I.IV. '.)'.'>. K nijï, «S.litcur i
vendue par Mislicot... — Il jioursuil MisLicot afin de le questionner, compiends-lu? — Alisticot, questionné, dira pourquoi il est à TBléré... — le nom d'Arnold Desvignes sera prononcé, et alors nous allons droit à l'abîme!... — Comment Flogny sait-il que Will Scoot et Trilby sont les complices de /V///rt//7' dr l'Hôlcl des Iiidrs:'... Quel concours d'enquêtes et de circonstances l'ont amené à faire cette découverte? Je l'ignore, mais cela est!
— Alors, nous sommes flambés! — murmura ïrilby. — Il ne nous reste plus qu'à prendre la poudre d'escampette!
— Fuir! — Es-tu fou?...
— Flogny a dû prévenir le Parquet... le cbcf de la Sûreté...
— Non, et voilà ce qui fait notre force... — C'est dans la journée d'hier qu'il a récolté ses renseignements.., — le Parquet ne savait rien. — Hier soir, à huit heures, Flogny était encore à l'hôtel de mon associé, suppliant en ma présence sœur Marie de lui donner le nom du pays où elle avait envoyé Misticot...
— Elle a parlé?
— Non, car j'étais là, et parler c'était avouer qu'elle travaillait secrètement à ma perte... — C'est moi qui ai donné à l'agent de la Sûreté le renseignement qu'il sollicitait...
— Vous!... — s'écria Trilby stupéfait.
— Parbleu!...
— Mais, pourquoi?...
— Homme de peu de jugement, ne comprends-tu pas qu'il fallait le lancer sur cette piste, le forcer à quitter Paris sans une minute de retard, le mettre dans l'impossibilité d'aller à la Préfecture raconter ce qu'il savait et provoquer des recherches?... — J'ai réussi!... — Flogny veut se payer le régal de découvrir seul les assassins d'Etienne Béraud... Il prétend ne partager avec personne l'honneur de cette découverte!... — Trop d'amourpropre à la clef! — Il a manqué l'express de huit heures quarante-cinq : il a dû prendre le train direct de onze heures vingt-cinq. Demain, c'est-à-dire aujourd'hui, il arrivera à Bléré afin de s'aboucher avec Misticot... — Mais il a compté sans nous ! — Nous serons là pour les empêcher tous deu.v de revenir à Paris!...
— Qu'allons-nous faire?
Arnold allait expliquer son plan, mais il .se tut, cl par un : l'Iiiil.' brusque il imposa silence à son compagnon.
Une lueur venait d'émerger près de la lisière du bois, à vini;l pas d'eux, tout au plus, et deux formes somiires se dessinaient sur la roule, marchant dans la même direction ([u'ils suivaient eux-mêmes.
J^a lueur s'écbapiiail d'une lanterne portée jiar l'un des voyageurs nocturnes.
Li: MAItCllA.NO l)i; lilAMAMS
Desvigaes et Trilby hâtèrent silencieusement le pas; ils eurent bientôt rejoint ceux qui les précédaient et ils allaient les dépasser quand l'homme à la lanterne leur dit :
— C'est bien imprudent de s'aventurer, celte nuit, dans la forêt sans lumière... Faut que vous ne soyez point de par ici...
— Imprudent?... Pourquoi donc? — demanda l'associé de Verrière avec un accent allemand prononcé.
— Ah! je le pensais bien, vous n'êtes pas de nos côtés... — fit le causeur, un vieux paysan, escorté d'un jeune homme d'une vingtaine d'années.
— En efl'et, — répondit Arnold, — mais nous y venons depuis dix ans comme voyageurs de commerce, et nous n'avons jamais entendu dire qu'ij y eût du dang'er à traverser pendant la nuit la forêt d'Amboise...
— Fectivement, d'habitude il n'y en a point, mais v'ià c' que c'est... — Il y a huit jours, une ménagerie est venue s'installer à Loches pour la foire... une grande ménagerie, avec toute une flotte de mauvaises bêles plus féroces les unes que les autres... — Dans la nuit de samedi à dimanche, v'Ià que 1' feu prend à la ménagerie, et que tapage, alors, (jué remueménage!... des cris, des z'hurlements!... vous entendez ça d'ici, pas vrai'.' — Tant y a que qucq's uns des animaux trouvèrent le moyen de forcer une de leurs cages et de décamper dans le pays... il y avait un lion, une lionne, deux tigres et un singe plus grand qu'un homme! — Excusez du jieu!... Ces mauvaises bêtes gagnèrent la forêt, et vous compi-enez bien que tout le monde a peur à vingt lieues à la ronde... — Ça serait peu drôle de se trouver nez à bec avec ces oiseaux-là, et comme on prétend qu'ils n'aiment pas la lumière, on emporte des lanternes quand on est oi)ligé de sortir la nuit.
