‹ Le manuscrit de feu M. Jérôme [pseud]Chapitre 88 sur 233 · LIVRE' II. CHAPITRE VI. l8l · texte numérisé non relu

LIVRE' II. CHAPITRE VI. l8l

fontaines; aimable prestige, qui, plaçant une divinité à côté de chacun des présens de la nature obligeait à la reconnaissance pour chacun de ces bienfaits.

Une religion d'un ordre plus élevé , une raison plus exacte ont changé le cours des idées; mais le culte des dieux et la culture des champs conservent dans leur dénomination la même racine, parce que cultiver la terre, c'est honorer Dieu.

Une chimie plus savante a remplacé les anciennes fables. L'oxigène qui compose et décompose sans cesse est devenue la nouvelle âme du monde. L'aurore ne verse plus des pleurs, Iris ne développe plus sa ceinture, les Titans ne vomissent plus des feux dans les gorges de l'Etna, Jupiter ne lance plus ses carreaux du haut de l'Olympe; c'est l'oxigène réuni à l'hydrogène qui raffraîchit le matin nos champs, c'est la lumière qui se décompose en passant par un milieu qui la réfracte et qui colore l'horizon d'un arc brillant, c'est la rencontre du gaz muriatique sur-oxigéné avec le gaz hydrogène qui produit des éruptions volcaniques, c'est le fluide électrique enflammé qui produit des détonations. Dans ce système y rien n'est merveilleux, tout est simple et vrai, et on explique naturellement les effets d'une cause première qui demeure toujours inexplicable.

Le second des fils de M. Robinier, M. Sylvestre avait fait des études de chimie et quoiqu'il les eût

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gâtées en adoptant des systèmes exagérés , il s'était habilement servi de tout ce qu'elles pouvaient présenter d'utile dans leur application à l'agronomie. Il n'avait pas passé son temps à labourer dans des caisses, à opérer des desséchemens dans quelques perches de jardins ; mais il avait suivi les travaux de plusieurs grandes exploitations rurales, ceux de M. Yvart dans le domaine de la Varenne-St.-Maur près Paris, ceux de M. Cretté- Palluel dans le département de l'Aine ; les défrichemens et assainissemens de M. Douette-Richar- <sfc£dans les domaines de Melville et de Georgeot de Valpelles. Il avait suivi les cours de M. Thouin pour les principes généraux d'agriculture, M. Cal- ^e/pour les plantations , M. Chevalier d'Argenteuil pour les vergers, M. Mèriel pour les potagers, M. Cadet-de- Faux pour la taille des arbres à fruits, M. Moutonnet pour les maladies des troupeaux , M. Canon pour la suite des Colombiers, M. Lombard pour l'éducation des abeilles, Mme Gacon- Dufour pour tous les détails de la maison champêtre. Il avait aussi beaucoup fréquenté MM. Pépin, Noisette et Latreille que leurs noms semblent avoir prédestinés à une vocation qu'ils ont si utilement remplie.

Je viens de citer des hommes honorables. Le ciel semble les avoir créés dans sa bonté comme une compensation de ceux qu'il a depuis envoyés dans sa colère.

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