‹ Le marchand de diamantsChapitre 24 sur 39 · I.IV. lOi. F. nOY dit. — neproHuclion in(«rdll«. lUi · texte numérisé non relu

I.IV. lOi. F. nOY dit. — neproHuclion in(«rdll«. lUi

— Parbleu! vous le voyez bien... je grimpe! répondit le commissionnaire.

— Chez qui?

— Qu'est-ce que ça peut vous faire?

— Ça me fait que je suis la concierge, et que j'ai l'ordre du proprio de savoir ce qui se passe dans l'immeuble...

— Eh bien! je vais au quatrième, chez M. Ronde!.. . c'est un meuble que je lui apporte...

— Nous n'avons pas de M. Rondel dans la maison...

— Je ne suis donc pas au ."W?

— Vous êtes au 39...

Le commissionnaire se retourna, tira de sa poche un morceau de papier et le tendit à la concierge en lui disant :

— C'est bien l'adresse qui est là-dessus, cependant...

— Mais, non, farceur! répliqua la vieille femme après avoir lu.

— C'est point monsieur Rondel?

— Si, mais c'est point le numéro 39... — Vous prenez les cinq pour les trois, vous!... C'est 39...

— Bigre d'animal que je suis!... et je m'esquinte à monter voire brigand d'escalier I... — Merci bien, ma chère dame, vous m'avez tout de même économisé pas mal d'étages... — Je m'en vais au u9...

Le commissionnaire descendit, — non plus à rebours cette fois, — sortit de la maison et se dirigea avec son fardeau, non vers le numéro 59, mais vers la rue GeottVoy-Lasnier, où se trouve un loueur de petites voitures à bras.

Il en prit une sur laquelle il chargea le secrétaire toujours soigneusement enveloppé, donna des arrhes, laissa son crochet, s'attela dans la bricole et fila du côté de la rue de Rivoli.

Une heure après, essoufflé et tout eu nage, il faisait halle, rue de Tivoli devant l'hôlel d'Arnold Desvignes.

Arnold avait donné des ordres, la porte cochère fut ouverte aussitôt et la petite voiture entra dans la cour.

Le maître du logis parut à une fenêtre.

— Le cocher va vous aider, mon brave... — cria-t-il au commissionnaire. — Montez ce meuble avec précaution...

Au bout de cinq minutes le secrétaire, plus enveloppé que jamais, prenait place dans le cabinel do l'associé de Jules Verrière et le cocher se retirait.

— Eh bien ! patron, suis-je do parole? — fit le commissionnaire en qui nos lecteurs ont déjà reconnu William Scoot. — C'est tout au plus s'il est midi t

— Mes compliments bien sincères! — répliqua Desvignes, — c'est affaire à toi!... je me demande comment tu as pu l'y prendre pour opérer ce déménagement...

— Simple comme bonjour!...

Et Will Scoot raconta ce que nous venons de raconter nous-mème.

— J'ai apporté tout ce qu'il faut pour ouvrir le meuble sans le briser... — poursuivit-il en tirant de sa poche un trousseau de fausses clefs de dimensions diverses. — Ça sera bien le diable'si dans cette collection je n'en trouve pas une qui fasse l'aiTairc...

— Essaye... — dit Arnold.

William Scoot introduisit successivement quatre de ses clefs dans la serrure sans obtenir de résultat utile.

La cinquième, enfin, fit jouer le pêne, et la tablette du secrétaire s'abattit.

Des masses de papiers, que le transport avait mis dans un complet désordre, remplissaient le petit meuble.

— Laisse-moi cette clef et pars, — dit Arnold à son complice, — il no faut pas que ta présence ici puisse être commentée par mes domestiques. — Si j'ai à te voir, je sais où te trouver...

— Point de nouvelles de Trilby?

— Aucune jusqu'à présent.

'Irlandais ramassa les couvertures et les cordes, descendit, jeta le tout dans la voiture à bras et reprit, à vide cette fois, le chemin de la rue Geoffroy-Lasnier.

RiiSté seul, Arnold s'empressa de fermer intérieurement ;\ double tour la porte de son cabinet et de passer en revue les papiers du secrétaire.

La plus grande partie formaient des dossiers dont les chemises étaient soigneusement étiquetées et ficelées.