— Bonne précaution... — répliqua Desvignes. — Mais rien ne prouve que les animaux évadés aient quitté la forêt de Loches pour celle d'Amboise...
— l'arailrait qu'ils ont traversé le Cher, car on prétend iproii a vu des traces de leur passage au-dessous de HIéré...
— N'a-l-on fait aucune battue ï
— Eh! on ne fait que ça! — Mercredi on a tué un tigre dans la forêt de Loches à coups de fusil. — Ils dévastent tout. — Deux cnfauls qui (Haiint allés ramasser du bois mort ont disparu...
— Diable! En eli'et, ce n'est pas rassurant!
— Vous ferez bien de profiler de notre lanterne... — Nous allons à Bléré, mon frère et moi... et vous y allez, vous aussi, à Bléré ■;'
— Un peu plus loin...
— Vous venez d'Amboise... l'(Mir(|Uiii qm; vuus n'avez pas pris la voilure /
75é LE MARCHAND DE DIAMANTS
— Il faisait beau, nous avons préféré marchef...
-^ Ça se comprend... — Tiens, on dirait qu'on l'entend venir, la Voiture...
Le paysan ne se trompait point.
Un bruit de roues et de grelots retentissait sur la route et se rapprochait sensiblement.
La carriole, ou pour mieux dire la patache chargée du service des dépêches, atteignit et dépassa les quatre voyageurs.
Une raie blanche à l'orient dans le ciel éclairci annonçait la prochaine naissance du jour.
Les trois quarts du chemin conduisant d'Amboise à Bléré étaient parcourus.
Soudain une sorte de rauquement traversa l'espace, faisant vibrer les échos de la forêt.
Nos quatre personnages s'arrêtèrent.
— Qu'est-ce que c'est que ça? — demanda le vieux paysan avec épouvante.
— Ça, — répondit Arnold, — c'est le rugissement d'un lion... Le père et le fils se mirent à trembler de tous leurs membres.
•^— Rassurez-vous, — continua le meurtrier d'I-^tienne Béraud. — Mon avis est que nous n'avons rien à craindre... Le jour parait. — Les fauves vont rentrer au plus profond des fourrés... — Ils rugissent pour saluer le soleil qui se lève... — Cependant, marchons vite...
Ce conseil fut suivi.
Au bout d'un quart d'heure on sortait de la forêt.
Vingt minutes plus tard on arrivait aux premières maisons de la Croixde-Bléré, sorte de faubourg séparé de la ville par un pont jeté sur le Cher.
C'est à la Croix-de-Bléré que les paysans avaient à faire.
Arnold et Trilby les saluèrent et continuèrent leur route.
Il était en ce moment quatre heures du matin.
Arrivé sur le quai du Cher, Arnold s'arrêta.
— Maintenant, — dit-il, — le moment est venu de nous entendre...
— Qu'avez- vous résolu?
— Voici : Le principal, pour nous, est de savoir où Misticot élira domicile en descendant de chemin de fer... — Sachant cela, nous nous installerons séparément au même endroit et nous aurons soin de ne pas nous perdre de vue, tout en paraissant ne point nous connaître...
— Compris... — nous devons donc aller à la gare guetter l'arriviie du marchand de médailles...
— Parfaitement.
— Où est-elle, la gare?
— Là, à gauche, puisque voilà le pont du chemin de fer... — répondit Arnold. — Séparons-nous, car à partir de ce moment nous ne nous connaissons plus... — Marche le premier, je te suis.
Un quart d'heure plus lard les deux complices se faisaient servir, l'un une lasse de café au lait et l'autre un verre de madère, assis à deux tables différentes d'un café situé juste en face de la gare, d'où personne ne pouvait sortir sans passer sous leurs yeux.
LXXVH
Misticot, nous l'avons dit, était entré dans un hùlel ;i Tours pour y dormir le reste de la nuit.
A cinq heures un quart du malin il remoulait en chemin de fer, et moins d'une heure après le train le déposait à la gare de Bléré.
