CHAPITRE XLVII
La mère de Rit et le gentleman, — dont il est nécessaire que novis suivions les traces à la hâte, pour ne pas perdre le fil de notre histoire et ne pas laisser de doute dans les situations , — rapidement conduits par quatre chevaux de poste , furent bientôt hors de la ville , faisant jaillir le feu des pavés de la grande route.
La bonne femme, quelque peu gênée dans sa nouvelle position, gardait un silène; înélancolique. Quant au gentleman, il était dans i;ne agitation nerveuse dont rien ne peut donner une idée; il ne pouvait rester deux minutes dans la m 'me position, et ne faisait que lever et baisser les siores de la voiture, pour regarder sur la route; à chaque instant il consultait sa montre, en se plaignant de la lenteur des postillons; et comme, à chaqiK" relais, il descendait de voiture pour tâcher d'inspirer plus d'ardeur à ceux qui allaient les remplacer, il fut impossible à la mère de Kit de fermer l'œil.
— Etes-vous à votre aise? — lui demanda le gentleman en remontant en voiture après le troisième relais.
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^-^ V:u'\:.ù\vmvt\\ a inoii ;riso , ninnsieiir; je vous remercie.
— Eli etes-vous bien sûre?N'avez-voiis pas froid ?
— Un pfu, monsieur.
— Je le pensais ! — s'écria le gentleman en baissant une des glaces du devant de la voiture. — Holà ! arrêtez à la prochaine auberge , et demandez un verre d'eau chaude et d'eau-de-vie.
Ce fut en vain que la mère de Rit affirma qu'elle n'avait besoin de rien; il fut inexorable, et son ordre fut exécuté. Ils ne s'arrêtèrent qu'à minuit ou environ pour souper. Le gentleman demanda tout ce qu'il y avait dans la maison; et comme la mère de Rit ne mangeait pas de tout à la fois et ne vidait pas les plats , il se mit dans la tète qu'elle était malade.
— Vous êtes souffrante, — lui dit-il; — je le vois, madame, vous êtes souffrante.
— Mais non, monsieur, je vous assure que je ne le suis pas.
— Je suis certain du contraire. J'arrache cette pauvre femme du sein de sa famille, sans lui donner le temps de respirer, et je la vois s'affaiblir sans songer à réparer ses forces! C'est bien agir, en vérité! — Combien d'enfants avez-vous, madame?
— Deux, monsieur, sans compter Christophe.
— Garçons, madame?
— Oui , monsieur.
— Ont-ils été baptisés?
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— "Non, monsieur, jja*- encore.
— Je serai le parrain de tons les deux. Rappelezvous cela, je vous prie, madame. — Vous feriez bien de prendre un peu de vin chaud;
— Vraiment, monsieur, je ne pourrais en boire une goutte.
— Il le faut; je vois que vous en avez besoin. J'aurais dû y songer plus tôt.
Et la sonnette de retentir pour commander le vin que la mère de Rit fut forcée d'avaler, et qui la plongea ensuite dans un profond somrUeil , dès qu'elle fut remontée dans la voiture. Elle ne s'éveilla que le lendemain , au moment où la voiture roulait sur le pavé d'une ville. ^
— Nous sorrimes arrivés! — s'écria son compagnon en baissant toutes les glaces de la voiture. ^- Postillon, au spectacle des figures de cire !
Le postillon porta la main à son chapeau , enfonça ses éperons dans les flancs de sa monture, et traversa les rues en faisant claquer son fouet avec tant d'énergie, que les honnêtes bourgeois mirent le nez aux fenêtres pour connaître la cause de ce vacarme. La voiture s'arrêta dev.mt une porte autour de laquelle une foule de gens étaient rassemblés.
— Qu'y a-t-il ? — demanda le gentleman en passant la tête hors de la portière. — Qu'y a-t-il donc ici? — Une noce^ monsieur, une noce î — s'écrièrent plusieurs voix.
Le genî leman , un peu confus de se voir au milieu
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(le cclti' {onic briiy.inlc, descendit de voiture, et donna hi inain à la \ut'i'c de Kil j)Our l'aider à en descendie à son tour. A cette vue, ia |)opnlace s'écî'ia : — C'est une autre noce ! — et les cris et les acclamations redoublèrent.
— fout le monde ici est fou , je crois, dit le gentleman en s'efforçant de se frayer un passage à travers la foule, accompagné de sa prételidue fiancée. — Place, je vous piie , et laissez-moi frapper.
