‹ Le manuscrit de feu M. Jérôme [pseud]Chapitre 86 sur 233 · LIVRE II. CHAPITRE V. I · texte numérisé non relu

LIVRE II. CHAPITRE V. I

An bout de six années, il revient à Paris, rembourse son associé , et demeure ainsi seul propriétaire de l'établissement.

Les choses étaient en cet état lorsque celui de ses fils qui avait particulièrement étudié la minéralogie revint à la maison paternelle. Il examina d'abord les couches minérales. Il trouva sur les hauteurs un minerai primitif qui s'étendait dans une situation verticale en alternant avec des couches de gneiss et de skis tes argilleux. 11 trouva que cette mine noire de fer ayant l'aspect métallique rendait à la fonte 60 pour 100. Plus bas, il reconnut une mine de fer limoneuse d'une formation secondaire et disposée en couches horizontales alternant avec des couches calcaires qui se convertissaient par la suite des temps en mine. Dans la vallée, il découvrit des couches ferrugineuses tertiaires dans lesquelles les eaux avaient charié des oxides et des pyrites provenant de là décomposition des mines supérieures. L'exploitation de ces trois espèces de mines exigeait des travaux dirigés d'après la nature particulière de chacune et ces travaux furent faits. *Le minéralogiste fit élargir les minarets, circuler l'air dans les galeries, et y appliqua des moulinets d'un nouveau genre pour élever le minerai en plus grande quantité et avec moins de peine et de danger.

Au lieu de soufflets de cuir ayant sept pieds de développement, allant a bras et qui étaient alors-

en usage dans toutes les forges des Alpes, il établit des ventilateurs de dix-huit pieds auxquels l'eau donnait le mouvement.

On était alors dans l'usage de n'employer pour les diverses espèces de mines de cette montagne que le même fondant ou autrement la même castine. Il introduisit l'habitude de charger le fourneau en calcine calcaire quand la mine était argilleuse et en argile quand le minéralisateur était calcaire. Cette castine, se fondant elle-même et se mêlant avec le résidu du charbon, surnage au-dessus de la matière métallique et forme ce qu'on appelle le laitier pour l'échappement duquel il disposa la dame avec une telle intelligence qu'il coulait toujours au point et au moment les plus convenables. Le plus grand moule destiné à recevoir le minerai n'avait dans la forge que sept à huit pieds de longueur, il en fit dresser un de soixante pieds dans lequel il fit couler des bandes de gueuse de la même longueur, qui servent aujourd'hui à soutenir sur la montagne des terres qui s'ébouleraient sans ces appuis.

Il apporta les mêmes soins et les mêmes perfectionnemens dans toutes les opérations des martinets et des forges d'acier. Il renferma dans des creusets , des fers doux avec des carbonates de chaux et après un violent coup de feu, il eut des aciers d'après les procédés de M. Clouet.

Jusques à ce moment on n'avait fabriqué dans

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la taillanderie que des œuvres blanches , il y introduisit la fabrication de la grosserie et de la vrillerie qui consistent en instrumens employés par les orfèvres , les sculpteurs , les armuriers , les épingliers et les ébénistes.

Il fit couler en gueuse des plaques de cheminée, des poêles et des poêlons , des cuillers, des fourchettes, des manches de couteau qu'il vendait en fabrique quatre ou cinq sous la livre; et quant aux plaques de cheminée , il fit dessiner des moules nouveaux, et au lieu d'Abraham immolant son fils ou Didon se consumant sur un bûcher, il fit placer le portrait de son père sous la forme de Vulcain et celui de ses enfans so-us la forme de cyclopes, en sorte qu'on ne peut se chauffer en Ligurie, en Piémont, ou dans le midi de la France, sans avoir le plaisir de contempler devant soi la face heureuse de maître Jacques Robinier entouré de tous ses enfans.

l8û MANUSCRIT DE M. JEROME,

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