‹ Le manuscrit vertChapitre 12 sur 49 · LA VALSE · texte numérisé non relu

LA VALSE

échangé des balles avec les tirailleurs russes. Anatole y avait été légèrement blessé à la cuisse d'un coup de lance par uu Cosaque qu'Emmanuel eut le bonheur de tuer.

Ce souvenir était cruel à la famille Matarieux , dévouée à la cour ; mais elle n'osait heurter de front l'impétueux jeune homme, qui, du reste, évitait de parler des événemens politiques devant ses parens. Or ces scènes se passaient en 1816, époque de réaction, de catégories, d'homélies à la tribune et de troubles sanglans.

Le déjeuner fini, un jockey apporta les journaux et des lettres de Paris. Emmanuel en ouvrit une que lui adressait sa mère ; elle l'y engageait à rester quelques jours encore à la campagne qu'il aimait.

— Ma mère me prie de me rendre auprès d'elle, dit Emmanuel; il faut que je parte demain pour Paris. — Loyse se leva brusquement, et s'approcha d'une fenêtre.

— Vous oubliez de réciter vos grâces j mademoiselle î s'écria la gouvernante. — Loyse prononça à voix basse la prière imposée.

Madame de Matarieux , d'un son de voix doucereux , lent , et Anatole avec l'accent vrai de l'amitié, essayèrent en vain de retenir Emmanuel.

Le soir le bal eut lieu.... Un bal avec une jeime fdle de dix-sept ans qu'on aime , qui vous aime, qui vous le dit à l'aide de regards incompris des autres;

un bal avec ses gaies contredanses , ses toilettes variées , ses fraîches danseuses , son bruit , son agitation , ses douces paroles jetées et recueillies en courant , ses gants blancs qui se déchirent , ses parfums qui portent à la tète , ses enlacemens qui font rêver , un bal où une belle fille laisse échapper de ces mots qu'on n'oublie jamais et qu'on se répète

dans la vieillesse Oh 1 avec le souvenir du baiser

du matin sous la verdure , avec ces serremens de mains, ces reproches du départ projeté, n'y avaitil pas là de quoi ébranler 1 ame d'Emmanuel ?

^lalgré les principes austères de mademoiselle Legauley, Loyse était vêtue d'une robe de tulle brodé, h peine retenue sur ses épaules éblouissantes. Madame de ^latarieux songeait à marier sa fille. Rieuse, animée, blanche sous les perles qui paraient ses noirs cheveux , elle étincelait , et les froides beautés assises sur les banquettes dans le recueillement d'elles-mêmes pâlissaient devant elle. Oh 1 des passions naissantes , une ame de feu, de la grâce et dix-sept ans 1

Sur la fin du bal , sollicitée par les jeunes danseurs , vint la valse aux mouvemens rapides, aux vertiges d'amour. Près deLovse , parmi les groupes quileheurtaicntencirculant,Emmanuelétaitplongé dans une admiration muette , quand l'orchestre lanra à travers les salles ses accords vifs et pressés qui le firent tressaillir : Loysc le regarda, leurs yeux

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