‹ Le manuscrit de feu M. Jérôme [pseud]Chapitre 97 sur 233 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

^ Il est dans la destinée des hommes de ne pouvoir demeurer en repos. Ils ne sentent leur existence que lorsqu'ils s'agitent et le bonheur que quand il leur échappe. Une chimère finie , ils courent à une autre qui se terminera comme la première. On commence par les besoins , on continue par les fantaisies , on arrive a l'ennui et on finit par les sottises. Un solitaire oisif fait des romans, un peuple qui s'ennuie fait des révolutions. En repos, on se croit mort; en mouvement, on s'écrie qu'on vous tue de fatigue. Cinquante fous veulent mettre le feu à la maison pour en construire une nouvelle sur un plan plus moderne. Cinquante sages veulent étayer et réparer pour rendre le logement plus sûr et plus commode. Cinquante indolens laissent faire ceux qui détruisent et ceux qui réparent. L'architecte survient , il empêche les fous d'abattre, il anime les indolens, il fait voir aux novateurs le danger des systèmes et aux gens de routine les inconvéniens des vieilles habitudes. L'essentiel est de réconcilier les uns

avec les exigomees du temps et de fournir un aliment suffisant à l'activité des autres. Pour gouverner des hommes en paix, il faut un sage; pour gouverner des hommes en révolution , il faudrait un Dieu.

Assurément on devait se trouver heureux dans le domaine de Jacques Robinier. Son administration était sage, conciliatrice et prudente. Ceux qui l'habitaient avaient éprouvé tant de maux , traversé tant de périls, que rendus à la paix et à l'aisance que procure le travail , ils auraient dû mettre à profit les premiers momens de tranquillité dont ils jouissaient. Mais l'impétuosité des uns et la sombre irascibilité des autres faisaient naître à chaque instant des dangers nouveaux. Il fallait être sans cesse sur le qui- vive > user chaque jour d'indulgence lorsque la sévérité ou même la justice pouvaient allumer des incendies.

On a vu dans quelle position heureuse le père de famille avait placé M. son fils Auguste -Ferdinand Robinier, baron de la Robinière, dans son majorât de la montagne. Il y jouissait d'une grande aisance et d'une flatteuse suprématie. Il pouvait y rêver tout à son aise le pouvoir absolu , sur un des points les plus élevés du globe, et au sein d'une noble atmosphère que n'empoisonnait pas l'air impur et vulgaire des vallées; et les eaux qui sortaient de son fief pour faire mouvoir les usines et féconder les plaines , pouvaient être considérées

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