I..' ;^ariJc le laissa (ilor tout en lo incitant un jon
vaincue! C'est vous qui soufllez sur ses espérances pour les aviver! C'est vous qui lui dites d'avoir conliauce eu l'avenir! — iili bien! vous aurez beau vous liguer avec elle contre moi, je serai le plus fort!...
Verrière n'avait pas perdu de vue sa lille et son associé pendant leur court entretien. — Il voyait maintenant le front d'Arnold se plisser et ses yeux s'assombrir.
Liv. 10.J. V. ROY, Mil. - Rgproduclion ialerdita. lO'i
— Mon cher Desvignes, — dil-iL — il est convenu que je vous ferai visiter mon parc, vous vous en souvenez... — Laissons ma nièce et ma fille causer avec monsieur le curé, prêtez-vous à mon innocente manie de propriétaire, et faites provision de patience et de jambes... — Le parc est grand... — Si vous êtes fatigué, tant pis... — Vous devez connaître à fond ce domaine que je me propose de mettre dans la corbeille de mariage, et ce sera, je crois, mon cher gendre, un fort joli cadeau!...
De pâle qu'elle était, Angélique devint livide.
Sœur Marie regarda l'abbé dont le visage resta impassible.
— A toutàl'heure, cher monsieur le curé... — ajouta Verrière en s'adressant au prêtre qu'il prit à part. — Ce que vous venez d'entendre vous fait connaître mes intentions... — Je vous demande de préparer ma fille à cette union que vous bénirez... car c'est ici que nous ferons le mariage... Ce sera un heureux jour pour tous... et pour vos pauvres un jour béni...
Puis le banquier, passant son bras sous celui d'Arnold, l'entraîna hors du salon.
— Vous n'en pouvez plus douter, mon père, — dit vivement sœur Marie quand la porte se fut refermée derrière les deux hommes, — mon oncle a décidé le mariage d'Angélique avec cet Arnold Desvignes...
— Mais il n'aura jamais lieu!... jamais!... — lit M"'' Verrière avec force. — Je ne céderai pas ! . . .
— Mou devoir est de vous conseiller l'obéissance, mademoiselle... — répliqua le vieux prêtre. — Vous êtes intelligente... vous savez réfléchir... Vous devez pensez que si M. Verrière, dont vous êtes l'unique enfant, vous choisit pour mari son associé, c'est qu'il y va de vos intérêts...
— De mes intérêts d'argent, peut-être... — s'écria la jeune fille, — mais que m'importent de pareils calculs, et qu'ai-je besoin d'être plus ou moins riche?... — C'est justement parce que la réflexion m'éclaire, que je sais où se trouvent mon devoir et mon bonheur! — Je ne m'appartiens plus... — j'ai donné mon âme à mon cousin Emile Vandame, et je serai fidèle à cet amour...
— Et si vous vous trompiez? — répliqua le curé de Malnoue, — si votre père, qui a de plus que vous l'expérience de la vie, voyait plus juste que vous? — Si le bonheur était dans l'union qu'il propose et non dans celle que vous rêvez ?
— Mon père, — demanda sœur Marie vivement et avec uue sorte d'effroi, — quelle impression cet homme a-t-il donc faite sur vous à première vue pour que vous preniez ainsi sa défense?
— Une impression qui n'a point été désavantageuse à M. Desvignes, j'en conviens... — je l'ai trouvé bien...
— C'est uu hypocrite!... un fourbe!...
— En ètes-vous bien certaine? — Qu"avez-vous de positif à lui reprocher ? — Il aime M"* Verrière et il aspire à devenir son mari,.. — Pouvezvous lui en faire un crime :'
— Mais. — s"écria Angélique, — je lui ai dit que je ne l'aimais pas, moi... que j'en aimais un autre... et il persiste !
— Eh bien ! sa persistance prouve la solidité de son attachement pour vous!... Je crois que vous vous abusez sur le compte de ce jeune homme... — Sœur Marie me l'avait dépeint sous les couleurs les plus sombres, et le portrait ne me paraît nullement justifié... — M. Desvignes me semble un parfait gentleman... 11 n'a rien dans ses allures de la jeunesse débauchée de notre siècle... Vous croyez trouver en lui un ennemi... Soyez assurée qu'il ne l'est point... — Je ne puis que le plaindre, puisque son amour pour vous lui attire votre antipathie...
— Ma haine ! — fit Angélique d'une voix sifflante.
— La haine est bien près de l'amour... — murmura le vieux prêtre en souriant.
— Non! non ! Ne dites pas cela!
— Je le répète cependant, et j'ai la ferme croyance qu'avec un mari comme M. Desvignes vous seriez parfaitement heureuse...
— Je serais la plus malheureuse des femmes!... — balbutia la jeune fille dont les yeux se mouillèrent et dont les larmes jaillirent, — et plutôt que de l'épouser j'entrerai dans un cloître !...
— Calmez-vous, mon enfant, je vous en prie, — dit le curé de Malnouc, — je ne défendrai pas plus longtemps contre vous M. Desvignes... je ne chercherai pas davantage à vous convaincre, mais l'avenir prouvera sans doute que j'avais raison...
