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qui. étaient arrivés (lcj)nis peu dans la j)aroisse qn'il habile, et à qui il aval! l'endu , nu; disait-ii , quel(|ucs légers seivices. 11 nie vint à l'espiit (|ue ces deux individus pouvaient être ceux que notre ami le gentleman désire si vivement découvrir. Je lui montrai cette lettre , il me pria de demander à mon frère des renseignements plus étendus , et une réponse en quatre pages que j'ai reçue hier malin ne nous a laissé aucun doute sur ce sujet. Voila donc la cause immédiate de notre voyage.
— Cependant, — ajouta-t-il en se levant, — après une journée comme celle-ci, vous devez avoir besoin de repos. Allez donc vous coucher, car nous partirons de bonne heure, et puisse notre voyage se terminer heureusement!
d'antiquités. 575
CÎÏAPITIIE L
Quoique se ressentant encoie des fatigues de la veille, Kit ne s'abandonna pas à la paresse le lendemain matin ; il s'éveilla avant le jour, se leva siir-îocbamp^ et quand le soleil se montra sur l'horizon , il était prêta partir. Chacun déploya la même activité; dès le lever de l'aurore, on travailla aux préparatifs du voyage, et quand ils furent terminés, il ne restait plus qu'à déjeuner, et l'on avait encore une heure et demie à attendre avant que la voiture de voyage arrivât, car on ne l'avait demandée que pour neuF heures.
Cet intervalle de temps parut si long que chacun crut que le temps avait perdu ses ailes ; et , dans toute la maison, Rit fut le seul qui trouva qu'il s'écoulait avec rapidité. La raison en est toute simple, il était près de Barbe; et, pour !a première fois, il avait été frappé, la ]iuit précédente, de l'idée qu'il aimait Barbe , et qu'il en était parfaitement aimé.
Or, s'il faut dire, la vérité, — et il est de notre devoir de la dire. — Barbe était la seule personne dans Abel-Gottage qui ne partai;eât pas l'empressé-
•i-yG LU MAUCHAND
au lit jovcisx (juc cliaciin mollirait à lairc les préparatifs (lii voyage , (1 !ois(jiie Kit, clans la plénitude de son (œnr, lui parla du plaisir av(?c lequel il ferait c(^H(^ excursion, le nuat^c qui couvrait le froni de Barbe parut devenir ericore plus épais.
— Vous n'êtes pas de retom- ici depuis assez long-temps, monsieur Christophe, — lui dit-elle (Fun ton quiannonçait quelque dépit, — pour être si charmé d'en partir déjà.
— Mais songez au but de ce voyage, — dit Rit avec chaleur. — Il s'ai;it de ramener ici miss Nelly; n'oubliez pas cela. Je suis si charmé de penser que vous allez aussi la voir!
Barbe ne dit pas positivement que ce ne serait pas pour elle un bien grand plaisir, mais elle le montra suffisamment par un secouement de tête qui n'avait rien d'équivoque. Rit fut déconcerté, et ne comprit rien à cette indifférence.
— Je suis sûr, — répondit-ii en se frottant les mains , — que vous direz qu'elle a les traits les plus doux et les plus beaux que vous ayez jamais vus.
Barbe sicoua la tête encore une fois, et fit la moue, non avec un air d'humeur, mais seulement de manière à arrondir j-a peùte bouche , et à donner à ses lèvres la forme de deux cerises, comme elles en avaient la couleur.
Il n'y a pas de science dans laquelle un écolier fasse des progrès si rapides que celle dont Rit avait
d'aivtiquit^s. i^'-j
reçu la veille la première leçon en prenant deux baisers à Barbe. Il vit sur-le-champ ce qu'elle avait au fond du cœur : ce cœur i^tait devenu pour lui un livre ouvert, et il y lisait couramment.
— Barbe, — dit-il , — j'espère que vous n'êtes pas fâchée contre moi?
