BUREAU DE PLACE.'',1ENT
A côté de la porte de chacune de ces maisons était placé un tableau de tôle peint en rouge vif.
Sur ces tableaux se trouvaient collées de [letil es bandes do papier revêtues de diverses inscriptions ainsi conçues, — avec des variantes :
« On demanda une bonne Alsacieiiiic, sacliaiil un pou la cuisine. »
LE MARCHAND Dï DIAMANTS 247
« On dcmaudt' une jjelile buiiia- à huit faire. » « On (h'uiande un (juiroit de maijimn. »
Il V en ;ivail iiiii; ceulaiiie de ce jjenre.
Arnold. vo\aiil les cnsfiLjiies, se posa celle question :
— Lequel de ces bureaux csl tenu par le sieur Cardon ?
Pour le savoir il enlra dans la iiremiL're maison et dcmaiula à la concierge :
— M. Cardon, s'il vous plail'.'
— Deux portes plus loin... — lui fut-il répondu d'une voix irritée. Ainsi renseigné, il gagna la maison voisine, moula au premier étage,
poussa une porte sur laquelle étiit répété : Bureau de pluceinenl, traversa une élroite antichambre, cl franchit le seuil d'une pièce meublée d'un bureau et d'une douzaine de chaises.
Le bureau était encombré de pajiiers crasseux.
De pauvres filles à la physionomie famélique de domesliqucs sans place occupaient les chaises.
Derrière le bureau, sur un fauieuil à rond de cuir, trùnait une forte femme à la figure tellemenl bouffie que ses pelils yeux disparaissaient presque entièrement sous la graisse.
C'était la légilime épouse du placeur.
Elle leva la tète et, clignant les paupières, dirigea son regartl vers lo nouveau venu qui salua d'un air humble.
— Vous vouiez vous faire inscrire? — lui demaiida-t-elle.
— Oui, madame.
— Comme domestique :'
— Garçon de restaurant, faisant les cxlras.
— Votre nom?
— Verly.
— Vous demeurez ?
— Rue de Charenton, 38...
— Je n'ai rien pour vous aujourd'hui... — Il est lard... le bureau va fermer... — Mais revenez demain malin à neuf heures... — il y aura cerlainemcnl quelque chose...
— Bieui madame... Je serai ici demain à neuf heures précises... Arnold tournait sur ses talons.
La jdaceuso l'arrêta par ces mots :
— Un instant donc... — C'est quarante sous pour l'inscription... vous devez le savoir...
— C'est vrai, madame, j'oubliais...
L'ex-secrélaire du banquier de Calcutta donna deux francs et se retira.
Le lendemain malin, à rheure indiquée, il venait s'installer sur une des chaises du bureau de placement.
A peine était-il là depuis dix minutes quand il vit entrer le patron du Salon des Familles.
Celui-ci vint serrer la main de la placeuse dont il était l'assidu client.
— Est-ce que vous avez besoin de quelqu'un ? — fit-elle en souriant.
— Oui... — il me faut deux garçons d'extra. ^ Pour aujourd'hui?
— Non... pour samedi... — J'ai un repas de corps et une noce...
— En voici d'abord un... — dilla placeuse en désignant Arnold. — D'ici à samedi je vous en trouverai un autre...
Arnold s'empressa de se lever.
Le restaurateur se tourna vers lui.
— Vous connaissez à fond le service ? — lui demanda-t-il.
— A fond, monsieur!., à fond. — Voilà plus de dix ans que je fais le métier... J'ai servi chez M. Brébant. chez Maire, chez Bonvalet, et au Palais Royal...
— Pourriez-vous rester chez moi samedi, dimanche et lundi ?
— Parfaitement, monsieur... J'ai besoin de gagner ma vie, et je ne boude pas à l'ouvrage...
— Quant aux conditions...
— Celles de monsieur seront les mienaes... —insista Arnold. — Je sais que monsieur est un homme juste.,
— Ah ! vous me connaissez?
— Comment ne connaîtrais-je pas monsieur?... Saint-ManJé... Sahm des Familles... réputation de premier ordre comme patron...
— Eh bien ! mon ami, — dit le restaurateur excessivement flatté, — soyez chez moi samedi matin à la première heure...
— Je me montrerai exact, monsieur...
— Nous serons contents l'uu de l'autre et, selon toute probabilité, je vous emploierai souvent...
— Toujours avec bonheur aux ordres de monsieur... Arnold quitta le bureau.
