‹ Le manuscrit de ma mèreChapitre 30 sur 32 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

partie du jardin quelque chose de l'obscurité, du recueillement et de la mélancolie d'un sanctuaire. C'était le site de précilection de notre mère, aux heures tièdes du milieu du jour, pendant le mois de la moisson. Je la voyais avec délice des fenêtres de ma tour, assise, un livre ou un chapelet à la main, sur une chaise de bois, adossée à un cerisier qui domine le buisson, et dont les branches noires de fruits pendaient sur sa tête.

J'éprouvais une certaine douceur dans le désespoir, en pensant qu'elle reposerait ensevelie précisément à la même place, sous la même ombre, sous le même gazon jonché des fruits et des feuilles du jardin où elle se reposait avec tant de paix pendant sa vie. J'avais donc résolu d'élever là son sépulcre» sur un terrain personnel, où ce sépulcre continuerait à être la propriété la plus chère de la famille. Mais comme nul ne peut répondre aujourd'îïîïhs^ d'immobiliser aucune propriété, même celle d'un sépulcre dans une même famille, et comme l'adversité peut transporter un tombeau aussi bien qu'une terre d'une- famille à l'autre, je prévoyais le cas où des créanciers ou des indifférents deviendraient propriétaires du château et des jardins, et je ne voulais pas que les enfants ou les petits-enfants

fussent dépossédés, par expropriation ou par vente, de la dépouille d'une mère, comme d'une chose vénale trafiquée un jour demain en main! Cette profanation prochaine ou future soulevait mon cœur de répugnance. Je méditai donc, ce que j'ai accompli depuis, de faire don au village du terrain de ce jardin sur lequel s'élèverait ce sépulcre, à la charge d'en prévenir la profanation ou la dégradation à perpétuité, et, pour que cette charge ne fût jamais onéreuse à la paroisse, je me chargeais en retour de lui faire don sur la colline, à côté de l'église, du terrain nécessaire pour construire un presbytère qui lui manquait, et de construire moimême à mes frais ce presbytère. La loi tutrice de la commune ne pouvait se refuser à autoriser un contrat si avantageux pour les habitants de cette vallée et, en effet, elle le ratifia en son temps sans difficultés.

Mais comme je ne voulais pas que démon vivant ou pendant la vie des personnes du même sang, qui posséderaient après moi la demeure, le sépulcre, enclavé ainsi à la fois dans le cimetière et dans le jardin, fût soustrait à nos regards et à notre culte domestique, je projetai (et j'élevai en effet bientôt après un simple mur à hauteur d'appui

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