Deux ou trois omnibus attendaient les voyageurs pour les conduire aux différents hôtels de la ville.
Misticot, sa valise h la main, monta dans l'un d'eux qui se mit en marche aussilôt, car le gamin de Montmartre était le seul étranger descendu à Bléré par ce train-là.
Trilby, connaissant à merveille le petit marchand de médailles, l'avait reconnu du premier coup d'oeil au moment où il sortait de la gare, s'était empressé de payer sa consommation, do prendre sa valise et de se mettre aux aguets sur le seuil du café.
Arnold, de son cùté, avait aperçu .Mislicol et, tout en allumant un cigare, se tenait prêt à partir.
L'omnibus s'ébranlait.
.\u moment où il passait devant Trilby, ce derniei' put lire sur le bandeau de côté de la voiture, celle inscription en grosses lettres :
HOTEL DU COMMIillCb;
Il en savait assez, et sans se hdter il suivit de loin, se réservant de se renseigner quand il aurait perdu de vue la voiture.
Desvignes sortit à son tour du café et régla sa marche sur celle do 'Irilby, en ayant soin de laisser entre eux un intervalle de cinquante ou soi.xanle pas.
Bléré, chef-lieu de canton faisant partie de l'arrondissement de Loches, est une ville assez étendue possédant une grande place sur laquelle se
758 U: ,MAIi(;ilAXl) DE OIAMA.NTS
trouvent réunis la mairie, l'église, les principaux hôtels et les magasins les plus importants.
L'omnibus s'arrêta sur cette place devant l'hôtel auquel il appartenait.
Misticot mit pied à terre et entra dans le café dépendant de cet hôtel.
Ce fut le patron lui-même qui vint à sa rencontre et, lui voyant une valise à la main, demanda :
— Monsieur désire sans doute une chambre?...
— Oui, monsieur... une chambre et à déjeuner, car je meurs de faim.
— La table d'hôte est à onze heures, monsieur.
— Je déjeunerai à table d'hôte, mais je prendrai quelque chose auparavant pour me donner la force d'attendre.
— Très bien. — Monsieur passera-t-il quelques jours à Bléré?
— Probablement...
— Alors je logerai monsieur en conséquence... — Les deux chambres qui donnent sur la jilace au premier étage sont occupées en ce moment, mais elles seront libres dans l'après-midi... — Monsieur va s'installer provisoirement sur la cour, et il changera de chambre ce soir, s'il le désire...
— Je ne tiens pas du tout à être sur la place...
— Alors tout est pour le mieux... — - Louis, venez ici... Un garçon accourut.
— Conduisez monsieur au numéro deux... — lui commanda le patron, puis il ajouta :
« Je vais m'occuper de votre premier déjeuner, monsieur...
Misticot suivit le garçon.
La chambre n" 2 était vaste et meublée de façon suffisante.
Une large fenêtre, garnie de petits rideaux de vitrage et de grands rideaux de reps, s'ouvrait sur la cour des écuries.
Immédiatement au-dessous de cette fenêtre se trouvait le toit d'un appentis servant au remisage des voilures et occupant une surface de plus de quinze mètres de longueur.
Le garçon indiqua la table do toilette, le broc de zinc émaillé. les serviettes, etc., redescendit et entra dans la salle du restaurant oii le patron dressait nu couvert pour le nouveau venu.
A cette minute! précise, Trilby franchissait le seuil de cette salle.
— Vous avez installé le jeune voyageur au numéro 2!... — demanda le patron à son employé.
— Oui, monsieur.
Trilby comprit qu'il s'agissait de Misticot.
— Je voudrais une chambre, monsieur... — fit-il.
— Parfaitement... parfaitement... — monsieur passera-t-il ici qucbjues jours?
— J'ai tout lieu de le croire...
— Louis, vous allez couduire monsieur au numéro 4... — monsieur est voyageur de commerce sans doute?...
— Oui, monsieur...
— Monsieur déjeunera-t-il?
— Indubitablement.
— La table d'hôte est à onze heures...
— J'attendrai en prenant une absinthe.
— Je vais montrer à monsieur sa chambn", — dit le garçon.
Et il guida Trill)y vers le numéro qualrf', coutigu au numéro 2 qu'occupait Misticot.
— Vous avez un voisin, monsieur, — continua le garçon, — un tout jeune homme qui vient d'arriver... — Vous avez dû descendre du même li'ain... Seulement il est venu en omnibus et vous à pied...