— D'ici à samedi j'ai trois jours devant moi, — se disait-il en regagnant la rue des Tournelles. — C'est plus de temps qu'il m'en faut pour bien réfléchir et pour combiner tout...
Will Scoot et Trilby désiraieut naturellement se débarrasser le plus lût possible du cheval et de la voiture qui avaient servi à l'enlèvement d'Etienne Béraud, et dont \(.' prix devait s'ajouter aux profits déjà réaU'és par eux.
LE MARCHAND DE DIAMAiNTS
tJU: l'-v.i lj lé'.e Cl '■liu'iiiul le.-i |i.iii|ii. ir.-, .i]ii;.'.'.i à'jii iv;^Mid vtMS le nouveau venu.
Après avoir dormi toute la journée pour se reposer des fatigues de la nuit préféJenle, Scoot retourna dans la soirée à l'écurie.
Le cheval mangeait de grand appétit et ne semblait plus se ressentir do la longue course fournie par lui dans de mauvais chemins et par une piiiio battante.
— C'esldemain jour de marché uu.x chevaux... — se dit l'.Vnglais. — .l'y conduirai la voilure tout allelée... — C'est encore là que je trouverai lo Liv. 32. 32
230 LE MARCII.VADS DE DIAMANTS
mieux ii m'en défaire... — Au Tallersall de la rue Beaujon, ou chez Chéri, il faut trop de formalités... — Je vais avertir l'homme qui m'a leué la remise et récm'ie que demain je lui rendrai les clef.s...
11 se dirigea vers l'étahlissemeut du marchand de vin avec qui il avait traité, établissement situé, nous le savons, àTangle de la rue de Montreuil et de l'avenue Philippe-Auguste.
Un fiacre stationnait devant la boutique, ut le cocher, debout près du comptoir, buvait un verre de vin.
Will Scoot entra.
— Je viens vous prévenir, — dit-il au maître du logis, — que demain vous pourrez disposer de votre local.
— Ail! ah! si vitel... — Est-ce que vous avez loué dans un autre quartier :'
— Non... — J'ai l'ordre de vendre le cheval et la voiture... et comme il faut que ce soit vite fait, je les conduirai demain au marché au.\. chevaux.
Le cocher de hacre, qui venait d'achever son verre de vin et bourrait sa pipe, prit la parole.
— Un cheval et une voilure à vendre ? — dit-il.
— Et un harnais, oui... le tout en bon état, — répondit l'Anglais.
— Qu'est-ce que c'est que le poulet d'Inde?
— Une bête plus toute jeune, mais solide et trottant bien...
— Et la voiture?
— Un quatre places qui a servi, mais qui \ aut du neuf...
— Si ça n'était pas trop cher, on vous éviterait peut-être d'aller au. marché aux chevaux.
— Je suis raisonnable... on pourra toujours s'entendre.
— Où est-ce, l'écurie et la remise?
— Avenue Philippe-Auguste... — à deux pas...
— Voyez donc ça, père Loriot, — lit le marciianJ de via... — J'ai dans l'idée qu'il y a une affaire pour vous...
— Eh bien ! — dit notre vieille cannaissauce Loriot, en s'adressaut à Will Scoot, — montez dans mou numéro 13, que vous voyez devant la porte, et nous j';ous à votre écurie inspecter la marchandise.
— t-a ui.
— Quel numéro, avenue Philippe-Auguste?
— Quatre-vingt-trois...
Les deux liommes étaient sortis de la bouliquo du marchand do vin. Loriot ouvrit la portière du fiacre.
L'Irlandais s'installa sur les coussins de drap bien brossés, et la voiture roula.
Trois minutes plus tard on arrivait à la remise.
Le vieux Loriot examina en connaisseur le cheval et la voiture.
— Fatiguée, la bête... rafistolée, la guimbarde... — fit-il après examen. — Qu'est-ce que vous demandez du tout, harnais compris"?
— On m'a donné l'ordre de vendre (]uinze cents.
— Et moi, — répliqua Loriot en riant, — je me donne l'ordre de vous certifier que c'est trop cher...
— Combien offrez-vous !
— Onze cents tout juste et l'airaire est faite...
— Vous n'êtes pas raisonnable...
— C'est à prendre ou à laisser, et je vous fiche mou billet que vous ne trouverez point ça au marché aux chevaux.
— Eh bien! mettez onze cent cinquante... les cinquante francs seront pour moi...
