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Sans retirer ses mains Victorine reprit :
— Trouvez-vous demain à l'hospice à l'heure de la visite du docteur, l't priez-le de vouloir bien signer mon billet de sortie.
— Je serai là longtemps avant qu'il arrive, — répondit Paul transporté de joie.
— Vous savez que je n'ai rien ici... mes vêtements sont restés rue de Fleurus, le jour... le triste jour...
La convalescente n'acheva pas.
— Ne vous inquiétez point, — fil vivement le jeune homme. — Vous recevrez demain tout co dont vous aurez besoin...
— Alors quittez-moi, mon ami...
— Si vile!
— Je vais me remettre au lit... Je suis brisée de fatigue...
— Kh ! bien, à demain...
— Oui, à demain...
Paul el'lleura do ses lèvres le front de Victorine et la (juitia, le cœur débordant d'allégresse.
Wili Scoot l'attendait sur le trottoir en fumant une dixième cigarette. En le voyant paraître, le visage radieux, il comprit ce qui s'était passé.
— Il paraît que ça marche bien... — dit-il.
— Oui... elle a consenti, et je vais m'occuper tout de suite de lui acheter des vêtements et du linge...
L'Irlandais aurait volontiers payé dix mille francs, pour le i onqile d'.Vrnold Desvignes, la nouvelle qu'il venait d'apprendre: aussi s'ompressat-il de demander :
— Ça va joliment ijimiriui-r vos fonds, ces achats-là... \ Hule/.-vuus que je vous prête encoi'e cinq cents francs'
Paul ne pouvait en croire ses oreilles.
— Kst-ce sérieux? — balbutia-t-il.
— Certes oui. c'est sérieux.
— Alors, je le crois bien, que j'accepte ! —Ah ! vous êtes un véritable ami, vous, mon vieux Le Bourguig-non! un ami comme on n'en trouve guère 1
Scoot eut un singulier sourire, et tirant un billet de banque de son |)ortefeuille le tendit à Paul Béraud.
Dans la matinée du samedi, Arnold Desvignes avait envoyé rue Fléchier un commissionnaire porteur d'une lettre adressée à Monsieur David, courtier d'assurances sur la vie.
Cette lettre ne contenait que ces mots, sans signature :
« Ce soir au château de Malnoue. »
Le même jour, vers deux heures, Verrière et son associé quittaient la maison de la rue Le Peletier et se faisaient conduire au chemin de fer.
A trois heures ils arrivèrent à Malnoue, gagnèrent aussitôt le parc et se dirigèrent vers le pavillon du garde.
En moins d'une semaine les ouvriers avient fait merveille et rendu ce pavillon très habitable. — Il n'y manquait plus que le garde qui devait l'habiter.
Depuis le matin, au château, tous les domestiques déployaient une activité fiévreuse, le lendemain devant être un jour de réception et de gala.
Grand déjeuner, grand dîner, et le soir bal champêtre dans le parc!...
Angélique et sœur Marie, se demandant quel pouvait être le motif véritable de celte fêle, éprouvaient de sérieuses appréhensions.
Dans la situation si tendue que nous connaissons, tout ce qu'elles ne comprenaient pas les eftVayait.
Vers quatre heures, Forestier vint trouver Verrière et Arnold dans Je parc, et leur annonça qu'un particulier ayant la tournure d'un garde-chasse demandait à leur parler.
— C'est, à n'en point douter, le nouveau garde, — dit Verrière, — Amenez-le...
Forestier retourna sur ses pas et reparut bientôt, accompagnant un homme qui paraissait avoir cinquante ans, portait les cheveux coupés ras, la moustache longue et la barbiche pointue.
Il était vêtu d'un complet de velours vert bouteille à grosses côtes, garni de boutons sur lesquels se voyaient en relief des têtes d'animaux.
Coiifé d'une cape de drap vert, il avait un carnier sur les épaules et un fusil Lefaucheux on bandoulière.
— C'est parfaitement le garde dont je vous ai parlé... — dit Arnold en le voyant.
Le nouveau venu fit le salut militaire.
— Vous venez prendre possession de la place qui vous a été offerte par M. Desvignes? — lui demanda le banquier.
Llî MARCHAND DE DIAMANTS
L'iigi^nl entra dans la cliaiiiljn,' et jeta un regard sur li; lit.
— Oui, monsieur. . . — Lc^ conditions nie Conviennent et j'oHpcre qu'on sera content (Je moi...
— Il s'ajjit (le jirotéger le gibier (jui abonde dans le parc, et la survi^illance doit être incessante car nous avons des braconniers assez impudents pour venir tuer mes faisans, mes lièvres et mes lapins, en escaladant les muraillt's...
— Nous les recevrons, /iiclirt et moi... ///V7«7, c'est mon fusil... —
; LiV. 124. H. nOY. C.I.I. - llcpr.»lurl.on .nlcnlilc 124
répondit l'homme en frappant du plat de la main sur le canon de son arme. — Ni Bicbet ni moi nous n'aimons dormir... — Nous ferons toutes les nuits des rondes, et tant pis pour les braconniers... — Point de pitié pour ces gens-l,î qui sont sans pitié pour les autres, et vous abattent un pauvre garde comme un lapin... — ; Je ne leur ménagerai pas le plomb!...