Verrière et Arnold, en quittant le château, s'étaient dirigés vers la serre.
— On complotait contre moi lorsque nous sommes arrivés... — dit le jeune homme à son associé qui répondit :
— Il m'a bien semblé m'en apercevoir... — Aussi j'ai fait, tout en causant, la sortie que vous avez entendue...
— Et que j'ai trouvée fort adroite... — .Mais sœur Marie est dangereuse, croyez-le...
— Je le crois, je n'en doute pas. . .
— Celte religieuse est une vipère et veut me mordre...
— Ne peut-on lui limer les dents.'...
— Tout vient à point à qui sait attendre! •
— Vous m'avez défendu de vous interroger, mon cher associé... J'ai obéi... — Cependant, il me paraît indispensable d'être éclairé par vous .sur certaines choses...
— Que voulez-vous savoir?
— De quelle mission ma nièce a chargé ce Mislicot sur la'trace duquel vous avez mis avec tant de complaisance l'inspecteur de la sûreté,..
— Sœur Marie veut trouver dans mon passé une action quelconque qui puisse vous empêcher de m'accepler comme mari d'Angélique... — Mislicot est son émissaire... — Il est chargé de fouiller le passé en question... — Comprenez-vous?
— Très bien... Trop Inen... — Mais alors... — Verrière s'interrompit.
— Alors, quoi ? — Acheva Desviyiies.
— S'il trouvait"?... S'il parlait?...
— Il trouvera peut-être... mais quant à parler, je l'on défie...
— Pourquoi? Comment?
— Mon cher associé, ne vous occupez point de cela... — C'est mon affaire... — Assez de questions, je n'y répondrais pas...
— Cependant...
— Plus un mot! — fit Arnold d'un ton impérieux. Le banquier se tut.
On atteignait le seuil de la serre
Forestier, le garde de la propriété et en même temps le maître jardinier, donnait ses instructions à deux hommes de journée qu'il avait sous ses ordres.
En voyant Jules Verrière et Arnold Desvignes, le garde salua avec un mélange de gaucherie et d'obséquiosité.
— Nous allons visiter le parc... — lui dit le banquier. — Prenez votre fusil... Vous tirerez un faisan pour le dîner...
— Voilà, monsieur...
Et Forestier saisit un Lefaucheux posé dans un coin de la serre.
Arnold examinait le garde de son associé.
C'était un petit homme d'une quarantaine d'années, très maigre, quoique d'apparence vigoureuse, aux pommettes saillantes, au visage hàlé et sans expression.
— Type de paysan crédule... — se dit Arnold, — c'est ce qu'il faut...
— Nous suivrons la grande allée de ceinture... — reprit Verrière. Cette allée, dans laquelle s'engagèrent les trois hommes et qui longeait
intérieurement la muraille d'enceinte, était très large et ombragée par un double rang de marronniers séculaires.
Un manteau de lierre, un rideau d'arbusles el de piaules vivaces, cachaient les murs.
De distance eu distance, on avait ménagé des échappées de vue sur la campagne, et dans ces endroits des grillages formaient la clôture.
Quelques lapins de garenne, très peu farouches, traversèrent l'allée au petit galop.
— Vous avez beaucoup de gibier, ici... — dit Arnold en s'adressant au garde qui répliqua :
— Beaucoup, monsieur... et ça a même un grand inconvénient...
— Lequel donc?
— Ça nous attire les braconniers...
— Oui, mon cher ami, — appuya Verrière, — ces brigands-là viennent me voler dans mon parc mes lapins, mes lièvres et mes faisans, malgré mes clôtures et malgré mon garde...
— Ils passent par-dessus les murailles, alors ?
— Parfaitement bien...
— Mais c'est très dangeureux, cela!
— C'est surtout très ennu\ ou.k.
— .Ne faites-vous donc pas de rondes, la nuil? — demanda Arnold à Forestier.
— Eh! monsieur. — répondit celui-ci d'un ton maussade, — on en fait certainement, mais, quand on travaille toute la journée, on ne peut pas rester toute la nuit sur ses jambes. .
— Vous avez des aides...
— Pour le jardin seulement... — Je lai souvent dit à .M. Verrière, dans une propriété comme celle-ci, il faudrait un garde-chasse.
— Ça me coûterait trop cher... — fit le banquier en riant.
— Pour deux cents francs par mois, monsieur, vous en verriez la farce, et ça vous économiserait du gibier pour plus d'argent que ça... — .Vtlendez un peu, messieurs... il doit y avoir du faisan par ici... je viens d'entendre remuer les feuilles sèches et coqueter.
Arnold et le banquier s'arrêtèrent.
Forestier fit sous bois deu.x ou trois pas. Un superbe coq-faisan se leva presque sous ses pieds. Le garde le laissa filer tout en le mettant en joue el, quand il fut à bonne distance, il pressa la délcnle de son Lefaucheu.x. Le faisan tomba.