— Moi, fâchée contre vous? non sans doute. — Pourquoi serais-je fâchée? — Quel droit ai-je d'être fâchée contre vous, monsieur Christophe?
— Ah ! Barbe ! — s'écria-t-il ; — pendant tous les chagrins que je viens d'éprouver, j'ai toujours pensé à vous; et j'aurais été encore bien plus malheureux si je n'y avais pas pensé.
Comme I5arbe était jolie en rougissant et en tremblant comme elle le fit , pendant que Kit lui parlait ainsi!
— Je vous dis la vérité. Barbe, et ce n'est pas la moitié de ce que je voudrais vous dire. Si je désire que vous soyez charmée de voir miss Nelly, c'est uniquement parce que je voudrais que tout ce qui me plaît vous plût aussi. Je crois que je mourrais volontiers pour lui rendre service; mais je suis sûr que vous penseriez de même si vous la connaissiez comme moi.
Barbe se sentit émue , et regretta d'avoir montré tant d'indifférence.
— J'ai toujours eu coutume de parler délie et de songer à elle, comme si c'était un ange bien audessus de ma sphère. Quand je pense à elle, c'est
pour !n(î lappdeiqiK; j'ai été long tcmj)sà son service et à celui (le son aïeul, et c[uc j'ai toujours trouvé en elle une maîtresse pleine de douceur et débouté. J'ai craint un moment que, si elle se trouvait au milieu d'an?is du mtine rang qu'elle, elle ne fût honteuse d'avoir connu un être d'une condition aussi humble que la mienne, et qu'elle ne me parlât avec froideur, ce qui m'aui-ait viveme^nt affligé, Barbe; oui, bien vivement. Mais je suis sûr que j'étais injuste envers elle, et que je la retrouverai telle qu'elle a (oujoiu's été. — Voilà la vérité, Barbe, toute la vérité , sur ma parole.
Barbe n'était ni fantasque ni capricieuse; elle se repentit de ce mouvement de jalousie, et versa quelques larmes. Nous ne pouvons dne quelles auraient pu être les suites de cet entretie:i, cai", eu ce moment, une voiture s'arrêta à la porte , et Rit fut obligé de la quitter brusquement. Quand il arriva dans la cour, M. Garland et le s^^entieicau étaient déjà montés en voiture, et le postillon était en selle. Il monta derrière , el s'assit dans le dickey, enveloppé d'un grand manteau. Il y accrocha une cage : c'était celle qui contenait le serin de IMelly. Mistress Garland et M. Abel près de la portière; plus loin mistress NubbK s, Lî mère de Barbe et sa fille, qui, pour cette fois, s'était emparée du petit Jacob , faisaient leurs adieux aux voyageurs, les uns de vive voix, les autres par gestes , quand M. Garland donna le signal du départ.
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La journée était froide, et un vent piquant leur soufflait en face, faisant tomber le givre des branches d'arbres et des haies , et l'enlevant comme de la poussière. Mais, après avoir respiré près de cinq semaines l'atmosphère d'une prison située dans le cœur de Londres, ce vent, quelque rigoureux qu'il fui, nesemblait à Kit qu'une fraîcheur agréable. Cependant il s'aperçut du froid quand Id nuit fut arrivée; car, quoiqu'elle fut belle, et que pas une étoile ne manquât sur le firmament, le veiit conservait encore toute sa violence. Mais, chaqire fois qu'on changeait de chevaux, Rit descendait du dickey pour payer le postillon, courait en avant pour faire une petite provision de chaleur, ou du moins se dégourdir les jambes, et y remontait quand la voilure le rejoignait.
Les deux amis, dans l'intérieur, avaient charmé l'ennui du voyage en conversant ensemble , et leur conversation avait principalement roulé sur l'objet de leur excursion et sur tout ce qui y avait rappori . Elle fut interrompue par la nuit, chacun d'eux esi'ayant, presque toujours inutilement , de prendie im instaul de repos d'iîîi relais à l'autre. Dès que le jour reparut, le gentleman se rourna vers son compagnon, et lui dit : — Êtes-vous bon écouteur?
