‹ Le manuscrit de ma mèreChapitre 24 sur 32 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

vaient, et pour consoler, par des espérances prolongées, notre pauvre père atterré près de son lit d'un coup plus fort que sa résignation. Elle déroba à la douleur son âme presque toute entière, pour a donner jusqu'à la dernière heure à ceux qui l'aimaient et à Dieu qu'elle voyait déjà à travers sa foi. Elle voulut s'unir encore une fois à lui par le sacrement dans lequel sa foi trouvait si souvent la possession anticipée de la divinité par la créature et de la créature par la divinité. On eût dit que son beau visage, enflammé par l'ardeur de la conviction et béatifié par cette union mystique, illuminait l'ombre de son lit plus que les cierges que les enfants de l'hospice agenouillés élevaient dans leurs mains derrière ses rideaux. Un grand calme, un long silence, un doux sommeil, qui ravivèrent l'espoir, suivirent cette cérémonie des mourants ; fausse lueur I elle ne se réveilla que pour expirer avec toute la lucidité de son cœur et de sa raison. Celle qui assistait dans l'ombre de la nuit tombante à cette agonie, et qui cherchait à me suppléer par sa tendresse, m'a souvent depuis redit littéralement les paroles entrecoupées de rêves qu elle prononça de sa plus douce voix jusqu'à l'aurore : «Mon mari , mes enfants , Al-

« phonse, Marianne, Cécile, Eugénie, Sophie, que « Dieu les bénisse ! Pourquoi ne sont-ils pas tous « là pour qu'il les bénisse par ma main I Mon Ala phonse ! Oh î qu'il aura de chagrin de n'avoir «pas été près de moi à cette grande heure!... c Dites-lui, ah! dites-lui que je ne souffre plus !... « que je suis déjà comme dans un lieu de paix « et de délices, d'où je vois le ciel et toutes sortes « de bénédictions pour mes chers enfants sur la « terre 1 . . . »

Puis retombant dans un sommeil qui semblait doux et qui était entrecoupé de sourires errants sur ses lèvres, elle n'en sortit que par quelques mots qu'on l'entendit balbutier vers la première aube!... c Oh! que je suis heureuse! Oh! que je « suis heureuse! Oh! que je suis heureuse! Mon « Dieu, vous ne m'avez pas trompée ! je suis heuc reuse ! » Et elle remit avec ce mot son dernier soupir à son Dieu !

Voilà mot à mot cette mort. Tous les témoins sont encore là pour la redire, excepté notre père et la pauvre Philiberte, qui en perdant sa maîtresse perdit le désir de vivre, et qui ne vécut que juste assez de temps pour continuer à son maître ses services qu'elle avait consacrés par admiration à

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