— Allons, soit. — Retournons chez le maslroquet et nous ou finirons en buvant une bouteille de chablis...
Aussitôt attablé devant la bouteille, dont le patron de l'établissement fut invité à prendre sa part, le propriétaire du fiacre numéro 13 exhiba son porte-monnaie, l'ouvrit, on lira ijuehjues pièces d'or ot les tendit à Will Scoot.
— Voici cent cimjuante francs, — lui dit-il. — C'est un billtl do mille ■que j'aui'ai à vous donner demain contre livraison...
— Vous faut-il un reçu ? — demanda Will en empochant les louis.
— Inutile... — ,\ous avons là un témoin, et d'ailleurs une parole est une parole... Je vous attendrai rue des Moines, 93,auxBaiignolles, domain malin, à neuf heures précises... — Vous demanderez le père Loriot... — il est connu, le père Loriot... aussi connu que son numéro 13...
— Convenu... je serai exact... A neuf heures précises, j'arriverai...
— Moi, je remonte sur mon siège, et je vais me mettre en station à la porte du Père-Lachaise...
Le lendemain matin, à huit heures, Will Scoot attelait, remettait à son loueur les clefs de la remise et de l'écurie, et partait pour la rue dos Moines.
Loriot, debout depuis l'aube, — depuis le pulrun-iniiictte, disait-il, — surveillait le départ de ses voitures, recevait l'argent de la location h {ajournée, cl délivrait les feuilles de |ioiulage.
Il possédait une quinzaine de fiacri;s et une douzaine de grandes voitures pour noces.
Son établissement occupait le rez-de-chaussée de toute une maison. — Sur trois des côtés de la cour immense se trouvaient les écuries très vastes, Lien aérées, et les remises, les unes fermées, les autres à jour, constituant simplement des hangars.
Malgré son âge avancé déjà. Loriot restait alerte presque comme un jeune homme.
On le voyait aller et venir d'un euilroit à l'autre, examinant, grondant, commandant, faisant ses observations dans un langage généralement imagé et pittoresque.
Deux fois par semaine il passait un jour à rétablissement, remplaçant le service actif par la surveillance.
Ce jour-là était précisément celui du repos relatif.
Toutes les voitures étaient parties et le brave Loriot fermait la grande porte de sa cour, quand un jeune homme passa la tête entre les battants.
Derrière ce jeune homme se voyait la petite personne et la physionomie spirituelle et futée de Misticot.
— Avant de clore votre immeuble, vous me laisserez bien entrer, hein, papa Loriot?... — dit en riant le nouveau venu.
— Tiens, Eugène Loiseau et Misticot !... — lit le vieux cocher. — Bonjour, mes eufanls! — Ah çà ! garçon, tu es donc revenu demeurer dans notre quartier?...
— Non, j'v suis de passage... — répliqua le liancé de la fleuriste en pénétrant dans la cour, suivi de son jeune compagnon, et en serrant la main de Loriot.
— Peut-être que tu venais chercher une voituri' à la remise pour retourner de l'autre côté de l'eau?
— Ce n'est pas une voituie que je viens chercher, papa Loriot, c'est plusieurs...
— Tant pis!
— Pourquoi?
— Parce que tu arrives trop tard... — tous les cochers sont partis...
— r^a m'est inférieur... — Ça n'est point pour aujourd'hui, les voilures...
— Pour quand donc?
— Pour samedi.
— Ca serail-il rapport à la chose d'un mariage?
— Juste !
— Va qui donc c'est-il, qui se marie?
— Devinez un peu, papa Loriot!...
— Je donne ma langue aux chats! — Dis-moi tout de suite le nom du malheuccu.v...
— Eli bien, c'est moi ! le milheureus... — ilit Loiseau eu riant.
— Sans blague?
— Parole d'honneur!...
— Tu meu vois tout ébaubi ! — Comment, tu t'en vas à ton âge entrer dans la confrérie !
— Que voulez-vous, je suis pincé!
— Au demi-cercle!... — ajouta Misticot.
— Un garçon intelligent comme toi, ça m'étonne I... EiiHii, ça to regarde!. . — Ta future a-f-elle encore sa mère?
— Non.
— Alors c'est une circonstance atténuante. — Jn te rends mon estime... — Si tu avais accepté une belle-mère, je ne te tuloyais plusl... — Donc lu te maries!... — Contre qui?...
— J'épouse ma consine... Victorine Béraud...
