LIVRE II. CHAPITRE I. l5l
Tous les crimes futurs de la révolution lui apparurent dans ce seul crime. Son âme en fut révoltée et il suivit les princes en Allemagne et à l'armée de Condé.
Le second de mes fils qui achevait ses études dans un autre quartier de Paris, électrisé par d'antiques exemples et par les doctrines modernes se leva, s'arma au premier cri de liberté, partit au premier son du tambour et il crut voir la patrie éplorée lui montrer les Thermopyles dans les plaines de Champagne.
Deux autres de mes fils animés des mêmes sentimens se mêlèrent beaucoup dans Paris des affaires de révolution ; mais ne trouvant que des ambitions particulières et des intérêts de parti, là où ils avaient espéré ne trouver qu'un noble désintéressement et un sincère amour de la patrie, en conçurent de l'humeur et ils se rendirent aux Etats- Unis où l'un qui est d'un caractère grave se fit quaker et l'autre qui est plus ardent devint méthodiste.
* Un autre de mes fils qui avait pris la botanique comme moyen de parvenir allait quelquefois herboriser à Meudon. Il fut introduit dans les jardins de Belle -Vue et accueilli avec bonté par mesdames. 11 obtint d'elles la permission de les accompagner à Rome. Il y fit des études de théologie et devint dévot par reconnaissance et jésuite par spéculation.
Plus tard et à une époque où une administration plus habile recherchait avec une louable activité les jeunes gens qui promettaient par leurs talens de devenir quelque chose , un de mes fils à qui j'avais fait enseigner toutes les langues, parvint sans intrigue, sans protection et sans nul autre répondant qu'un maître de forges à l'emploi d'auditeur au conseil d'État. Il s'y fit remarquer et il fut successivement employé dans des intendances en Illyrie, en Catalogne et en Pologne.
Les factions ayant obtenu une trêve qui a duré quatorze ans, mes fils cadets en profitèrent pour se livrer aux sciences. Ils suivirent les cours du célèbre Monge, de Fourcroy, de Parmentier, de l'illustre Jussieu du savant et modeste Haùy.
J'avais deux filles pensionnaires à la Visitation de Lyon. Les religieuses de cet ordre ayant été brusquement rendues à la vie séculière, la plus jeune de mes filles qui avait la voix belle fut invitée par les magistrats à faire sa partie dans les chants consacrés, en ce temps-là, au triomphe de la liberté; elle devint une déesse raison et elle épousa un élève de Paësiello, ancien maître de chapelle à Naples et qui était alors chef d'orchestre à Lyon.
Sa sœur aînée piquée de la préférence et scandalisée du mariage prit secrètement le voile ; elle se dévoua aux austérités les plus rigoureuses et devint une sainte Thérèse.
Tous mes enfans, après avoir traversé les ora-