— Oui , quand le sujet dont on me parle m'inléresse , — répondit M. Garland en souriant ; — et
q8o le makchand
clans le cas contraire , ']v. fais tous mes efforts pour avoir l'air d'y prendre intérêt. rro?»
— Eh bien, — reprit le gentleman , — je vais essayer de vous raconter une histoire véiitable. Elle ne sera pas longue. Ecoutez.
« 11 y avait autrefois deux frères qui s'aimaienl tendrement. Il existait entre eux une différence d'âge d'une douzaine d'années, et je ne sais pas si ce ne fut pas un motif pour qu'ils s'aimassent encore davantage. Eh bien, malgré cette disparité d'âge, ils devinrent rivaux; tous deux accordèrent au même objet tout l'amour dont un cœur ardent peut être capable.
» Le plus jeune fut le premier à le découvrir, et il résolut de se sacrifier à son frère. Je ne vous dirai pas combien il eut à souffrir, et de quelle lutte terrible son cœur fut l'arène. Mais, dans sa première jeunesse, il avait été attaqué d'une maladie longue et dangereuse; les médecins l'avaient abaîidonné, et il n'avait dû la vie qu'aux soins constants de son frère, qui, pendant un an , ne l'avait quitté ni jour ni nuit. Il ne l'avait pas oublié, et le ciel lui accorda la force de renoncer à tout espoir de bonheur pour assurer celui de son frère. Son frère ne fut jamais informé de ce sacrifice. Il quitta l'Angleterre dans l'intention de mourir en pays étranger. Le frère aine ne tarda pas à épouser celle qu'il aimait; mais il n'y avait qu'un an qu'ils étaient mariés quand elle mourut en lui laissant une fille.
D'AWTlQUlTiis. «381
» La mère parut renaître dans cette fille; et vous pouvez vous figurer la tendresse que son père eiit pour elle quand il retrouva dans cette fille l'image vivante de celle qu'il avait tant aimée, non seulement pour les traits, mais pour le caractère. Elle n'avait que dix-sept ans quand elle donna son cœur à un homme qui n'était pas en état d'en apprécier la valeur, et qui avait toujours vécu dans la dissipation , pour ne rien dire de plus. Son père n'approuvait pas son inclination; mais il ne put résister aux prières et aux larmes de sa fiile, et se disant que ce jeune homme valait peut-être mieux qu'il ne le croyait, ou que la compagnie d'un<^ Selle ferrime devait nécessairement !e corriger, il consentit enfin à leur mariage.
» Que de malheurs suivirent ceïte union mal assortie! Bien loin de se corriger,, le mari, qui ne Ttjvait épousée que par intérêt, se montra bientôt ce qu'il était, joueur et libertin. Non seulement il la négligeait, mais il la mallraitait; et en très peu d'années il mangea la dot qu'il avait reçue en l'épousant. La malheiH'euse supporta tout avec une patience et une résignation dont une iemme seule est capable, et ne se plaignit jamais. Ils tombèrent dans la misère. Le père les en tira piiisieurs fois , et se ruina presque par amour pour sa fille. Enfin le mari mourut, et sa femme , qui n'avait janiais cessé de l'aimer, le suivit au tombeau après cinq mois de veuvage, laisvsant à la charge de son j)ère deux en-
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f'aiits, \\n gîUTon Agé de dix à douze ans, et une fille au berceau.