— C'est ce qu'il faut, — appuya Desvignes.
— Ces messieurs voudraient-ils me faire faire connaissance avec mon logement? — demanda le garde.
— Venez... — dit Jules Verrière, et il ajouta : — Forestier, je n'ai plus besoin de vous...
Les deux associés conduisirent le garde au pavillon que Verrière ouvrit avec l'une des clefs d'un trousseau qu'il tira de sa poche.
— Comment vous appelez- vous? fit-il.
— Michel Bordier, pour vous servir, monsieur...
— Eh bien, Michel, c'est là que vous log^erez... — Vous prendrez vos repas à l'office... du moins pendant mon séjour à Malnoue.
— Bien, monsieur...
— Voici la clef du pavillon et en voici une autre ouvrant une petite porte sur la campagne. — J'ai au dehors quelques pièces de terre qu'il faudra surveiller. — Forestier vous les fera connaître...
— Bien, monsieur, — répéta le garde. — Demain matin, j'irai chercher ma malle à la gare de Villiers...
Verrière et Arnold quittèrent le garde, qui s'empressa d'entrer en fonctions en allant faire une ronde dans le parc.
A sept heures, le son de la cloche l'appela du côté du château; il dîna avec les domestiques, obtint un grand succès en se montrant joyeux vivant, regagna son pavillon, alluma une pipe et se mit à fumer près d'une fenêtre ouverte, en prêtant l'oreille aux bruits du dehors.
Il avait eu soin d'éteindre sa lumière.
La lune, brillant dans un ciel sans nuages, envoyait sur le ])avillon ses lueurs argentées, filtrant à travers les feuillages épais des vieux arbres.
Vers dix heures, le garde tressaillit et quitta sa chaise.
11 venait d'entendre un bruit de pas légers dans une des allées aboutissant à sa demeure.
Les mains appuyées sur le rebord d(! la fenêtre, il se pencha un peu au dehors.
Une forme glissante apparut, jiuis s'arrêta.
— Ouvre la porte... — dit une voi.N.
■ — Elle est ouverte, vous pouvez entrer... — répliqua le garde. Desvignes, car c'était lui, gravit les quelques marches du petit perron, poussa la porte et entra.
— Vous venez me douuer vos dernières instructions.' — lit le pseudo- Michel Bordier dans lequel nos lecteurs ont déjà reconnu l'Irlandais Trilljy.
— Oui.
— J'écoute.
— Je serai bref. — 11 s'agit de surveiller tout spécialement M'" Verrière et la religieuse... de savoir ce qu'elles font, où elles vont chaque jour.
— Facile!
— 11 faut, en outre, avoir l'œil au guet du cùte'' de la petite porte dont Verrière t'a donné la clef. — Personne ne doit jiasser par cette porte à ton insu. — Si quelqu un s'introduisait dans le parc par là, j'ai besoin de le savoir...
— Compris.
— Pour le moment, voilà tout... Je compléterai en temps utili'... Si je l'ai fait venir ici, c'est que j'ai besoin de t'avoir sous la main.
— Commandez, vous serez obéi.
— Honne nuit, mon brave.
— Bonne nuit, patron.
Desvignes regagna le château, et le nouveau garde se mit au lit.
Le lendemain, dès dix heures et demie du matin, les personnes invitées au déjeuner commençaient à arriver, soit dans leurs propres voitures, soit dans celles de Verrière qui faisaient sans cesse le trajet du cluUeau à la gare et de la gare au château.
Verrière et sa fille recevaient les arrivants.
Arnold se tenait un peu à l'écart, attendant les poignées de mains de ceu.\ qui le connaissaient et voyaient en lui la cheville ouvrière de la maison de banque Jules Verrière et C" .
L'assassin d'I'^ticnne Béraud attendait avec impatience l'arrivée de Georges de >iervey.
Il le vit enfin desci'iidre de voilure et tout couri)!', loiissant à rendre l'Ame, .s'approcher du banquier et de sa fille, faire ses complimei>ts à l'un et présenter ses respects à l'autre.
Ensuite Georges de Nervey rejoignil Aiuolil et lui di(, en l'emmenant, ou plutôt en so laissant emmener par lui un peu à l'écart :
— Vous le voyez, mon e.vcellenl bon, je vous ai tenu [tarole.
— J y complais et je vous remercie
— -Me voici tout prêt à remplir ma t.'irlic... — (JhiikI landia l-il .'
— Ce soir seulement...
— Ce soir, très bien... — Me lerr-z-vous sr.'rn'
— Je préfère m'en rapporter à vous... - Voussauii-z IruiiM-r linslanl favorable...
— Parfait! — Affaire de tact! — C'est par là que je brille...
— Si M"^ Verrière faisait mine de douter, vous aflirmeriez de manière à la convaincre.
— J'ai songé à tout, mon excellent bon, et j'ai pris soin de me munir du journal dans lequel j'ai lu la nouvelle.