— Tiens! tiens! la petite Victorine... une jolie et une bonne fille... Ce n'est pas tout à fait aussi bête que je l'avais cru d'abord...
— » Merci, papa Loriot...
— Il n'y a pas de quoi... Tu sais, moi, saint Jean Bouchc-d'Or !... Et tu dis donc qu'il te faudra des voitures?...
— Bédame I...
— Combien?
— Nous voulons faire les choses en grand... Vous comprenez, pour une fois, on n'en meurt pas.
— Serez-vous beaucoup de monde?...
— Une trentaine... mais mettons vingt-sept...
— Il y aura donc trois de tes invités qui viendront h pied?
— Au contraire... — Mon oncle le banquier, Jules Verrière, viendra dans sa voiture avec sa fille... et mon petit cousin le vicomte de Nervey doit aussi en avoir une dont il se servira...
— Excusez! — s'écria Fjoriot, — tu te mets bien, toi. mon garçon! — Comment, t'as des banquiers et des vicomtes dans ta famille?
— Ma foi, oui, c'est comme ça, et je n'en suis pas plus lier, car j"y ai aussi des chillunniers dans ma famille... et je n'en rougis point... — Un homme en vaut un autre, pas vrai?
— Quand tous les deu.t sont honnêtes, parbleu! — Alors nous disons vingt-sept individus à brinqueballer... — avec sept voitures ça fera l'aiïaire largement... — Je te fournirai si.\ beau.x landaus et une voiture repeinte à nt'uf que je viens d'acheter... On va me la livrer ce matin... — Tu seras content...
— Et combien ça me coùlrra-t-il, papa Loriot?
— C'est pour la journée, bien entendu?
— Oui, pour toute la journée, de neuf heures du matin à minuit, au moins.
— Lcoute, gar(;on, j'ai connu ton papa et la maman, je t"ai vu tout petit gosse... je ne veux rien gagner sur toi... — je ferai le calcul... tu me rembourseras mes frais, voilà tout... — Ta te va-t-i!?
— Je le crois bien que ça me va! — Quel brave homme vous êtes! — Mais ce n'est pas tout, et j'ai encore quelque chose à vous demander...
— Quoi donc?
— Viclorine et moi, figurez-vous, nous avons une idée dans la caboche : c'est que ce ça soit vous personnellement qui nous couduisiez à la mairie, à l'église et partout.
— .Moi!...
— Oui, vous, papa Loriot... vous serez un invité de plus...
— Eh bien ! ça me fait plaisir ce que tu me dis là, mon garçon! — c'est entendu, c'est moi qui conduirai la voilure de la mariée... iMa plus belle voiture...
— • Ah! mais non !... ah! mais non!... — interrompit Loiseau. — Nous ne nous entendons plus...
— ■ Comment?...
— J'ai toujours entendu raconti'rque votre numéro 13 vous avait porté bonheur...
— El c'est la vérité vraie... — C'est à mon fiacre numéro 13 que je dois ma chance... il ny a pas à le contester... c'est écrit et imprimé... c'est <le l'histoire!
— Donc, Viclorine et moi nous voudrions être brouettés par vous dans le liacre en question... — Il nous semble que ce sapin-là nous porterait la veine...
— Mais c'est un (iacre à quatre jilaces pas chouette, du tout! — s'écria Loriot, — et pour marcher en tète de la file de voitures, ça fera relTel d'une tache de cambouis sur la robe de la mariée!
— Ça nous est bien égal !
— A vous, oui, mais c'est moi qui conduirai et j'ai mou amour-propre... — si on s'esclafait de rire en me voyant passer, ça me vexerait. . — Seulement il y a moyen do tout arranger... — J'ai un de mes landaus qui porte le numéro huit cent treiz;;... — lid moment qu'il y a un treize dans le chilirc, c'est tout ce (juil faut... — Vous monterez daus celui-là et je vous ■conduirai.
— Vous croyez que ça sera la môme chose ...
— Absolu mon 1...
— Eh bien ! nous voilà d'accord...
— ^ enez à la maison. . Je vais prendre la commande par écrit. — Je des-
LE MARClI.yS'D DE DIAMANTS 235
ceadrai ensuite chercher k la cave une boiileilic de vieux chablis, et nous trinquerons tous les trois à la sanlé de Yiciorine !
— Ça n'est point de ri'ius.