» L'aïeul de ces deux enfants était alors un homme affaissé sous le poids, non des nnnées, mais des chagrins. Il recueillit les débris de sa fortune, et commença un commerce d'abord de tal)leaux, et ensuite d'antiquités. Il avait eu ce goût dans sa première jeunesse, et ce fut (tn s'y livrant qu'il se procura une existence précaire.
w II fit pourtant donner une boime éducation à son pelit-fils; mais celui-ci ressemblait à son père au moral et au physique. Il fit de mauvaises connaissances, et donna clans tous les dérèglements possibles. Il s'éloigna de son aïeul, et ne le voyait jamais que pour en extorquer de l'argent. Quant à la jeune fille, elle promettait en gi-andissant d'avoir les charmes eî; les vertus de sa mère ; et quand son aïe-til la tenait sur ses genoux , et qu'il considérait ses yeux bleus et pkins de douceui-, il croyait presque sortir d'un mauvais rêve , et avoir encore près de lui sa fille au même âge. Ce fut alors qu'il ( onimença à craindre le besoin et la pauvreté, non pour lui , mais.pour sa petite-fdle. Cette crainte était un spectre qui le poursuivait jour et nuit.
» Pendant tout ce temps, son frère avait voyagé et séjourné dans divers pays étrangers. Après la mort de celle qu'il avait tant aimée, il aurait pu retourner en Angleterre; mais on avait attribué son départ à des causes si injustes et si éloignées
d'antiquités. 1283
(le la vérité, qu'il ne put s'y résoudre. Gomme il changeait souvent de ])lace. il avait peu de communications épistolaires avec son frère; cependant il en recevait des nouvelles de temps en temps, et ce fut ainsi qu'il apprit les détails dans lesquels je viens d'entrer.
w Cependant îa dernière lettre qu'il reçut de son frère lui peignit si vivement la situation dans laquelle il se trouvait, et les craintes qu'il avait pour l'avenir de sa petite-fille , que, fortement ému par les souvenirs de sa jeunesse, il résolut enfin de retourner dans son pays , et de s'y réunir à son frère. Il réalisa à la hâte toute sa fortune, que ses voyages avaient accrue par suite de l'économie avec laquelle il avait toujours vécu; et ce fut avec une émotion que je ne saurais vous décrire qu'il arriva un soir à la porte de la maison de son frère. Là, il iipprit que... )^
— Je sais tout le reste, — lui dit M. Garland en lui serrant la main.
— Oui , vous le savez : vous savez le triste résultat de toutes mes recherches; vous savez qu'ayant appris une fois le lieu de leur retraite , j'y suis arrivé trop tard. Fasse le ciel que nous arrivions à temps cette fois-ci ! Je m'efforce de l'espérer et de le croii'e ; mais un poids cruel me pesé sur l'esprit, et j'éprouve des craintes qui ne cèdent ni au raisonnement ni à i'espoir.
— Cela ne me surprend pas, — dit M. Car-
iaiid : — cVst la suite naturelle des événements dont vous venez de me faire le récit, el peut-être aussi du temps affreux que nous avons eu depuis notre départ. — Entendez-vous comme le vent siffle?
d'antiquiti^s. a85
CHAPIîllE l\\.
Ils continuèrent à voyager pendant toute la journée. Depuis leur départ, ils ne s'étaient arr<^tés que pour prendre quelque riourriture; mais ils avaient éprouvé, surtout pendant la nuit, de fréquents retards occasionnés par le manque de chevau::; et ils virent bientôt qu'il leur serait impossible d'arriver à leur destination avant la nuit.
Quand le crépuscule commença, le vent cessa; la neige y succéda : elle tombait en gros flocons. La terre en fut bientôt tellement couverte, qu'on n'entendait plus le bruit ni des pieds des chevaux , ni des roues delà voiture.
En arrivant plus tard à un relais situé dans un endîoit solitaire, nos voyageurs s'informèrent s'ils avaient encore beaucoup de chemin à faire pour arriver à leur destination. — Dix milles, — l'époi;dit une voix d'une fenêtre au second étage; car, dans ce lieu isolé, tout le monde était dt^jà couché. Dix minutes leur parurent une heure , tandis qu'ils attendaient les chevaux. Enfin un garçon d'écurie, à peine bien éveillé , vint les atteler, et ils continuèrent leur route.