— Joli coup de fusil! — dit Verrière. — ramassez votre chasse. Forestier, el portez-la h la cuisine. — Nous continuerons notre promenade sans vous...
On se remit en marche.
Au bout de cinquante ou soixante pas. Arnold s'arrêta en face d'une petite porte pratiquée dans la muraille de clôture.
— Où donc donne cette sortie? — demanda-t-il.
— Sur un chemin conduisant à Eniérainville, un village à trois kilomètres d'ici...
Cent pas plus loin, on rencontra un joli pavillon bâti en briques et percé d'une porte et de deux fenêtres au rez-de-chaussée, de trois fenêtres au premier étage.
— Cette maisonnette est-elle habitable? — reprit Arnold.
— Je le crois bien! — Deux petites pièces au bas et deux en haut, sans compter le grenier.
— C'est là que devrait loger votre garde. — Il serait admirablement placé pour la surveillance nocturne. — A propos, est-ce que vous avez confiance en ce Forestier?
— Comment l'entendez-vous?
— Lui confieriez-vous une mission de quelque importance?
— Jamais de la vie... — Je le crois très médiocrement intelligent.
— Est-il depuis longtemps à votre service?
— Depuis cinq ans... Tel qu'il est il me suffit.
— Où se trouve la clef de la petite porte donnant sur la route d'Éniél'ainville?
— Chez Forestier... L'une des clefs du moins...
— 11 y en a donc deux?
— Oui. — L'autre est accrochée dans l'office... — Angélique la prend quelquefois pour aller se pi-omener dans la campagne avec sa cousine ou sa femme de chambre... Mais poui'quoi toutes ces questions?...
— Elles ont leur raisons d'être que je vous expliquerai plus tard... — Je me défie de votre nièce et je prends mes précautions... — Sœur Marie est-elle bien avec ces Forestiers mâle et femelle?
— Elle est bien avec tout le monde, mais je doute fort qu'elle leur ait confié quoi que ce soit de ce qu'elle compte faire... — C'est une sournoise qui ne dit rien à personne...
— Elle a cependant pris le curé pour confident, j'en suis sûr...
— Ce n'est pas la même chose...
— Mon cher associé, il est indispensable d'établir ici une surveillance... — Sœur Marie me cause de très sérieuses inquiétudes, je vous l'avoue... — D'elle nous avons tout à craindre,..
— Etablir une surveillance, c'est facile à dire! — répliqua Verrière.
— Et facile à faire.
— Mais, comment?... Je n'ai personne ici que j'en puisse charger...
— Un garde-chasse dont la principale besogne consisterait à protéger
LE MAKCllANU DE DIAMANTS 839
contre les braconniers vos faisans et vos lapins pourrait aussi, pendant votre absence, surveiller les agissements de votre nièce...
— Confier à un inconnu le soin d'espionner ce qui se passe, ce serait en faire un complice des plus dangereux...
— Assurément, si ce soin était confié à un inconnu...
— Auriez-vous donc sous la main l'homme qu'il nous faudrait?
— J'ai cet homme. — Faites savoir ici que vous vous décidez à prendre un garde-chasse spécial,. Forestier ne pouvant suffire ù tout... Donnez l'ordre de mettre en état le pavillon, el au moment opportun votre nouveau garde viendra prendre possession de sa place...
— C'est bien... — Ce sera fait.
— J'y compte. — Maintenant, autre chose : — Depuis que nous nous connaissons vous n'avez reçu personne chez vous, contrairement à vos anciennes habitudes, et vous ne m'avez pas mis en relation avec les gens que vous receviez autrefois. — Je ne vous en fais point un reproche... — Vous étiez obsédé par de telles préoccupations que vous abandonniez forcément la vie mondaine... — D'ailleurs, le bruit public vous donnait comme très embarrassé dans vos affaires, à la veille peut-être de la faillite... — On s'éloignait de vous... on vous battait froid... — Est-ce vrai?
— C'est vrai... — murmura Verrière.
— Aujourd'hui, notre association a porté ses fruits... — Votre situation est devenue nette et brillante... — On ne se retire plus de vous, au contraire... C'est à qui vous fera des avances... — Est-ce toujours vrai?
— Toujours, — dit le banquier avec une satisfaction visible.
— Eh bien! il faut reprendre vos anciennes habitudes... — Donnez une fête...
— Je le ferai dès notre retour à Paris au mois d'octobre...
— Je ne vous parle ni do Paris, ni du mois d'octobre, mais d'ici el de tout de suite. — Donnez une fête à Malnoue... invitez vos confrères, vos clients, vos amis, vos simples connaissances... Ayez beaucoup de monde, déployez beaucoup de luxe, el au milliou de cette fêle annoncez le très prochain mariage do votre fille avec votre associé...
— Vous y tenez?
— J'y liens.
— El, celte fêle, quand faudra-t-il la donner?
— Après le lenps strictement nécessaire pour les préparatifs et les invitations.
— Ce sera fait ainsi.
