‹ Le manuscrit vertChapitre 13 sur 49 · LA VALSE · texte numérisé non relu

LA VALSE

parlèrent, leurs yeux seuls; puis leurs bras sY-lancêrent, ils se mêlèrent au cercle tournoyant.

Inobservés, perdus dans la foule, concentrés en leurs sensations réveillées et excitées, ils allaient obéissant par un instinct musical à cette cadence précipitée, d'accord avec les battemens de leurs cœurs. Loyse comprit tout son pouvoir, et il y eut en elle un tressaillement de joie et d'amour.

— Vous partez demain? dit-elle en fixant ses grands yeux noirs sur ceux d'Emmanuel.

— Il le faut bien!

— Ob!.... c'est-à-dire.... si vous voulez.

— Comment cela ? — Et la valse résonnait plus animée.

— Demain , n'en doutez pas , mon frère chercbera à vous retenir....

— Eh bien?....

— Eb bien!.... vous ne comprenez pas? — Et la valse résonnait plus animée.

— Consentir à rester.... mais....

— Un jour, un seul jour.... Emmanuel!

En cet instant la valse changea de mouvement, -et la tyrolienne impétueuse éclaircit les rangs des danseurs inhabiles ou déjà lassés. Emmanuel souleva la légère Loyse et s'élança avec elle ; leurs pieds effleuraient le parquet élastique qu'ils ne sentaient plus; ils se croyaient dans l'air, ils n'entendaient plus la musique, ils ne voyaient, ne sentaient qu'ctix

au monde ; leurs haleines entrecoupées se confondaient , leurs mains se pressaient , leurs cœurs palpitaient , leurs lèvres s'entr'ouvraient.

— Tu resteras, Emmanuel? murmura-t-elle avec un rire vif et léger ; oh ! tu resteras ?

— Oui, répondit-il.

Et soudain la valse cessa.

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