Sur la chemise de l'un des premiers qui lui tomba sous la main, .\rnold lut ces mots, tracés à l'encre rouge en gros caractères :

« AFIAUIK l)K I.HÙrKI, IIKS INDF.S »

C'était ce dossier que chi-rchait l'associé de Jules Verrière, aussi son visage rayonnait de satisfaction tandis qui- ses doigts liévreu.x dénouaient la ficelle.

La veille de son déjjart pour HIéné, par conséquent le jour mémo où il

avait rencontré à la Taverne du Bagne le détective anglais Breed et sa femme, Flogny s'était occupé pendant la soirée de classer toutes ses notes, en y joignant celles que ses deux collègues londoniens venaient de lui fournir sur le Français Charles Gérard et sur les Irlandais Will Scoot et Trilby.

Ce furent ces notes qui, les premières, attirèrent les yeux de l'assassin d'Étiennc Béraud.

Il les lut fort attentivement, non sans éprouver une vive émotion et quelque frayeur, quoique l'inspecteur ne fût plus à craindre.

Et véritablement il y avait de quoi s'effrayer.

Flogny, guidé par son instinct policier, était arrivé tout près de la vérité.

Des démarches venaient d'être faites pour trouver la trace de Charles Gérard, l'ex-secrélaire du banquier de Calcutta!...

On savait que Charles Gérard avait fait évader des prisons de Londres Scoot et Trilby!

La mort de Flogny supprimait le péril.

La possession des notes mettait Arnold en garde contre tout ce qui pouvait le menacer, aussi Texprcssion du triomphe remplaça bien vite celle de l'etîroi sur sa figure et dans ses yeux.

L'associé de Jules Verrière continua sa lecture instructive. — Elle lui apprit que le fondé de pouvoirs du banquier chez lequel Etienne Béraud avait déposé le chèque constituant sa fortune, s'était présenté dans le cabinet du Procureur de la République pour déclarer le dépôt confié à sa maison, et que Pierre BérauJ, le vieux chilîonuier, avait été demander au chef de la Sûreré des renseignements sur la disparition d'Etienne Béraud, son frère.

Elle lui apprit que chaque membre de la famille lîéraad se trouvait soumis à une surveillance spéciale.

Flogny analysait en quelques lignes les renseignements obtenus sur ces membres.

Une note spéciale, beaucoup plus v.olumineuse, formait un petit dossier à part portant sur la couverture le nom de Georges de Nervey et deux billets à ordre flxés au papier par une épingle.

Au dessous de ces billets étaient écrits ces mots :

0 Georges de Nervey, viveur usé jusqu'aux moelles, débauché agonisant qui se ruine pour une drôlesse nommée Mélanio Gauthier, sa parente, et mange à l'avance la fortune dont il doit hériter de sa mère qui, quoique mourante, vivra peut-être plus que lui.

« Mon enquête sur ce personnage m'a mis en rapport avec un prêteur d'argent nommé Robert, demeurant rue des Martyrs. — J'ai appris de lui

qu'il avait escompté à Georges de Nervey deux lettres de change d'une valeur de cinq mille francs chacune, portant la signature d'un sieur Hatlmayer, bien connu à la Bourse. — L'argent donné et quelques jours écoulés, des doutes vinrent à Robert. —La signature lui parut contrefaite.

— Il voulut vérifier le fait, mais ce fut impossible, Ilattmayer étant en voyage. — Robert alors me confia les deux valeurs, en me priant de me renseigner directement sur l'authenticité des signatures. — Si elles sont fausses — (comme je le crois) — il a l'intention de porter plainte, et je ne chercherai certainement pas à l'en détourner.

« Affaire à suivre. »

— Ah ! — murmura Desvignes, — voilà un coup de fortune 1 — Georges de Ps'ervey et sa mère sont à moi ! — Gr;\ce à cette fausse signature j'amènerai quand bon me semblera une double catastrophe dans la maison... et cela sans me compromettre, car je trouverai facilement quelque façon plausible d'expliquer la présence de ces traites en mes mains... — Affaire à suivre ! — comme écrivait défunt Flogny.

Arnold replaça le dossier dans sa chemise de fort papier gris et procéda à la visite des tiroirs.

L'un deux contenait un petit sac do peau et un portefeuille.

