‹ Le manuscrit de feu M. Jérôme [pseud]Chapitre 95 sur 233 · LIVRE II. CHAPITRE vji. 1Ç · texte numérisé non relu

LIVRE II. CHAPITRE vji. 1Ç

un bûcher, et elle ne se souciait pas du tout de recouvrer son ancienne nature divine pour finir comme Hercule. Mieux valait pour elle être mortelle vivante que déesse brûlée. De son côté , le méthodiste fit retentir la montagne de ses hurlemens : Glorjl glorjl there is comingl on crut qu'il les apercevait. Le quaker alla le voir et lui dit : Frère, que la paix soit avec toi. Il a paru sur la montagne des chrétiens travestis, qui ont adopté Thabillement que portaient nos pères dans le moyen âge. Nous sommes remontés à des époques plus reculées encore, non pour en prendre l'habit, mais l'esprit. Liberté à chacun de parcourir l'échelle des siècles et d'y prendre tout ce qui lui paraît raisonnable. Si ces chrétiens sont ridicules, plains-les; s'ils sont pauvres, assiste-les; s'ils sont justes, aime-les.

Un rapport sur cette singulière apparition dans ses domaines fut fait au père de famille. Il en prit de l'humeur à cause du scandale qu'elle occasionnait et de la violation de son territoire. Le quaker courut à lui pour le calmer. Père, lui dit-il, l'esprit du siècle ne porte pas à favoriser les établissemens fondés sur le célibat. L'aiguille aimantée qui a si long-temps tourné vers les fondations monastiques, tourne aujourd'hui vers le travail et l'industrie. On n'estime que ce qui produit, on n'aime que ce qui est utile; mais on doit tolérer tout ce qui ne nuit pas. Les institutions ne finissent pas tout d'un

coup ; elles survivent long-temps encore aux circonstances qui les font naître. Les premiers chrétiens vécurent long-temps en paix avec les druides et les païens. On a brûlé du gui de chêne en France jusques au treizième siècle , et à la même époque on voyait encore dans les campagnes des idoles romaines. Les chrétiens les toléraient, et pourquoi donc aujourd'hui ne seraient-ils pas aussi tolérans qu'ils l'étaient dans ces temps barbares ? Tout ce qui porte en soi l'expression d'un sentiment religieux mérite le respect des êtres raisonnables, comme étant le noble élan de la créature vers son créateur, et qu'est-ce qui peut dire qu'il ne lui soit pas agréable d'être adoré par des hommes vêtus d'un costume gothique et bizarre? Il n'y a d'odieux que ceux qui anathématisent tous les autres, et qui manquent à Dieu lui-même en le rendant complice de leurs fureurs.

Le père de famille fut touché de tout ce qu'il. y avait de juste et de raisonnable dans ces motifs, et il décida qu'on donnerait à ces chrétiens, quand ils reviendraient , la soupe , un sarreau de laine brune , et que s'ils voulaient se fixer sur la montagne , on leur bâtirait une capucinière à condition qu'après avoir chanté l'office, ils travailleraient aux forges.

M. l'auditeur fut chargé d'aller à Turin et d'entrer en négociation sur ces bases avec le jésuite, qui était l'âme de cette affaire ; l'auditeur stipulant

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