‹ Le manuscrit de ma mèreChapitre 20 sur 32 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

La prédiction du duc de Rohan ne se réalisa pas. Je dois m'en souvenir à la gloire du roi Charles X et du prince de Polignac. Ce premier ministre ne me témoigna aucun ressentiment de mon discours, mais, après avoir longuement et vainement discuté avec moi, dans des entretiens intimes, les motifs peu fondés, selon lui, de mon refus et de la non-préméditation d'un coup d'État, il se résigna à ma résistance , et il m'offrit les fonctions de ministre plénipotentiaire en Grèce.

C'était le moment où l'Europe fondait, sur un enthousiasme passager, cette puissance artificielle, germe ou débris d'on ne sait quoi de grand. Je partageais l'illusion générale des hommes libéraux ou seulement classiques sur les Hellènes si braves au combat, si indisciplinés dans le gouvernement. Le prince de Cobourg, veuf de la princesse Charlotte (l'héritière du trône d'Angleterre), venait d'être désigné par les puissances occidentales pour roi de la Grèce régénérée. Ce prince était à Paris; je l'avais connu assez intimement en Italie, au moment où il y promenait l'inconsolable deuil de son veuvage. Le prince de Polignac me présenta à lui comme le ministre le plus favorable à la Grèce que le gouvernement français pût lui offrir. Je me ré-

jouissais d'aller assister avec un titre et des fonctions élevées à cette résurrection d'un empire sur la terre des souvenirs, et d'y participer moi-même comme lord Byron, l'héroïque poëte de cette résurrection. La prévision trop juste des orages, des misères, des déceptions de cette renaissance, détourna tout à coup le roi désigné d'accepter la responsabilité de ce peuple. Il partit une nuit de Paris, fuyant un royaume comme on fuirait un abîme. Nous apprîmes à notre réveil qu'il n?y avait plus de tête pour cette couronne suspendue sur tant de fronts. Il fallut que la diplomatie s'occupât d'en désigner un autre ; cela prenait du temps, mais je n'en restai pas moins ministre plénipotentiaire en expectative, continuant à recevoir du prince de Polignac tous les témoignages de familiarité et de faveur compatibles avec mon abstention obstinée de toute participation intérieure à son gouvernement.

Ma mère, enivrée de félicité de mon avancement dans ma carrière politique, de ma résidence future dans cette belle ombre d'Athènes, et de mon élection à l'Académie française, souriait à cet avenir de son fils qui avait été le souci poignant, et qui

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