I.E PACTE
— Et de se faire accepter du public , dit Anatole en riant.
La débutante , au mot seul de vicomte , avait rougi de plaisir , et les complimens qu'elle en avait obtenus doublèrent de prix. Dervilié s'aperçut de l'impression que produisait le jeune pair ; aussi paraissait-il inquiet, décontenancé. Anatole eut pitié de son embarras, le prit familièrement sous le bras, et le conduisit dans une autre pièce de l'appartement.
— Ne croyez pas, mon cber ami, que j'aie l'intention de vous tourmenter, lui dit-il en «'établissant sur une ottomane ; tout au contraire, je m'intéresse vivement à vous; écrivain distingué, vous pouvez parvenir à tont, vous avez de la flexibilité, de l'esprit , de l'ambition : au besoin , vous seriez un homme d'action....; d'honneur je vous ai pris en amitié.
Dervilié , surpris de c€s avances , les traduisit par : — Vous êtes à acheter, j'ai besoin de vous, combien voulez-vous de vous-même? Allons ! et ne surfaites point, je n'ai pas le temps de marchander. — Il prit à l'instant un parti décisif. — A vrai dire, M. le vicomte, je m'ennuie de la légitimité; elle est stupide , et si l'opposition....
— Vous n'y êtes pas, mon ami; il ne s'agit pas ici de politique , mais d'amour. Vous êtes prompt ordinairement à deviner les positions ; mais , celte fois , je vous trouve en défaut. — Il lui raconte alors
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ses visites chez M. de Sérizy, son amour pour Cornélie, les difficultés rencontrées, les espérances probables,... — Vous comprenez bien, mon cher, que dans ma positionj'aidetrès grandes précautions à prendre. Un procès en séduction ne m'iraitpas , je voTis assure.
— Il est vrai que nous ne sommes plus au temps des talons rouges , des lettres de cachet et de l'Encyclopédie ; vous n'avez plus un La Vrillière pour embastillerles pères etles maris ; les grands seigneurs ne mettent plus le feu aux maisons des bourgeois pour enlever leurs filles et leurs femmes. C'est un petit malheur.
- — Certes , je m'en réjouis , cette époque est odieuse; j'aurais horreur de moi-même si je commettais de telles actions. Mais je ne puis empêcher une jeune fille de m'aimer et de me suivre , si la sotte maison de son père l'ennuie trop. Elle n'y a pas d'avenir.
— J'entends....
— C'est une longue affaire à conduire. Il y faut une adresse consommée. Peut-être y renoncerai-je si j'y vois de trop graves inconvéniens. Jamais un seul soupçon ne doit peser sur moi. Nous ne hasardons plus rien pour les femmes ; elles sont devenues secondaires. On les prend , on les laisse , et l'amour lui-même est devenu un plaisir ou une spéculation ;