autres alimens à l'activité de mes peuples, et je n'ai trouvé qui pût leur convenir que le fanatisme delà gloire. Je les ai menés à la guerre; le monde dira si j'ai su
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la faire et si j'ai su entretenir une admiration perpétuelle au-dedans par une terreur suffisante audehors. Mon nom suffisait pour garder les frontières. Il me tenait lieu d'armée et de places-fortes et les monarques tremblaient dans leurs palais. Je leur apparaissais menaçant jusque dans le secret de leurs conseils les plus intimes, et ils croyaient entendre ma voix leur demandant du haut des murailles les clés de leurs capitales. Je n'ai été maître chez moi que lorsque j'ai été redouté chez eux, et mes peuples ne se sont jetés à mes pieds que lorsqu'ils ont vu les rois à mes genoux. Il m'a fallu pour entretenir cet état d'une heureuse stupeur une audace toujours croissante et toujours variée; soit que j'eusse à réprimer un parti factieux qui me demandait la république et à qui je répondais : « C'est vous, misérables, qui l'avez détruite ; mouce rez pour la gloire de mon nom , puisque vous «n'avez pas su vivre pour honorer votre patrie»; soit qu'une multitude curieuse , se précipitant sur mes pas, doutât que j'osasse franchir le seuil du temple où les pontifes m'attendaient et d'où je ne sortais que paré du diadème que je venais de placer sur ma tête.
«Je n'ai jamais conçu le gouvernement que fondé sur une aristocratie puissante, nombreuse, échelonée, commandant à la multitude et obéissant à un prince qui ne voit au-dessus de lui que des dieux qu'il fait parler et un sacerdoce chargé de