LIVRE 11. CHAPITRE YI
des hommes valides qui demeurent les bras croisés; il ne tolérait les vaines pâtures que lorsqu'elles étaient assises sur un sol aride; mais lorsque le terrein était bon ou même médiocre, il le faisait défricher et amender, et il eut maintes occasions de reconnaître que les fourrages produits par la culture offraient un produit décuple de celui dont les troupeaux pouvaient profiter dans des terres vagues.
Il y avait dans la vallée une partie basse et marécageuse. Après l'avoir sondée avec une tarrière , il s'assura que les eaux stagnantes reposaient sur un banc de six pieds d'alumine, qui était lui-même assis sur une couche profonde de silice et de cailloux roulés.
Il fit percer la première cogiche % et les eaux trouvant une issue dans les sables qui composaient la seconde s'y perdirent, laissèrent une partie de ce marais à découvert et sortirent à une demilieue de là en fontaine, sur un terrein bas et sablonneux ; en sorte que par ce moyen , il parvint à faire de son marais une terre productive et de son terrein sablonneux une prairie.
Il fit alors ce qu'il avait vu faire dans le domaine de M. Crettè-Palluel, et ce qui a été si honorablement cité par Arthur Young; il fit travailler ce marais au louchet et à la tranche ,. il fit déraciner^ ramasser, dessécher et brûler toutes les plantes qui le couvraient, il en fit étendre les cendres sur
l88 MANUSCRIT DE M. JEROME.
la place même, et après que le terrein eut été régalé et entouré d'une ceinture de fossés, il y sema des graines de foin ramassées dans ses granges, et il y mêla les semences des plantes qui se plaisent dans les marais nouvellement et entièrement desséchés, telles que le trifolium rubens,\% medicago sativa, centaarea jacea, peucadonum officinale, lotus corniculatus > en français, trèfle rouge de Hollande, luzerne, jacée noire, fen ouille de porc, trèfle jaune.
Quant aux parties de marais qu'il ne put parvenir à dessécher entièrement, il y sema le lithrum salicaria, Xepilobium-angusti-folium,, spirœa ulmaria, thalictrum-favwn , en français, salicaire, chamœnerion, reine des prés, rue des prés. Ces plantes enracinées dans le^marais en percèrent la couche alumineuse et servirent elles-mêmes de conducteurs à une partie des eaux stagnantes, elles en absorbèrent une autre partie, et la convertirent en carbone, et, portant leurs fleurs sur la surface, elles offrirent l'agréable spectacle d'un parterre placé sur la vase ou sur l'eau. Ces plantes mûries, recueillies et desséchées augmentèrent la masse des fourrages du domaine. M. Sylvestre sema dans quelques autres parties de ce marais le bidens tripartita ou eupatoire d'avicennes , dont il fit sécher et rouir les tiges qui lui fournirent une filasse bonne pour faire des cordages.
En même temps qu'il faisait naître des plantes