— Maintenant que nous voilà d'accord au sujet d'une chose essentielle, retournons auprès de .M"' .Angélique, de suur Marie el de voire curé... — J'ai besoin do causer un peu avec ce brave liunime... — Ali ! une question...
— Laquelle?
— Recevez-vous directement des journaux ici?
— Non. — Les miens m"arrivent à Paris, comme de coutume, et on les apporte le soir...
— Confisquez avec soin ceux qui pourraient donner d'une façon quelconque des nouvelles du lieutenant Vandame... — Vous comprenez pourquoi...
— Très bien...
— A moins cependant qu'ils n'annoncent sa mort!... — ajouta Desvignes avec un sourire d'une expression sinistre. — Et maintenant, rentrons...
Les deux hommes, quittant l'allée de ceinture et coupant à travers bois par un sentier, gagnèrent une allée qui conduisait en ligne directe à la maison d'habitation.
Le curé de Malnoue et les deux cousines étaient toujours au salon oui les promeneurs les rejoignirent.
— Je comprends, mademoiselle, — dit Arnold à la fille du banquier, — je comprends que vous éprouviez un vif attachement pour cette demeure... C'est une propriété ravissante. — Je crois me connaître en beaux parcs, et je n'en ai jamais vu qui m'aient séduit autant que le vôtre. — On respire sous vos grands arbres une atmosphère de paix et de calme; on s'y sent revivre. — Je voudrais pouvoir y passer de longues, d'interminables journées... il me semble que j'y prendrais un bain de tranquillité... que j'y oublierais l'enfer de Paris, et le tourbillon incessant, vertigineux, des affaires!...
Angélique avait écouté d'un air impassible les phrases alambiquées d'Arnold Desvignes.
Quand il eut achevé, elle répliqua froidement, en regardant son interlocuteur dans les yeux :
— J'aime Malnoue, non parce que c'est une propriété ravissante, ainsi que vous voulez bien le dire, mais parce que j'y suis née, que j'y ai reçu le dernier baiser de ma mère et que d'impérissables affections y ont commencé... — Dans cette maison je vis avec mes souvenirs et mes espoirs... — Ici le présent n'est rien pour moi, le passé et l'avenir sont tout...
Chacune des paroles, chacune des intonations de la jeune fille, exaspérait l'associé de Jules Yerrière.
Dans le regard, dans les mots, dans le son de la voix, il sentait l'affirmation de l'amour d'Angélique pour le lieutenant d'artillerie.
Lo vieux p:élre s'inclinii en ballxiliant cji s parolf» ilc Kraliltnlo. LiV. l(J<i. F. nOY, Mil. — llf(.ro.luclion inltrdile.
— Depuis quelques aaiiées j'ai négligé Mainoue, et c'est un tort... — dit le banquier, — je vais m'en occuper sérieusement avant de m'en séparer au profil de ma iille, en le mettant dans sa corbeille de mariage. — Je médite certains changements heureux.
Angélique demanda vivement :
— Qu'y a-t-il donc à changer ici, mon père?
— Tu verras... J'ai des projets, surtout en ce qui concerne le personnel... — Forestier, trop absorbé par la culture du jardin et l'entretien des serres, ne peut s'occuper du reste de la propriété. — Le parc est à l'abandon... On vient me voler mon gibier!... — cela doit cesser... — J'entends conserver désormais mes lièvres, mes faisans, et même mes lapins.
— Dans ce cas un garde-chasse spécial vous serait nécessaire... indispensable même... — dit le desservant de Malnoue.
— C'est mon avis... — Monsieur le curé, je sais que vous aimez le faisan... — J'en ai fait tuer un, tout à l'heure, à votre intention... — Nous le mangerons à dîner.
— Vous me ferez commettre le péché de gourmandise, monsieur Verrière, un des sept péchés capitaux! — répliqua le vieux prêtre avec un sourire. — Je n'en suis pas moins très reconnaissant...
Arnold intervint.
— Pourquoi ne faites-vous pas abattre plus souvent quelques pièces de gibier, mon cher associé? — demanda-t-il. — Monsieur le curé se chargerait sans doute de les distribuer aux nécessiteux et aux malades de sa paroisse... — Ces pauvres gens seraient heureux de goûter de temps en temps au fruit défendu...
— C'est là une bonne pensée, monsieur! — s'écria le prêtre rayonnant. — Oui, nous avons k Malnoue et dans les environs beaucoup de misères à soulager... Nos très faibles ressources n'y peuvent suflire...
— J'ai une grâce à vous demander, monsieur le curé, — reprit Arnold.
— Une grâce, monsieur!... à moi!... — laquelle'.'
— Celle de vouloir bien m'associer à vos œuvres de charité...
— Ah! cher monsieur, si vous saviez avec quel empressement je vous l'accorde !...
— Je me hâte donc d'en profiter. — Acceptez pour vos pauvres cette première ot modeste otlrande, qui n'est qu'un faible accompte sur ce que je veux faire.,.
Tout en [larlant. Arnold tirait son portefeuilli-, l'ouvrait et y prenait un billet de cinq cents francs qu'il tendit au prêtr»-.
