‹ Le manuscrit de ma mèreChapitre 15 sur 32 · GUI · texte numérisé non relu

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Dimanche, 21 février 1818.

(( Nous sommes arrivés à Chambéry lundi 17, à neuf heures du soir ; les chemins étaient mauvais, lesjournées ont été longues ; plusieurs personnes de la famille nous attendaient avec impatience; nous avons été reçus à merveille. Césarine paraît plaire ici et convenir fort bien aux gens du pays qui sont bons et simples

quoique très-aimables ; on nous comble exactement de prévenances, et je pourrais dire d'amitié. Je m'applaudis tous les jours davantage de ce mariage pour lequel j'ai eu de la peine à tout arranger de plusieurs parts, et pour lequel je me sentais aussi quelquefois de l'éloignement. Le pays nous était peu connu ; la figure de M. de Vignet n'est pas prévenante ; la fortune est peu considérable ; je tremblais quelquefois de mal faire, et c'était moi qui faisais tout. Je priais Dieu avec confiance de m'éclairer, et je voyais alors que tout ce qui était vraiment bon et raisonnable se trouvait dans ce mariage. Je voyais que Gésarine n'avait point de répugnance pour la figure de M. de Yignet, j'étais sûre qu'elle l'aimerait, et j'ai la satisfaction de voir que je ne me suis pas trompée ; elle l'aime beaucoup.

« Sa réputation est des plus distinguées, il est plein d'esprit, de connaissances, de mérites en tout genre ; sa famille est tout ce qu'il y a de mieux dans ce paysci; il parviendra vraisemblablement à la place la plus éminente dans la carrière qu'il a embrassée, par son mérite et par l'appui de son oncle, le comte de Maistre, qui est chancelier. Il a une sœur, bonne, aimable, qui vit avec lui, et un frère, ancien ami d'Alphonse et qui est la première cause de ce mariage. Je suis donc heureuse, mille fois heureuse d'avoir trouvé cette honorable issue pour réparer toutes les imprudences que mi faiblesse m'avait fait commettre, et que je me suis

si amèrement reprochées. Ma joie a été beaucoup trou, bîée par là, je renonçais avec peine à ce pauvre jeune homme que j'avais trop flatté ; j'étais désolée du chagrin que je lui causais. Mais il ne me restait aucune espérance, il fallait donc rompre le plus tôt possible. Dieu m'a aidée comme il m'aide toujours, et jo le remercie cent millions de fois de toutes ses grâces. La noce a été brillante à Mâcon et ici. »

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