L'associé de Verrière les ouvrit l'un après l'autre, trouva dans le sac trois mille deux cents francs en or, et dans le portefeuille douze mille francs en billets de banque, plus deux cartes d'agent de la police de sûreté, signées et timbrées, mais ne portant point de nom.

Comment Flogny possédait-il ces cartes?

l'eu importait à Arnold, — l'essentiel, pour lui, était de pouvoir en faire usage au besoin. — et il le pourrait.

Il referma le secrétaire, mit la clef dans son bureau et s'apprêta pour sortir.

Son coupé attendait tout attelé devant le perron. — Il y monta et se fil conduire rue Le Pcletier. à la maison de banque.

Verrière était dans son cabinet.

— Nous allons partir pour Mahioue... — lui dit Arnold, — je tiens h ce que nous y soyons de bonne heure... — Vous me ferez visiter en détail votre propriété et, pour certaines raisons, je désire connaître votre garde. Mon coupé va nous conduire à la gare.

Le banquier ne fit aucune objection.

Les deux associés partirent et montèrent dans un Iraiu qui les déposa .'i Villiers-siir-Marne à trois heures dix minutes.

— Nous serons obligés d'aller à pied jusqu'à .Malnoue... — fit Verrière.

— Ne me doutant pas que je rentrerais si lût je n'ai point donné d'ordres au cocher...

— Mon intention était de marchei'.., — reprit Desvignes, — j'ai besoin de connaître la route... — Y a-t-il un chemin de traverse?

— Oui.

— Eh bien! prenons-le, je vous prie...

— Comme vous voudrez...

Ils descendirent la côte de Villiers, passèrent sons le pont du chemin de fer et, après avoir fait une centaine de pas sur la grande route qui conduit à la Queue-en-Brie, ils prirent un sentier courant dans les vignes semées d'arbres fruitiers.

C'était un chemin pei'du, connu seulement des vignerons, des cultivateurs et des habitants du pays.

Arnold marchait silencieux à côté de Verrière, et il examinait la campagne avec une attention soutenue.

Après avoir gravi une côte assez longue on traversa le hameau de Cœuilly et on se trouva de nouveau en plein champ

— En appuyant un peu à gauche, nous aurions pu nous dispenser de passer à Cœuilly, — dit Verrière, — mais cela nous aurait allongés de cinq minutes.

— Ce clocher est-il celui de Malnoue? — demanda Arnold en désignant un point de l'horizon.

— Oui.

— Voit-on d'ici votre maison:'

— Non. — Elle est plus à droite et les arbres du parc nous la cachent complètement.

— ■ Ce chemin nous conduit-il à la grille du parc?

— Non, mais en face de la muraille de clôture... — Nous redescendrons un pou à gaiiclie. — Vous n'avez point l'intention, je pense, de retourner à Paris ce soir"?... — ajouta Verrière.

— Assurément je n'y retournerai pas, si vous avez la bonne pensée de m'offrir l'hospitalité...

— J'ai fait préparer d'avance votre appartement...

Les deu.x hommes ai'rivèrent à la grille qu'ils trouvèrent ouverte. La femme du garde sortit du pavillon qu'elle habitait avec son mari. Verrière répondit par un signe de tète à son profond salut et lui demanda :

— Forestier est-il là?

— Non, monsieur, il est dans la serre.

Le banquier se tourna vers son associé et l'interrogea du regard. Arnold comprit et répliqua :

— Plus tard... — Entrons chez vous d'abord. — J'ai hâte de présenter mes respectueux hommages à M"' Angélique et à sa cousine.

— Comme vous voudrez...

La femme de chambre de M"° Verrière traversait le vestibule au moment où les associés eu franchissaient le seuil.

— Où est M"* Angélique? — lit le banquier.

— Au salon, avec sœur Marie et avec M. le curé de Malnoue... Verrière ne put réjirimer un mouvement de mauvaise humeur.

— C'est au mieux', — dit vivement Arnold. — Vous me présenterez ù M. le curé de Maluoue...

— Soit!...

La femme de chambre s'empressa d'ouvrir la porte du salon. En apercevant les nouveaux venus, le vieux prêtre se leva. Angélique et sa cousine virent Arnold derrière son associé, et échangèrent un regard j)lein d'inquiétude.

