LIVRE II. CHAPITRE VI. l
M. Sylvestre savait qu'une plante, un brin d'herbe, est une sorte de machine hydraulique vivante et fixée en terre , qui se meut par les gaz aériens qui l'enveloppent, et qui se trouvant ainsi placée sur la frontière des deux élémens, met à profit et s'assimile les divers substances qu'ils contiennent et qui sont nécessaires aux deux grandes vues de la nature , la conservation de l'individu et la reproduction de l'espèce.
Il savait que le sol arable se compose de silice, d'alumine, de calcaire et d'humus, ou, en d'autres termes , de sable, d'argile, de chaux et de terreau; que chacun de ces élémens est improductif par lui-même; le silice parce qu'il ne présente que des molécules solides , impénétrables à l'eau , sans adhésion entre elles et se pénétrant trop facilement de calorique, ce qui constitue un terrein sec et aride ;
Que l'alumine est une pâte à grains trop menus qui, par l'action du calorique, acquiert la dureté de la pierre et déchire le chevelu des jeunes racines, ou qui absorbant trop d'humidité devient une pâte fangeuse dans laquelle elles se pourrissent, ce qui constitue un terrein extrême;
Que le calcaire se combinant avec trop de puissance à l'oxigène, et à l'hydrogène devient trop chaud et trop pesant, ce qui constitue une terre grasse et brûlante ;
Que l'humus seul, formé de parties animales
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et végétales décomposées , est tellement chargé d'huiles et de sels qu'il brûle toutes les graines qu'on peut y semer ;
Et que pour composer un bon sol, il faut que le terrein soit composé de telle manière que le silice divise, que l'alumine humecte, que le calcaire échauffe et que l'humus nourrisse, anime et vivifie, et que ces élémens soient disposés dans cette proportion que sur dix parties l'humus en fournisse une , l'alumine six , le calcaire une et le silice deux.
M. Sylvestre faisait encore entrer dans ses combinaisons le fonds des terres, c'est-à-dire la base $ur laquelle repose la couche arable; car si cette base est siliceuse , la terre cultivable sera plus sèche, et il faudra plus d'alumine à la surface; que si elle est alumineuse , il y faudra plus de silice ; que si elle est calcaire elle sera trop brûlante et il y faudra moins d'humus. La couleur noire de la terre qui absorbe et concentre le calorique et la couleur blanche qui le repousse entraient encore dans ses calculs.
Il fit descendre de la montagne et parquer dans les terres les plus froides de la vallée un millier de moutons , et , quand on levait le parc , le laboureur était attentif à en labourer le sol dans le jour même.
Il emprunta aux Hollandais et aux Flamands l'application des sels uriques aux terres, aux An-