— Une pareille somme! — murmura celui-ci avec hésitation.
— Un faible accompte. ]•• vous le répète... — je me propose de visiter
l'église de Malnoue, monsieur le curé, et vous m'autoriserez, je n'en doute pas, à y laisser un souvenir de mon passage...
Le vieux prêtre s'inclina, en balbutiant des paroles de gratitude.
Sa sympathie pour l'associé de Jules Verrière grandissait.
Arnold reprit :
— Je m'intéresse d'autant plus aux pauvres que je n'ai pas toujours été riche... il s'en faut...
— Vous avez beaucoup travaillé, monsieur?
— Énormément, mais à quoi m'aurait servi le travail, si la Providence ne m'avait accordé une très visible protection... — Mon père, architecte sans fortune, de Bléré, dans l'Indre-et-Loire, était hors d'état, faute de ressources, de me donner l'instruction à laquelle j'aspirais... — Heureusement il avait un frère, mon oncle Charles Desvignes, fort savant, et instituteur à Loches. — Cet oncle voulut bien se charger de moi, et après m'avoir poussé aussi loin qu'il le pouvait, me fournit de sa bourse le moyen de compléter mes études à Paris. — Il fallait, sous peine d'être le plus méprisable des hommes, payer de tels sacrifices par un labeur acharné... — Je le fis. — Au bout de cinq ans je parlais sept langues et je sortais ingénieur de l'École des mines... — Mon père et ma mère étaient morts... — Rien ne me retenait en France... — J'allai tenter la fortune en Angleterre, à Plymoulh, où je fus à vingt-deux ans ingénieur principal d'une compagnie houillère... — Un riche Anglais, possesseur de mines aux Indes, me fit des proprositions magnifiques. — Je devais loucher la moitié du bénéfice qu'on réaliserait, grâce à moi, dans l'exploitation de ses mines... — Je partis avec lui, et en quatre années je gagnai la somme énorme de huit millions... — J'étais riche... Très riche même... — Je revins en France, car j'aime mon pays, et l'exil, même volontaire, me fait horreur! — Vous voyez, monsieur le curé, que la Providence m'a bien servi, et que j'aurais étrangement mauvaise grâce à oublier les pauvres !
— Vous êtes, en effet, un privilégié du sort, monsieur Desvignes, — répondit le vieux prêtre. — Mais vous méritiez voire bonheur, puisque vous savez en être reconnaissant.
Le curé pensait tout bas :
— A coup sur, sœur Marie se trompe et ses soupçons s'égarent... Si cet homme était un fourbe, un indigne, il aurait beaucoup à cacher... — 11 ne raconterait pas sa vie en termes si précis, avec des indications si nettes, si faciles à contrôler...
La religieuse elle-même, en entendant Arnold répéter dans des termes presque identiques l'histoire que lui avait racontée Misticot, en arrivait à so demander si elle ne s'abusait pas.
L'audace d'Arnold produisait juste le résultat qu'il en attendait.
Verrière, cependant, n'approuvait point du tout son associé de parler des Indes.
— Il faut qu'il soit fou ! — se disait-il, — c'est tenter le diable!
— Avez-vous conservé des intérêts aux Indes? — demanda le curé de Malnoue.
— Aucuns...
— Des relations, au moins?
— Pas une. — J'habitais les montagnes, où je n'avais de relations qu'avec les mineurs et d'où je ne suis sorti que pour revenir en France...
— C'est à peine si j'ai vu là-bas d'autres visages que ceux des ouvriers que je commandais... — Par bonheur la fortune est venue vite, car amener une telle existence la vie s'use incroyabh'ment. — En quelques mois j'étais si changé que quelqu'un qui m'aurait connu avant mon départ pour les Indes ne m'aurait certes pas reconnu! — Ah! il était temps de quitter les mines
— La nostalgie du pays, jointe à la fatigue, allait me tuer!... .\ngélique, intéressée malgré elle par le récit d'Arnold, l'avait écoulé
sans parti pris.
Celte histoire de voyageur au pavs des diamants rappelait à Angélique un souvenir lointain.
— Il me semble, mon père, — dit-elle, — vous avoir entendu raconter que le frère de ma mère s'était expatrié aux Indes, autrefois, bien des années avant ma naissance... — Est-ce que je me trompe?...
En entendant cette question, Verrière sentit un frisson effleurer son épiderme.
Sœur Marie devint un peu pâle et jeta successivement un coup d'œil sur sa cousine et sur Arnold, qui restait impassible.
Le banquier fit bonne contenance.
— Tu ne te trompes pas, — répondit-il. — Ton oncle maternel est en eiïet parti pour les Indes il y a trente-cinq ans, du moins il y a eu des raisons pour le supposer, car depuis son départ il n'a point donné de ses nouvelles...
Angélique s'adressa à Arnold.
— Vous n'avez pas entendu prononcer aux Indes le nom de mou oncle, monsieur ? — fit-elle.
— Quel nom, mademoiselle?