— Cher monsieur le curé, — dit le banquier de l'air le plus gracieux eu allant au prêtre et eu lui serrant la main, — vous devancez la visite que dès demain je me proposais de vous faire... — je suis heureux d'être rentré ce soir à Malnoue plus tùt que de coutume, puisque cola me procure le plaisir de vous voir dès aujourd'hui... — Je compte que vous allez nous rester à dîner...

L'abbé jeta un regard du côté d'Arnold Desvigues, et ce regard siguiûaient clairement :

— Vous avez un convive étranger à la famille... je n'ose accepter... Arnold comprit.

— Que ma présence ne soit point un motif de refus, monsieur le curé, je vous en prie... — dit-il en affectant le plus grand respect. — Vous me rendrez heureux en vous habituant a moi tout de suite... — je suis un peu de la maison...

— En effet... — appuya Verrière, — (^her monsieur le curé, je vous présente mon associé, M. Arnold Desvignes.

Le prêtre tressaillit en entendant ce nom et s'inclina pour saluer .Vrnold. Celui-ci était trop lin pour n'avoir i)oint remarqué le tressaillenieut.

— On lui a déjà parlé de moi... — pensa-t-il en s inclinant de sou cùlé.

— Enlin, vous acceptez, n'est-ce pas/ — reprit Verrière.

— J'accepte...

— A la bonne heure. — Vous nous rendrez tous très joyeux, je vous

Arnold, pendant que s'échangeaient ces dernières paroles, s'était rapproché d'Angléique.

— Voilà trois jours que je n'avais eu le bonheur de vous voir, mademoiselle, trois mortels jours!... — lui dit-il d'une voix émue. — Je constate avec une joie dont vous ne doutez pas que votre visage commence à reprendre ses fraîches couleurs, et que vous semblez infiniment moins triste ici qu'à Paris...

Le jeune homme, tout en parlant, s'enivrait de la touchante beauté d'Angélique, du parfum virginal émanant de toute sa personne.

Son cœur battait avec violence.

En face de M"'^ Verrière, il ne se sentait plus le même homme.

II était prêt à commettre tous les crimes pour l'obtenir, nous le savons, — il l'avait prouvé, — et cependant, si Angélique l'eût aimé, l'amour, à qui nul miracle n'est impossible, aurait peut-être transformé ce monstre.

— Je vais mieux, en effet, monsieur, beaucoup mieux... — répliqua sèchement la fille du banquier, — mais ce n'est pas à mon éloigneraent de Paris, ni à l'air pur que je respire ici, ni au calme profond que j'y trouve, qu'il faut attribuer ce mieux...

— A quoi donc, alors?

— A l'espérance que j'avais un instant perdue... que j'ai retrouvée... et que je ne perdrai plus... plus jamais!

Et Angélique appuya avec intention sur les mots qu'elle prononçait. Arnold sentit son cœur se serrer.

Rien au monde ne pourrait-il donc arracher de cette jeune àme le souvenir du lieutenant d'artillerie ?

— 11 y a des espérances qui sont des illusions, mademoiselle, — répliqua-t-il. — et celles-là sont funestes, car elles aboutissent fatalement à la déception... — je crois que les vôtres sont de ce nombre...

— C'est ce que l'avenir nous apprendra... — murmura Angélique. Arnold se rapprocha plus encore et reprit d'une voix ardente et basse :

— L'avenir, il est à moi... à moi seul!... — Si vous saviez comme je vous aime! — A un amour comme le mien, rien ne résiste, il est plus fort que tout! — D'ailleurs, nul n'échâpjie à sa destinée... -^ La vôtre est de m'appartenir... la mienne est de vous adorer et de vous rendre heureuse...

Angélique était devenue très pâle.

Elle se leva dédaigneusement sans répondre et alla rejoindre sœur Marie qui causait avec le vieux prêtre et avec Verrière.

Desvignes éprouva une sensation do douleur aigu»', en même temps qu'une véritable rage s'emparait de lui.

— Oh! religieuse maudite, — pensait-il, — c'est vous qui lui donnez des forces pour la lutte dans laquelle, sans vous, elle serait depuis longtemps

Li; MARCIIAM) 1)1-: DIAMANTS

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