EPILOGUE
était maintenant le rêve presque accompli de sa vie.
Je me disposais à aller passer auprès d'elle le peu de mois que je croyais avoir à habiter la France. Je prolongeais seulement de quelques semaines mon séjour à Paris, pour y préparer les petits présents féminins d'ameublement et de toilette que mon bonheur était de rapporter à mes sœurs et à ma mère de mes voyages. Hélas! c'était peu en retour et en reconnaissance de toutes les privations que je lui avais causées dans ma jeunesse, des bijoux dont elle s'était dépouillée, jusqu'aux anneaux de ses doigts, pour me procurer une liberté, un voyage, un plaisir, ou pour cacher une de mes fautes à la juste sévérité de ma famille.
Les tables, les meubles , le lit de ma chambre dans l'hôtel que j'habitais à Paris, étaient encombrés de coffrets, d'écrins, d'étoffes dépliées pour les tentures ou pour les parures, que l'heureux fils l'assemblait en pensant aux surprises ou aux exclamations de joie ou de reconnaissance de la modeste maison de sa mère. Je jouissais d'avance de ces étonnements, et je m'enveloppais du plaisir
des petits bonheurs que j'allais faire, non à ces vanités, mais à ces cœurs.
Un soir, à l'heure de dîner (je ne veux pas écrire pour moi la date), je rentrais dans la cour de l'hôtel de ***, mon cabriolet encombré de cartons et de petits meubles à l'usage des femmes ; mon visage rayonnait de la joie de mon départ fixé pour le lendemain ; j'allais m'élancer du marchepied sur le premier degré du vestibule, quand j'aperçus devant la loge du concierge le plus cher de mes amis, le véritable frère de mon âme, le comte Aymon de Virieu, que la Providence semblait m'avoir donné, depuis ma plus tendre enfance jusqu'à ma maturité , pour tout partager entre lui et moi dans la vie. Après avoir suivi ensemble les mêmes études dans les mêmes collèges, les mêmes rêveries dans les maisons de campagne de nos deux familles, les mêmes chemins dans nos voyages, les mêmes sociétés dans les capitales, nous suivions maintenant la même carrière diplomatique ; il repartait lui-même le lendemain pour son poste en Allemagne, et nous devions dîner ensemble et passer la soirée dans ma chambre pour prolonger nos entretiens et nos adieux.
En descendant de voiture pour lui tendre la