Ils avaient à faire ces dix milles sur une route de
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traverse» en Toit mauvais clal ; et après cju'ils y eurent lail ciiHj à six milles, elle se trouva leilement coupée de trous et crornières cachés sons la neige , que les chevaux trébuchaient à chaque pas, et que la voiture était en danger de versera chaque instant. Les trois voyageurs mirent pied à terre, et firent à pied le reste du chemin. La distance semblait interminable; la marche était très pénible , et ils commençaient à croire que le postillon s'élait trompé de route, quand ils entendirent à peu de distance l'horloge d'une église sonner minuit. LJn instant après, la voiture s'arrêta.
— Nous sommes arrivés, messieurs, — dit le postillon en descendant de cheval. — Et il alla frapper à la porte d'une petite aul)erge. Personne ne répondit. Il frappa de nouveau, et le même silence continua à régner.
— En attendant que les dormeurs s'éveillent , — dit le gentleman , — faisons quelques pas en avant ; chaque moment d'attente est un supplice pour moi.
M. Garland y ayant consenti , ils se remirent en marche , et malgré la neige épaisse qui continuait à tomber j ils remarquèrent qu'ils étaient dans une rue, si l'on peut donner ce nom à un rassemblement de chaumières mal bâties, sans alignement, et disséminées comme au hasarde Bientôt ils se trouvèrent près d'une église antique surmontée d'une grande tour, et à quelques pas plus loin ils passèrent devant la porte d'vs rhnetière. Là ils vi-
d'aivtiqiutés. 287
rent une faible Inniière brillera travers la croisée d'une chaumière voisine, et Kil y courut pour demander leur chemin.
Dès qu'il eut parlé, un vieillard se présenta à hi fenêtre, en s'enveloppant d'un vêtement quelconque pour se garantir du froid , et il demanda ce qu'on lui voulait à une pareille heure de la nuit;
— Mon u)étier n'est pas de nature à exiger que je me lève la nuit , et surtout quand je souffre d'un rhumatisme.
— Pardon , — répondit Rit , — je ne vous aurais pas appelé si j'avais su que vous étiez vieux et malade.
— Vieux ! — Comment savez-vous que je suis vieux ? Je ne suis peut-être pas si vieux que vous le pensez. — Malade ! un rhumatisme n'est pas une maladie, et il y a bien des jeunes gens qui se portent plus mal qj.ie moi , quoique je ne prétende pa3 être très vigoureux pour mon âge. — Mais excuse? moi si je vous ai parlé un peu rudement ; mes yeiLi ne sont pas très bons , surtout la nuit , et ce n'est l'effet ni de l'âge ni d'une maladie, car ils n'ont jamais été bons ; je n'avais pas remarqué que vous êtes étranger dans ce pays.
— Je suis fâché de vous avoir tiré de votre lit ,
— dit Rit ; — mais ces deux messieurs que vous voyez à quelques pas, sont étrangers comme moi , et ont besoin d'aller au presbytère. Vous pouvez sans doute nous en indiquer le chemin ?
q88 lf. mauciiand
— Je (lois le pouvoir, car, viciiiic l'été proeliMin il y aura cirHjnnuto ans (]ije je suis fossoviir dans cette paroisse. — Suivez le preiiîi(M' seulier à di'oife, et vous y serez bientôt. — J'espèie (jue vous n'apportez ])as de mauvaises nouvelles à notre digne ministre ?
Kit le remercia , répondit négativement i'. sa question , et il retournait vers les deux amis, MU'ind son attention fut attirée p;n' la voix d'un très jeune entant (pii se montra à une (énélre voisine.
— Qu'est-ce que cela? — criait vivement l'enfant. — Mon songe s'est-il réalisé? Parlez-moi , qui que vous soyez !
— Pauvre enfant ! — dit le fossoyeur.
