‹ Le manuscrit de feu M. Jérôme [pseud]Chapitre 98 sur 233 · LIVRE II. CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE II. CHAPITRE VIII

par lui comme un des bienfaits de la puissance arbitraire dont il était l'adorateur.

Il passait sa vie avec un ministre qui ne faisait que jaser et manger. Ce commensal n'était autre chose que le fringella punicea qu'on appelle communément ministre et qui est de l'espèce des friquets ou passereaux. Il aurait donné mille aigles pour ce friquet. Mais cet oiseau le rassurait mal contre les terreurs dont son esprit était obsédé. Regardait -il au-dessus de sa tête? Il apercevait un aigle dans les airs? Arrachait-il une fougère? Il en trouvait deux dessinés dans sa racine *? Cueillait-il une violette éperonnée ? C'était Buonaparte à cheval.

Il cultivait des fleurs et soignait des abeilles. Son parterre se composait de la fleur de Constantinople, de la centaurée musquée, de la fleur de paon , de la fleur de Saint-Louis ou ketmi-liliflore , avec des bordures en croix de Malte et de Jérusalem.

Il admirait dans ses ruches la distinction des classes et la subordination qui régnait entre elles. Voyait- il une malheureuse ouvrière succomber sous le fardeau qu'elle apportait à la communauté ? Il l'abandonnait à son sort. Mais si un fauxbourdon venait à embarrasser ses ailes dans un brin d'herbe, il courait au secours de ce grand

* Coupez longitudinalement une racine de fougère, et vous y trouverez dessinés deux aigles.

lOI MANUSCRIT DE M. JEROME.

Seigneur. Lorsqu'il retirait le miel des ruches , il tuait les ouvrières et il ne sauvait que la noblesse et la famille royale.

Au milieu de ses accès de mélancolie, l'esprit de monsieur le baron fut frappé par deux idées , l'une qui se rapportait à sa personne et l'autre à l'ordre public. Sa première idée fut qu'il était noble, mais noble de race, préférant devoir au hasard de la naissance plutôt qu'à une distinction personnelle sa gentilhomme rie. Il tournait et retournait dans tous les sens les huit lettres qui composent son nom, mais ne trouvant dans celui de robin, que robin -mouton et robin- conseiller, et dans robinier qu'un accacia piquant; méprisant la laine > haïssant la robe et dédaignant un arbre nouvellement importé en France, il se désespérait, parce qu'il ne pouvait tirer de son nom , rien qui pût constituer une de ces appellations gothiques qui réveillent le souvenir des sauvageries nobiliaires.

Venant ensuite à considérer que le pic primitif et rocailleux qui formait sa baronie, avait pour support plusieurs montagnes et collines d'une formation secondaire , il pensa que la puissance monarchique qui gouvernait tous les domaines de la montagne devait pour être durable avoir aussi des points d'appui. Il imagina de diviser les parties qui la composent, et suivant la nature du terrein, en seigneuries, en fiefs, sous-fiefs et châtelleries toutes

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