Tout ce qui fait du bruit est du goût de la foule. Vingt mains sales se levèrent pour frapper, et rarement on entendit un vacarme plus étourdissant. Après lui avoir obligeamment rendu service , la foule s'écarta un peu pour laisser au gentleman seul tout le plaisir d'une bonne réception après un pareil tapage.
— Que voulez-vous, monsieur? — demanda en en ouvrant la porte , et en l'envisageant en vrai stoïcien, un liomme portant une faveur blanche à sa boutonnière.
— Quis'e.^t marié ici, mon ami? — demanda le gentleman.
— Moi.
— Vous ! et avec qui? — au nom du diable !
— De quel droit me faites-vous cette question? — répliqua le marié en le îoisant des pieds à la tête.
— De quel droit? — s'écria le gentleman en serrant le bras de la mère de Kit ous le sien , car cette bonne femme avait un dv.sir évident de s'enfuir ; —
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crun droit dont vous vous doutez peu. — Bonnes gens, je vous jure que si cet individu a épousé une mineure... mais cela ne peut-être. — Où éstlajeune fille qui motilre vos figures de cire? — Elle se nomme Nelly, — où est-elle?
A cette question, répétée parla mère de Kit , une personne qui se trouvait dans une chambre voisine poussa un cri perçant, et une grosse femme en robe blanche en sortit à la hâte, et vint s'appuyer sur le bras du marié.
— Où est-elle? — s'écria cette dame. — Quelles nouvelles m'en apportez-vous? — Qu'est-elle devenue?
Le gentleman fit un pas en arrière , et jeta des regards mêlés de crainte,de désappointement et d'incrédulité sur l'é'^r-mistress Jarley, mariée dans la matinée au philosophe George, au désespoir et à la rage éternelle de M. Plum le poète. Enfin , il dit en balbutiant :
— C'est 7720^ qui vous demande où elle est. — Que voulez-vous dire ?
— Oh! monsieur, — s'écria la mariée, — si vous êtes venu pour lui être utile, quen'èîes^vous arrivé huit jours plus tôt !
— Elle n'est pas., morte? — dit le gentleman dont le visage devint blême.
— Non , — je l'espère du moins.
— Merci , mon Dieu ! — s'écria-t-il d'une voix faible. — Permettez-moi d'entrer.
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[Is se retin^reul jioiir le laisser pnsser, et lorsqu'il fut entré, ils refermèrent la ])orte.
— Vous voyez en moi , — dit-il en s'adressant atix nouveaux mariés, — un homme moins attaché à la vie qu'aux deux personnes en question. Klles ne me reconnaîtraient pas; mes traits leur sont étrangers; mais ils reconnaîtraient cette bonne femme quia été leur humble et fidèle amie.
— Je l'ai toujours dit , — s'écria la mariée; — je savais que ce n'était pas une enfant ordinaire! — Hélas! monsieur, il n'est pas en noire pouvoir de vous aider, car nous avons en vain fait tous nos efforts pour la retrouver.
Et ils se mirent à lui raconter sans aucun détour tout ce qu'ils savaient au sujet de Nelly et de son aïeul, depuis leur rencontre jusqu'au moment de leur disparition soudaine; en ajoutant, — ce qui était vrai, — qu ils avaient fait tout au tiionde pour les découvrir. Le gentleman écouta leur récit d'un air consterné, et des larmes roulèrent dans ^ses yeux.
Bien convaincu de la vérité de tout ce qu'il venait d'entendre, le gentleman prit congé de l'heu-' reux couple , et , accompagné de la mère de Rit, regagha sa chaise de poste.
— Où allons-nous, monsieur? — demanda le postillon.
— Au... — au. . . . Par égard pour la mère de Rit, il ne finit pas sa phrase comme elle s'était présetitée
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à son esprit. — Il dit: — A l'auberge 1 et le postillon fouetta ses chevaux.
Le bruit s'était déjà répandu dans la ville que la petite fille qui montrait les figures de cire était d'une grande famille, qu'elle avait été volée à ses parents en bas âge, et qu'on venait seulement d'en découvrir les traces. On ne savait pas encore si c'était la fille d'un prince , d'un duc , d'un comte, d'un vicomte ou d'un baron , mais on était d'accord sur le fait principal , et l'on s'accordait à lui donner pour père le gentleman , et tous s'efforcèrent de jeter un coup d'oeil dans la voiture, pour voir au moins le bout du noble nez de l'inconnu plongé dans un violent désespoir.
Que n'aurait-il pas donné pour savoir qu'en ce moment Nelly et son aïeul étaient assis sous le porche de l'église d'un faubourg de cette même ville attendant patiemment le retour du maître d'école !
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