‹ Le manuscrit de feu M. Jérôme [pseud]Chapitre 70 sur 233 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Nous prîmes la résolution d'aller visiter les grands établissemens que possède et fait valoir Jacques Robinier sur la montagne qui porte son nom, et nous y arrivâmes après plusieurs jours de marche. Nous trouvâmes cet homme industrieux entouré de ses enfans, au moment où ils prenaient congé de leur père pour aller exécuter les travaux dont il les avait chargés, ou remplir le smissions qu'il leur avait confiées. Aimez votre patrie, leur disait-il, mais fuyez les factions qui déchirent son sein, étouffez les discordes qui vous ont si long-temps armés les uns contre les autres ; et à quoi a-t-il tenu, grand Dieu, que le frère n'ait tué son frère et que je n'aie compté un fratricide dans ma famille? Les passions sont vives, impétueuses et elles manquent souvent leur but. La raison, au contraire, est lente, mais sa marche est sûre, di-

recte, continue. Comptez sur elle, comptez sur le temps pour imprimer une direction saine aux affaires publiques. Songez combien il est difficile de gouverner des esprits que tant de préjugés aveuglent , que tant de souvenirs irritent \ que tant d'habitudes froissées et de privations imposées rendent presque ingouvernables. Ayez quelque indulgence pour ceux qui sont chargés de guérir des malades qui ne savent ni supporter leurs maux /ni en accepter le remède. Que j'aie enfin ce bonheur de vous voir tous réunis dans des sentimens de paix, d'une bienveillance mutuelle; que mes yeux se ferment alors , j'aurai assez vécu.

Lorsqu'il eut achevé ses exhortations, M. le doyen s'approcha de lui et lui dit : le ciel vous a béni, monsieur, vous avez une famille nombreuse, docile à vos ordres et que vous pouvez chaque jour presser contre votre sein. Je suis moins heureux que vous ne pensez, répondit le vieillard, la révolution a surpris mes enfans les uns dans leur jeunesse, les autres dans un âge plus tendre encore, elle les a surpris loin de moi et au sein des villes où je les avais placés pour leur éducation. Cette secousse politique qui a ébranlé le monde s'est fait sentir plus vivement encore à de jeunes fibres qu'un climat sévère avait disposées à une sauvage indépendance.

L'aîné de mes fils qui était en T789 à Paris, vit une populace effrénée porter des têtes sanglantes.

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