— C'est possible... — Cette fenêtre donne-t-elle sur la place?...
— Non, monsieur... elle donne sur la cour...
Le garçon se retira et redescendit à la salle du restaurant où Arnold Desvignes apparaissait en même temps que lui.
Le maître de l'bôtel alla vivement à sa rencontre, ayant tout à la fois sur les lèvres un sourire et cotte question :
— Que désire monsieur?
— Eine pon champre si fus en afez cine... — répondit Arnold avec un effroyable accent tudesquc.
— Ah! monsieur est Allemand! — s'écria le patron. — Je pourrai lui parler dans sa langue maternelle... Je la possède à fond...
— Inidilo... Chc barle le vrançais aussi pieu que mon langue...
— .Monsieur passera-t-il quelques jours ici?...
— Va... ya...
— Alors je donnerai à monsieur une chambre au premier étage... — Monsieur veut-il que l'on l'y conduise?
— Non pas en ce moment, — répondit .\rnold, dont nous ne reproduirons pas plus longtemps le baragoin, — j'attendrai le déjeuner en buvant quelques chopes et en fumant quelques pipes...
— Très bien... — Louis, servez à monsieur un double bock... Vous préparerez ensuite le numéro (1... — .Monsieur est voyageur de commerce?
— Oui.
— .Monsieur voyage pour des articles spéciaux?
— Oui... les vins du Uliin.
— Très distingués, les vins du lUiiii, et si monsieur a des échantillon......
— Je les recevrai domain ou après-demain...
— Parfaitement... — reul-ètre ferons-nous rnsemble ijiiciqiies prtiles
affaires... — Presque tous ces messieurs les voyageurs de commerce qui fréquentent la région descendent chez moi... — J'en ai quatre en ce moment, un qui vient d'arriver et dont j'ignore la spécialité, un pour la bijouterie, un pour les draps et un pour l'article de Parts... Une vieille connaissance, celui-là, et la crème des bons enfants, M. Delvigne...
Arnold fronça le sourcil.
Le nom prononcé par le maître de l'hôtel venait de lui rappeler ce Delvigne, commis-voj'ageur, habitant la maison de la rue des Tournelles et dans les mains de qui s'était égarée la lettre contenant la médaille envoyée par William Scoot comme signe de ralliement.
Louis venait d'apporter le double bock.
L'associé de Jules Verrière s'installa à une petite table, tira de sa poche une pipe en porcelaine de l'apparence la plus allemande, et se mit à la boun-er de tabac.
Au moment oîi il s'asseyait, après avoir allumé celte pipe, Mislicot entra pour procéder à son premier déjeuner.
Arnold, aulieu de détourner la tète, ainsi que beaucoup d'autres l'auraient fait à sa place, le regarda bien en face.
L'assassin d'Élienne Béraud, avec une témérité qui aurait pu lui coûter cher, voulait savoir si le gamin de Montmartre devinerait une ligure connue sous le travestissement qu'il portait.
Misticot jeta de son côté un coup d'œil indilTérent, qui s'écarta de lui presque aussitôt.
A coup siir il se croyait en présence de quelqu'un qu'il n'avait jamais vu jusqu'à ce jour.
Trilby, à son tour, revint dans la salie.
— Une absinthe... — commanda-l-il.
Et il eut soin de se placera une table voisine de celle d'Arnold. Le patron allait et venait quand un jeune homme de dix-huit ans environ entra, courut à lui et lui serra la main en disant :
— Bonjour, père...
— Bonjour, mon'garçon... Pourquoi n'as-tu point fait la grasse matinée, aujourd'hui? — Tu n'as pas à aller à ton bureau, cependant, puisque c'est dimanche...
— C'est ce qui te trompe, père... — répondit le jeune homme, — il y a des élections dimanche prochain, et nous avons ce matin du travail supplémentaire pour les cartes d'électeurs... — Je vais à la mairie et j'y resterai jusqu'à onze heures, mais je ne m'attarderai pas et je serai ici bien exactement pour déjeuner...
Mislicot avait prêté l'oreille à ce colloque, et les mois iiuiirie et varies iVêlccteurs venaient de le frapper.
ll: marchand de diamants
Vf^ ^^^^ Ëlài\
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11 s'élail remlu coiniilùlcmciil niùcoDnaiïsablc par son truvcsliijsoiiicnt.