— Etienne Béraud...
L'associé de Verrière parut interroger sa mémoire pendant quelques secondes.
— Etienne Béraud?... — répéta-t-ii. — Non, mad'-moiselle, aux Indes jamais; mais en France deux fois. — La première fois samedi dernier, boulevard Haussmann, dans le salon de votre père, par un inspecteur de
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la Sûreté qui venait s'entretenir avec sœur Marie... — La seconde, à l'instant. ..
La religieuse ayant évité avec le plus grand soin, nous le savons, de parler à Angélique de ce qui s'était passé, ne savait quelle contenance tenir.
Son trouble fut extrême, mais il ne dura qu'une minute.
Le banquier, voyant que son associé maintenait volontairement la conversation sur un terrain dangereux, en conclut qu'il devait avoir pour cela de sérieuses raisons.
En conséquence, il se rassura et il attendit de pied ferme.
— Un inspecteur de la Sûreté qui venait s'entretenir avec ma cousine! — s'écria M"" Verrière avec un étonnement facile à comprendre.
— Mon Dieu, oui... — fit sœur Marie d'un air indifférent.
— Mais pourquoi? — A quel propos?
— C'est la chose du monde la plus simple. — 11 s'agissait de savoir si j'avais envoyé en mission Stanislas Dumay, le petit marchand de médailles des buttes Montmartre... — J'ai répondu que non, ne connaissant pas plus Stanislas Dumay que tu ne le connais toi-même, et seulement comme victime d'un accident dont les chevaux de mon oncle avaient été la cause...
— Et, — reprit Angélique, — c'est à propos démon oncle Etienne Béraud que cet homme de la police recherchait Stanislas Dumay?...
Yerrière se hâta d'intervenir.
— Je regrette, ma chère enfant, — dit-il. — que l'on ait amené la conversation sur ce sujet... — Jusqu'à présent je n'avais point jugé à propos de te faire connaître une nouvelle qui m'est arrivée par hasard, et qui d'ailleurs n'a rien de précis et peut fort bien être controuvée... — Je connais ta nature impressionnable et je la redoute... — il s'agissait du frère de ta mère... — A quoi bon risquer de te rendre malade en se faisant près de toi l'écho d'un racontar peut-être mensong-er?
Angélique était visiblement en proie à une agitation profonde.
Sœur Marie regardait son oncle avec persistance, trouvant obscures et presque suspectes les explications qu'il donnait, ou plutôt qu'il essayait de donner.
Angélique reprit :
— Mais à quel propos mon père vous a-t-il parlé de mon oncle Etienne Béraud, absent depuis plus de trente années?...
— Il m'en a parlé, — répondit Jules Verrière, — parce que les gens de
justice aflirment qu'Etienne Bécaud est revenu à Paris et que, le jour de son arrivée, il a disparu...
— Disparu? — répéta la lille du banquier.
— C'est du moins ce que nous a dit l'inspecteur de la Sûreté...
— Je ne comprends pas — Comment mon oncle, le jour de sou
arrivée, a-t-il pu disparaître?...
— Il aurait été enlevé par un faux commissaire de police...
— Mais alors, — s'écria la jeune fille, — si cela est, mon oncle a été victime d'un crime abominable...
— On le croit... ou plutôt on le craint...
— Il revenait riche sans doute, comme est revenu M. Desvignes, — poursuivit Angélique en s'animant, — et on lui a volé sa fortune...
— Voyons... voyons... calme-toi... — dit Verrière. — Puisque tu sais, malgré moi, ce qui se passe, je vais te donner quelques détails... — Très ému, très inquiet quand j'eus entendu prononcer le nom de mon beau-frère, je questionnai l'inspecteur de la Sûreté... — Il ne put ou ne voulut me répondre que d'une façon très vague... — Je voulais savoir... — Je suis allé hier au Parquet, et là aussi je n'ai obtenu que des indications incomplètes...
— On suppose un crime, mais on ne peut que le supposer... — Un voyageur arrivant des Indes et disant s'appeler Etienne Béraud est descendu dans un hôtel de la rue Joubert où un fau.K commissaire, escorté de faux agents et muni d'un faux mandat, est venu l'arrêter. — A partir de ce moment les traces se perdent... — L'homme est-il séquestré'? est-il mort?
— On n'en sait rien... — Se nommait-il véritablement Etienne Béraud, était-il mon beau-frère? On l'ignore. — Pour acquérir une certitude à cet égard, il faudrait retrouver le voyageur disparu et établir son identité... — Jusque-là, rien ne prouve que nous ayons à porter le deuil d'un parent...
— Dans tous les cas, si le vol a été le but de l'enlèvement, les malfaiteurs ont échoué. — Le voyageur, avant même de se rendre à l'hôtel de la rue Joubert, avait déposé sa fortune dans l'une des premières maisons de banque de Paris... Ceci est acquis à l'instruction... Le Parquet comptaitsur des éclaircissements prochains, mais la mort soudaine du chef de la Sûreté va prolonger sans doute les ténèbres autour de cette mystérieuse affaire...
