‹ Le manuscrit vertChapitre 48 sur 49 · LE SECRET · texte numérisé non relu

LE SECRET

« je vais au bateau, je chante des barcaroles , je lis M le journal des modes et les nouveautés, je me fais « nouveauté moi-même pour plaire un peu. Cet « hiver , je reprendrai mes habitudes ; j'irai aux « offices, aux sermons à la mode, aux concerts, aux « bals, aux spectacles, chez toi, surtout, méchante; « et si tu me dis des duretés , je te répondrai par « des tendresses.

« Tu m'arraches des pleurs à te savoir triste et « seule : mais, ma bonne amie , si tu savais com- « bien je suis tyrannisée ici! Les invitations me « pleuvent de dix lieues à la ronde , et je ne puis « commettre des impolitesses. Si ton amour est «tragique, ton caractère me rassure; tu as de « l'énergie. Un beau matin tu souffleras sur cette « passion, et il n'en restera plus de trace dans ton « cœur. En vérité , Emmanuel ne mérite que ton

* indifférence'.... De la colère? c'est du luxe!

« Un bel et bon oubli , voilà , ma charmante , la seule vengeance digne de toi. »

Elle replia vivement la lettre ; et la conversation s'engagea. Elle y mit toute cette adresse si ordinaire aux femmes; et, après la visite, elle écrivit à la comtesse.

« Tu réponds , ma chère amie , à des lettres de « douleur par des lettres de folie ; ta t'imagines « que le dépit me guérira , et que je n'ai plus a qu'à sottffler sur mon amour, pour qu'il n'en

« reste pas de trace dans mon cœur. Tu ne m'as « donc pas en pitié ? Ne me sacriûeras-tu donc « pas une fête ou deux ? car c'est le plaisir qui te u retient à la campagne. On t'invite de château « en château; et ta pauvre petite tète n'a jamais a su résister à des hommages.

« Il ne me manquait plus que de trouver l'é- « goïsme caché sous ce que tu nommes ton amice tié pour moi. La belle friperie que les sentimens « humains! Ce sont des costumes que l'on prend « et que l'on quitte suivant le moment et le besoin.

« Si tu savais combien je suis tourmentée du « désir de te voir , tu viendrais vite ici. A moins « pourtant que le devoir de me consoler, de m'em- « pêcher de mourir désespérée , ne fût mis en con- « currence avec le plaisir d'une contredanse ou « d'une valse... Tu vas te récrier ; je ne te croirai « pas si tu restes huit jours de plus à la campagne! « Et, pour aiguillonner ton indolence, je te tairai « aujourd'hui un secret que , d'ailleurs , il est plus « prudent de ne te confier qu à voix basse , et « quand les portes seront bien fermées autour de « nous .

« Ta petite ame va prendre feu comme une gaze « imprudemment approchée d'une bougie , et la « curiosité fera ce que l'amitié n'a pu faire... Un « secret!... Je suis sûre de toi , maintenant... Oui, « et un secret qui demande bien des larmes , qui

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