— Mon songe s'est-il réalisé? — s'écria de nouveau l'enfant , d'une voix à faire tressaillir; — mais non , non, cela est impossible.
— Je devine ce qu'il veut dire, — reprit le fossoyeur. — Retournez dans votre lit , mon cher enfant.
— Ah! — s'écria l'enfant avec l'accent du désespoir; — je savais que cela était impossible avant de le demander; mais la nuit dernière, celle-ci encore, j'ai lait le niéuie songe. Je ne puis rn'endormir sans qu'il revienne.
— Pensez à autre chose, — dit le vieillard, — et il ne reviendra plus.
— Je ne suis pas fâché de faire ce rêve en dor-
d'antiquités 289
inant , — dit l'enfant; — mais je suis si triste, si triste , quand je m'éveille î
— Tachez de vous rendormir, mon enfant, et que Dieu vous protège ! — dit le fossoyeur en fermant sa fenêtre.
— Bonne nuit! — dit l'enfant, se retirant aussi. Kit retourna vers les deux amis qui l'attendaient,
ému par ce qu'il venait d'entendre, quoique son émotion eût pour cause l'accent touchant de la voix de l'enfant, plutôt queles paroles qu'il venait de prononcer , puisqu'il ne pouvait en comprendre le sens. lis prirent alors le sentier indiqué par le fossoyeur; mais en arrivant près du presbytère, ils virent à peu de distance, entre le cimetière et l'église, une lumière solitaire briller à lafenétre d'un grand bâtiment, dont une partie était en ruines.
— Quelle peut être cette lumière? — demanda îe gentleman.
— D'après ce que m'a écrit mon frère , — répondit M. Garland , — ce doit être là qu'ils demeurent. Je ne vois pas d'autres ruines dans les environs.
— Ils ne pëtivent être éveillés à une pareille heure , — dit^le gentleman.
Rit proposa d'aller faire une reconnaissance de ce côté, tandis qu'ils sonneraient au presbytère, et qu'ils attendraient qu'on leur ouvrît la porte. En ayant obtenu la permission , il partit à grands pas, tenant en main la cage contenant le serin de Nelly. II. 19
agO LE MARCHAND
11 s'approcha le j)lus doucement j)ossible de la fenêtre cclairée, appii}a une joue contre un carreau de vitre, écouta avec la plus grande allention, et n'entendit pas le moindre bruit. Cependant il régnait un si profond silence dans tous les environs , que si quelqu'un eût été dans cette chambre, il aurait pu l'entendre respirer , quaîîd même il eût été endormi.
Un rideau était tiré sur la partie inférieure delà croisée, de sorte qu'il ne pouvait voir dans l'intérieur, mais nulle ombre ne se dessinait sur ce rideau. Il aurait pu monter sur la muraille à l'aide du lierre qui la tapissait , et regarder dans la chambre par le haut de la fenêtre, mais il pouvait faire du bruit et effrayer Nelly, si par hasard elle se trouvait dans cet appartement.
S'éloignant de la fenêtre, et suivant la muraille du bâtiment , il trouva une porte : il y frappa, et personne ne lui répondit; mais il entendit un bruit singulier dans 1 intérieur. Il avait quelque ressemblance avec le gémissement étouffé d'une personne qui souffre; mais ce n'était pas cela, il était trop constant et trop régulier. C'était à<on oreille tantôt une espèce de chant, tantôt une sorte de psalmodie lugubre 5 suivant que son imagination le portait aie croire, car le son était toujours le même et ne s'interrompait jamais. Kit n'avait de sa vie entendu rien de semblable; il tressaillit, et ce bruit continuel, qui semblait avoir quelque chose de
d'antiquités. agi
surnaturel , lui glaça le sang dans les veines. Voulant sortir d'incertitude , il leva le loquet et poussa la porle avec le genou. Elle céda, il vit la lueur d'un feu se répercuter sur la muraille, et il entra dans la chambre.
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