— Doit-on vous prévenir, mon père, si l'on trouve quelque indice au sujet do l'identité du voyageur disparu?
— On m'a formellement promis de le faire, et je suis persuadé qu'on tiendra cette promt;sse...
— Pourquoi ne m'avais-tu point parlé de tout cela, puisque tu le savais ?
— demanda M"" Verrière à sa cousine d'une ton de reproche.
— Je craignais, comme mon oncle, de t'imprcssionner trop vivement,
— répondit so-ur .Marie.
L'annonce que le dîner était servi vint interrompre la conversation.
On passa à la salle à manger.
Servi par le hasard, Jules Verrière venait sans le savoir de jouer un coup de maître.
Les explications parfaitement vraisemblables données par lui étaient de nature à dissiper tous les doutes que nous avons vus naître et grandir dans l'esprit de la religieuse.
Elles justifiaient en outre les préoccupations qu'on avait remarquées chez le banquier pendant la journée du dimanche.
Rien, absolument rien, dans la ténébreuse alTaire de Vhùtel des Indes, ne permettait au moindre soupçon d'atteindre Verrière ou Desvignes.
Sœur Marie fit toutes ces réflexions, se sentit battue, et se dit que le voyage de Misticot serait absolument inutile.
Arnold Desvignes, en racontant sa vie, avait atteint le but qu'il se proposait d'atteindre.
Dans son passé, tout était pur, honorable, inattaquable.
En de telles conditions, comment obtenir de Verrières qu'il ne donnât point suite à ses projets d'alliance avec un si parfait gentleman, plusieurs fois millionnaire, et son associé?...
Le dîner se prolongea tard, grâce à la conversation brillante et variée d'Arnold, pour qui le curé de Malnoue commençait à éprouver un véritable enthousiasme.
A dix heures seulement le vieux prêtre quittait le château, en emportant la promesse que le dimanche suivant Verrière et Desvignes accompagneraient les deux cousines à l'église.
La soirée était belle, le temps pur, le ciel étoile.
Le banquier et son associé reconduisirent l'abbé jusqu'au milieu de la longue avenue de tilleuls dont nous avons parlé.
Ayant besoin de causer ensemble, les deux complices avaient profilé de cette circonstance pour se trouver seuls.
— Mon cher ami, — dit Arnold à Verrière, — vous faites des progrès à mon école, je vous en félicite ! Vous avez été ce soir tout à fait remarquable; moi aussi, d'ailleurs... — A l'heure qu'il est, votre nièce se reproche de m' avoir méconnu, d'avoir porté sur moi des jugcmenls téméraires, comme disent les gens d'Église, et nous nous sommes fait un allié du curé de Malnoue... — Bref, nous pouvons attendre de pied ferme les événements...
— Nous n'aurons point de peine à tourner les difficultés, s'il s'en présente...
— Restez ici demain et préparez l'arrivée du garde-chasse que j'aurai choisi... — Tout n'est pas encore terminé avec la famille Béraud, mais tout marche... — Donc ne vous inquiétez de rien et comptez sur le succès final I
LE MAIlClIA.Nn D1-: DIAMANTS
Avec une agilité de clown, Trilhy fut i bnid en une seconle.
— l'uissiez-voiis dire vrai, et puisse siirlout le succès venir vile. — répliqua le banquier, — car je ne suis pas trempé comme vous; en outre, je ne suis plus jeune... tout cela me brise... Tout cela me tuerait si cet état d'incertitude et d"anf,'oisso devait se prolonger longlemiis...
Tandis que les deux complices reconduisaient lo curé de .>Falnoiie, Angélique avait enlraîaé sœur .Mario dans sa cliainbre et entamait ainsi l'entretien :
LiV. 107. K. ROY, Wileur. 107
— Maintenant, cousine, dis-moi la vérité vraie! — Pourquoi ne m'as-tu point parlé de l'étrange visite que l'on t'a faite samedi à l'hôlel du boulevard Haussmann? — la crainte de m'eiTrayer n'était certes pas l'unique cause de ton silence...
— Mais, je t'assure... — balbutia la religieuse.
— Voyons, — interrompit la fille du banquier, — n'insiste point... je ne pourrais te croire... Raisonnons un peu... — Cet inspecteur de la Sûreté est venu te questionner au sujet de Stanislas Dumay, n'est-ce pas?
— Oui.
— Par quel lien est-il possible de rattacher Stanislas Dumay à l'affaire de la disparition d'Etienne Béraud'.' — Énigme insoluble pour moi! — J'ai bien compris qu'en présence de M. Desvignes tu ne pouvais avouer que le petit marchand de médailles avait été chargé par toi de prendre des renseignements sur le passé de M. Desvignes... Mais seule avec moi, pourquoi te taire?
Sœur Marie baissa la tète sans répondre. Angélique poursuivit :
— Il y avait au fond de ton esprit un soupçon que je devine...
— Lequel? — demanda vivement la religieuse.
