‹ Le manuscrit vertChapitre 25 sur 49 · LES VOILA · texte numérisé non relu

LES VOILA

La pluie tombe et coule en ruisseau dans un sentier élroit près des bois de Ville-d'Avray. Deux jeunes filles, serrées l'une contre l'autre , s'abritent sous un parapluie d'oià l'eau ruisselle. Elles rient et marchent avec précaution, car le vent s'embarrasse dans leurs robes légères. Qu'elles sont jolies ! leurs joues fraîches , rosées , animées par la marche , brillent sous les boucles de leurs cheveux en désordre et détendus. Le gracieux tableau que celui de ces jeunes filles sous ce parapluie ! Un cabriolet qui depuis quelques heures parcourait le sentier s'arrête : un jeune homme en sort et leur offre un abri contre l'orage. Elles y montent. La pluie roule en nuages dans les airs et en nappes d'eau sur la terre; le vent courbe les arbres, les feuilles volent détachées ; le cabriolet oppose sa demi-voùte protectrice à ces nuages qui crèvent , à ces vents qui hurlent , et le jeune homme , contenant d'une main ferme son cheval , qui piaffe impatient ,

regarde avec admiration les deux jeunes filles.

Leur beauté n'a rien de convenu, rien qui sente le monde ; ce sont des types originaux , primitifs. L'une représente le profil grec dans sa pureté ; sa taille est élancée et belle de proportions. L'autre a le visage plus rond, moins correct, mais plus animé, d'une poésie moins régulière, et plus séduisante. La première est grave et même un peu sauvage ; la seconde , vive , pétulante , éclate en saillies naturelles; ellen'a pas seize ans; c'est une enfant encore, mais une enfant sublime de beauté, de grâce et d'esprit. L'aînée compte dix-huit ans; on la contemple , elle étonne ; on regarde la plus jeune, elle charme. Elles semblent deux caprices d'une imagination puissante, deux rêveries de poète réalisées et douces de vie.

Comme il bénit cette pluie dont la fureur redouble , ce vent qui se joue des branches d'arbre qu'il a rompues ! Comme son regard se promène de l'une à l'autre de ces jeunes filles ! Comme il jouit de la frayeur qui les tient penchées sur lui au fond d'un cabriolet étroit !

Lalagée ! Cornélie! cria une voix.

— Nous voici, mon père, dirent-elles.

Un vieillard, d'une taille assez élevée , et dont le visage avait une expression frappante de douceur, de mélancolie et de gravité , apparut au milieu de torrens de pluie, et autour d'une haie.

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