LIVRE II. CHAPITRE T. l
ges de la révolution et essuyé toutes les vicissitudes humaines, sont revenus successivement au toit paternel. J'ai éprouvé en les revoyant le bonheur d'un père; mais lorsque j'ai vu qu'ils étaient plutôt épuisés de fatigue que détrompés de leurs folles illusions, j'ai senti mon cœur se briser.
Et lorsque j'ai dit à mon fils aîné : pourquoi porter le fer et la flamme dans votre pays? misérable! vous pouviez tuer votre père. — Mon père, m'a-t-il répondu, placé entre des princes malheureux et une faction triomphante , j'ai pris le parti du malheur; je me suis passionné pour sa cause; la patrie ne consiste pas en des champs et des maisons , elle n'est pas renfermée dans de vaines murailles, elle est partout où sont les magistrats et les gardiens des lois , tel est le sentiment de Platon.
Pourquoi, ai-je dit au second de mes fils, avoir suivi des drapeaux qui ne protégeaient plus qu'un fantôme que des barbares décoraient du nom de république? J'ai pensé m'a-t-il répondu que les factions sont passagères, mais que la patrie est éternelle, et que, dans quelque position qu'un état se trouve, il y a toujours des excès à réprimer, un certain ordre à maintenir et un pays à défendre. J'ai pris les armes pour repousser les ennemis extérieurs de ma patrie, parce qu'il n'est pas plus permis de se venger d'elle que de son père. Tel fut le sentiment de Socrate.
Mais vous, mes enfans, ai-je dit à mes deux Ame-
I 5/g. MANUSCRIT DE M. JEROME.
ricains, pourquoi avez-vous abjuré la religion de vos pères? Ce n'est point nous, m'a répondu le quaker, qui avons abjuré la religion , c'est elle qui s'est abjurée elle-même. Les premières idées des hommes sont toujours simples, naturelles et justes. L'ambition qui exploite les institutions , les intérêts politiques qui se mêlent à tout finissent par pervertir les meilleures. Je crois être demeuré fidèle au Dieu de nos pères en écartant ce que la main des hommes a pu ajouter aux hommages que nous lui devons. Tel est le sentiment de Guillaume Penn.
Quelle fantaisie a donc été la vôtre, ai-je dit à mon jésuite, d'entrer dans une société que tous les gouvernemens Européens ont d'un commun accord condamnée et proscrite? J'ai vu l'état périr m'a-t-il répondu, et la civilisation menacée si on ne la fortifiait par une digue sacrée. Lorsque les crises sont graves, les remèdes énergiques sont nécessaires. On a pu se passer de nous lorsque le monde obéissait et prospérait, mais j'ai pensé que nous serions nécessaires à des princes légitimes contre des peuples en révolte. Il fallait être sauvage ou jésuite, je n'ai pas balancé et je me suis jeté à la religion pour servir la politique. Tel fut le sentiment de nos pères.
Et l'auditeur me dit : i'ai reçu les leçons d'un grand maître ; j'ai , à son exemple, considéré l'Europe comme un immense jeu de paume aux deux