‹ Le manuscrit vertChapitre 8 sur 49 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

DIX-SEPT AMS.

Quel charme de se réchauffer au soleil de mai, le matin, après une nuit un peu fraîche, quand la rosée tremhle et l)rille de mille couleurs aux branches des arbres ! Il y a de la poésie et du bonheur

dans l'air ! Les descriptions sont épuisées , mais

les sensations ne le sont pas ; elles se modifient avec les organisations diverses. Moi, un mouvement de reconnaissance me saisit au milieu des impressions d'une belle journée ; le sang afflue au cœur et double ma vie ; je me sens plus léger, je touche à peine la terre : ime douce exaltation se porte à ma tête , j'improvise des nuances de sentimens , je pressens

48 Lli MANUSCRIT VERT.

au-delà du monde réel. I^a verdure tendre des bois caresse mon regard ; des émanations embaumées s'exhalent des fleurs et du gazon ; tout s'harmonise : les couleurs , les formes des plantes , la lumière , les longs duvets qui glissent dans l'air, filés par des mains invisibles , le chant des oiseaux, le bruissement de l'insecte qui vole , les eaux qui coulent , les nuages qui se condensent , le brouillard qui monte , s'évapore ; Dieu se révèle ; toute ame pieuse l'adore. Ceux mêmes qui ne croient pas en lui , et qui ne vivent que de leur vie animale , lui rendent un hommage involontaire par leurs sensations et leurs plaisirs.

Le soleil se levait, et lançait en gerbes étincelantes ses rayons à travers les clairières d'un parc bien dessiné sur un terrain inégal; il en résultait des accidens de lumière à charmer mi peintre : l'air était suave , pur , sonore , imprégné d'une volupté pénétiante. Ce spectacle de la nature réveillée , tant de fois décrit et toujours nouveau , toujours défiant la pensée, était magique de fraîcheur et d'éclat. C'était un de ces courts momens ou l'existence seule est le bonheur. Près d'un liosque qui dominait le parc et qu'entourait im massif de lilas fleuris , appuyé sur le tronc mousseux et à demi renversé d'un arl)re , un jeune homme , la léte nue, les cheveux en désordre, restait là immobile , les yeux levés au ciel , les mains jointes cl

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