‹ Le manuscrit de feu M. Jérôme [pseud]Chapitre 93 sur 233 · LIVRE II. CHAPITRE VI. igi · texte numérisé non relu

LIVRE II. CHAPITRE VI. igi

cucurbitacées, et les plantes à racine bulbeuse dans les terres légères et sablonneuses. Toutes les allées du jardin furent bordées en bernudienne-sysirinchium, provenant des cultures de M. Holland, célèbre horti-culteur à Versailles. Chacune des fleurs de ces bordures offrait une étoile composée de six pointes bleu -améthyste qui entouraient un centre d'or. Au bout de quelques années , on eût dit qu'une baguette magique avait métamorphosé en jardin des Hespérides une vallée marécageuse et fétide.

M. l'agronome trouva qu'il était honteux qu'un domaine qui offrait, dans la variété de ses sols et de ses sites, tant de productions diverses ne pût se suffire à lui-même. En conséquence , il établit pour l'usage de la maison et pour celui des habitans de la vallée une poterie, une corderie, un pressoir à huile de faîne, une filature de laine et plusieurs métiers de gros drap , de bas et de chaussons ; il pourvut par le moyen connu des betteraves à l'indispensable besoin du sucre; la véronique et la petite sauge tinrent lieu de thés , et plusieurs alambics en activité fournirent des liqueurs qui conservaient le parfum des herbes odoriférantes de la montagne.

Persuadé qu'une société ne peut se soutenir sans morale , que la religion est le plus ferme appui de toutes deux , et qu'il est d'une sage politique de les protéger toutes et de n'en salarier aucune , il

iga MANUSCRIT DE M. JEROME.

fit élever au centre de la vallée une chapelle dans laquelle on célébrait le dimanche tous les cultes adoptés dans le pays. Cette chapelle était ombragée par des tuyas de la Chine , des vernis du Japon^ qui confondaient leur feuillage avec le peuplier d'Italie et le cèdre de Virginie; et le pin du lord Weimouth croissait et s'entrelaçait avec le sapin de Jérusalem. On cultivait ces arbres et on arrachait soigneusement les arbustes exclusifs armés de pointes et qui ne pouvaient souffrir d'autres végétaux qu'eux-mêmes.

Ce qu'on voyait en dehors de la chapelle était la touchante image de ce qu'on pratiquait en dedans.

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