— L'apparition d'Arnold Desvignes à Paris... son association avec mou père... cette fortune qu'il possède et qu'il jette dans les cotfres vides de la maison de banque Verrière... cette docilité de mon père à lui obéir... cette chaîne qui semble les river l'un à l'autre... tout cela, tu avais cru en trouver la raison, une raison terrible... — Cousine, il faut me parler... Si je me trompe, il faut me rassurer... — Moi aussi, j'ai eu des soupçons... des soupçons affreux... — Après mon entretien avec Arnold Desvignes... après son duel avec Emile Vandame, il m'a semblé qu'un crime unissait cet homme à mon père... — Et toi aussi, cousine, tu as pensé à cela... je le lis dans tes yeux.
— Eh bien ! oui, tu as deviné... — répondit la religieuse... — Si je ne l'ai rien dit, c'est que tous les rapprochements que je faisais malgré moi semblaient me prouver que mon oncle et Arnold Desvignes connaissaient la disparition d'Etienne Béraud... sa mort... et qu'ils en avaient profité...
— Oh ! c'est horrible !... horrible... — balbutia Angélique en cachant son visage dans ses mains.
— Oui, c'était horrible... et après la visite de l'homme de la police, mes doutes semblaient prendre un cachet de réalité de plus eu plus effrayant... Mais à présent j'ai peur de l'accusation que je portais...
— Comment ?
— Tout se réunit pour me prouver l'injustice de mes soupçons... — Arnold Desvignes, ce soir, a expliqué sa vie... — Etienne Béraud avait
déposé sa fortune chez un banquier de Paris... — Mon oncle, s'il eût été complice, n"aurail pas eu la dangereuse audace d'aller prendre au Parquet des informations... M. Desvignes ne peut être soupçonné d'avoir volé cet Etienne Béraiid, qui n'avait peut-être de commun avec notre parent qu'une similitude de nom... — Voilà des preuves d'innocence absolue, des preuves sérieuses, n'est-ce pas?... Et cependant je me reproche de douter encore... — Je douterais contre l'évidence, tant est grand mon désir de le sauver !
— Me sauver en calomniant ceux qui ne sont point coupables! — s'écria la fille du banquier — Non... non, cousine, je refuserais d'acheter le salut à ce prix!... — Mon père est incapable d'un crime!... je répondrais de lui comme de moi-même!... Je bais M. Desvignes, je le hais de toutes mes forces, mais cela ne doit pas me rendre injuste pour lui... — Je l'ai écouté parler ce soir... — Ses paroles avaient l'accent de la vérité... il ne mentait point...
— Tu le défends!...
— Pourquoi non? — La haine qu'il m'inspire ne va pas jusqu'à l'aveuglement ! Mislicot, j'en suis sûr, va nous apporter la preuve que cet homme à dit la vérité, et je ne redouterai plus au moins cette honte d'avoir inspiré de l'amour à un assassin...
— Si Arnold Desvignes est inattaquable, la meilleure des armes se brise dans ta main...
— Qu'importe? — Je saurai lutter pour me conserver à celui que j'aime!
— Seras-tu la plus forte dans cette lutte?
— Oui, cent fois oui! — M. Desvignes domine absolument mon père, M. Desvignes commande, et mon père obéit, mais ils auront beau s'unir contre moi, ils ne triompheront point de ma volonté! — Ni l'uu ni l'autre ne me fera manquer au serment juré, à l'engagement prix!... — Je supporterai toutes les angoisses, toutes les tortures s'il le faut, mais je résisterai (piand même!...
— Pauvre chère mii;tionne, — dit la reli;:iouse, — tu ne comprends pas que je voudrais à tout prix, fût-ce au prix de ma vie, t'éviter cette lutte inégale !
— Oh! si je le comprends, cousine, — répliqua la liiie du banquier, — mais je crois que ma seule chance de salut est dans ma résistance, et que nous ne devons rien espérer des recherches ordonnées par loi...
— Qui sait?
— .\insi, positivement, après tout ce que nous avons entendu ce soir, tu conserves un doute ?
— Ce n'est pas un doute, c'est un senlimenl indéfinissable dont le rai-
soiinement ne peut Iriomjiher... C'est une sorte de vague espoir, absurde peut-être, mais persistant, que dans le passé irréprochable en apparence de cet homme existe quelque chose qui rendra impossible son union avec toi... Du reste, à quoi bon discuter ces questions insolubles? — ajouta sœur 3Iarie, sentant son cerveau se troubler au milieu des pensées confuses qui l'assaillaient. — Espérons, espérons contre toute espérance et demandons à Dieu de nous protéger... embrasse-moi, mignonne, et bonsoir...
Les deux cousines échangèrent un baiser de sn-urs, puis la religieuse se retira.
Nous n'étonnerons point nos lecteurs en affirmant que le terrible drame nocturne de la forêt d'Amboise avait produit nue émotion énorme dans les environs d'Amboise et de Bléré.
Le lendemain, une feuille do Tours faisait paraître un article que nous allons reproduire, parce qu'il nous permettra de supprimer de longues explications.