‹ Le manuscrit de ma mèreChapitre 22 sur 32 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

main comme d'habitude, je fus frappé de sa pâleur et de la consternation peinte involontairement sur son expressive physionomie ; ses yeux, ordinairement illuminés de deux étincelles jaillissantes de son esprit gai et doucement sarcastique, semblaient pour la première fois soudainement éteints sous un nuage. Au lieu de répondre à mon regard de joie par un regard de même accueil, ses yeux cherchaient à éviter les miens, une tristesse et une appréhension inexplicables, mêlées de pitié, se lisaient au fond de son regard. Sa physionomie, au lieu de rne sourire, exprimait je ne sais quelle pensée amère de me voir si confiant et si heureux. La sécurité de mes yeux l'importunait visiblement. Il semblait me reprocher d'être heureux avant de m'avoir dit pourquoi je devais être à jamais triste. Toute sa personne était le pressentiment vivant de quelque tragique catastrophe.

La joie se retira de mes yeux et le sourire de mes lèvres : «Montons, me dit-il d'un son de voix entrecoupée, j'ai à t'entretenir de tristes nouvelles. Enfermons-nous dans ta chambre, et recueille toute la force de ton âme pour les apprendre. »

Je montai, comme étourdi d'un coup sur le

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cœur, l'escalier. Il m'entraîna jusque dans ma chambre, il en referma la porte sur lui, me fît asseoir sur le bord de mon lit où bondissait de joie à mon retour mon pauvre chien, ne comprenant pas pourquoi ses bonds et ses caresses, ordinairement répondus avec affection, étaient importuns et repoussés avec rudesse. « Parle, » dis-je à Virieu, en cachant mon visage dans mes deux mains, et en me préparant moi-même à l'inconnu, ce pire des supplices parce qu'il menace tous les points de l'âme à la fois !

Alors, avec les lenteurs, les ménagements, les retours, les tâtonnements, tantôt timides, tantôt rudes, de l'homme chargé de communiquer un message inattendu et désespéré qui doit percer sans tuer le cœur, il finit par me dire, en me recevant à demi évanoui dans ses bras : s Tu n'as plus de mère ! » Il me sembla que la terre se dérobait sous moi et que toute base manquait à mon existence dans le passé, dans le présent, dans l'avenir. xAIon âme suivit d'un élan au ciel celle qui avait été ma vie ici-bas, et sans laquelle je n'avais même jamais compris qu'un jour je devrais vivre encore.

Elle était si belle, elle paraissait si vivante, si

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