Loriot, Eugène Loiseau et .MisUcot se dirigeaient vers le corps de logis où se trouvaient les bureaux, lorsqa'uu bruit do voilure se fil euleudre dans la rue, puis cessa brusquement, et une voix cria :
— La porle, s'il vous phùt !
Le père Loriot s'arrêta.
— Est-ce que c'est uu de mes cochers qui rentre ?... — lit-il avec inquiétude. — Un accident peut-être.
Et vivement il ouvrit la porte cocbère.
Un seul coup d'œil suffit pour le rassurer.
C'était le cheval et la voilure que lai amenait Wiil Scoot.
— Ail! ah! c'est vous, mon brave... — dit Loriot. — Entrez... Nous allions sécher une vieille bouteille... Vous trinquerez avec nous...
Le visage jovial de l'Irlandais s'était assombri tout à coup.
Une pâleur légère reniiilaçail le coloris habituel de ses joues.
Il venait d'apercevoir Misticol dans la cour.
Quoique costumé en palefrenier de maison bourgeoise et grimé de façon suffisante, l'ex-clowu du Cirque Fernaudo avait peur d'être reconnu par le yamin.
S'il l'était en ellet, comment expliquer son déguisement et justifier l'emploi subalterne qu'il semblait occuper !
Ses explications seraient forcément invraisemblables et pourraient devenir, le cas échéant, très compromettantes, désastreuses même.
Misticol avait machinalement jelé les yeux sur l'homme occupant le siège de la voiture et tenant les guides.
La physionomie de cet homme le l'iappa.
— C'est drôle ! — se dit-il. — Voilà une ùinctfe qu'il me semble bien avoir déjà vue quelque pari... — Où donc '^..
lA il interrogeait sa mémoire.
Après l'injoucliou d'enlrer que venait de lui adresser le père Loriot, Will Scoot pensa qu'hésiter uu seul instant serait dangereux.
Jl ne s'agissait, après luul, que de jouer serré, et les doutes du gamin (si toutefois le gamin avait des doulesj ne pourraient se changer en certitudes.
256 LE MARCHAND DE DlAilAMS
L'essentiel était de modifier sa voix de manière à la rendre méconnaissable.
En conséquence, l'Irlandaispoussa son cheval qui décrivit undcrni-cercle et entra dans la cour.
— Exact! — dit-il simplement en descendant de son siège. ^listicot continuait à le fixer.
Cette fois Will, au lieu de détourner les yeux, les arrêta sur le petit marchand de médailles.
— Ah çà ! jeune homme, — s'écria-t-il en payant d'audace, — comme vous me dévisagez 1... — Est-ce que j'ai dans la figure quelque chose qui vous paraît drôle ?...
Misticot venait de trouver ce qu'il cherchait.
— Non... Non, monsieur, rien de drôle... — répliqua-t-il, — seulement une ressemblance épatante...
— Une ressemblance ? — répéta l'Irlandais.
— Oui... si toutefois vous n'êtes point monsieur Will Scoot, lui-même...
— Qu'est-ce que c'est que monsieur \\'ill Scoot?
— Un artiste du Cirque Fernando...
Williams éclata de rire et répondit :
— Vous vous trompez, jeune homme, je ne suis point le personnage en question...
— Excusez-moi... — murmura Misticot.
— Vous excuser ! — De quoi donc? il n'y a pas de mal !... Ressembler à un artiste, c'est toujours flatteur...
Le gamin pensait :
— C'est bien à peu près les mêmes traits, mais Will Scoot n'aurait aucune raison pour ne pas me reconnaître... donc j'ai fait un impair...
— Est-ce qu'où rentre la bête à l'écurie, monsieur Loriot ? — demanda le nouveau venu au vieux cocher qui contemplait avec satisfaction son emplette et qui répondit :
— Non... je la laisse attelée... — Je sortirai avec elle tout à l'heure pour aller faire numéroter la guimbarde à la Prél'ectuie... — Venez... je vais vous solder votre compte.
Les trois hommes et le gamin gagnèrent le logeuient du patron qui envoya sa vieille servante chercher une bouteille et des verres.
— Je ne m'attarderai pas longtemps, monsieur Loriot, — fit Scoot, — il faut que je prenne le chemin de fer à midi pour aller à Poitiers rejoindre mon maître...
— Nos comptes seront vile terminés... — répliqua Loriot en ouvrant un Eccrétdire, — loi, Loiseau, mon garçon, remplis les verres...
Loiseau obéit, tandis que le maître du logis posait sur la table, devant
LE MAnCIIAXD DE DIAMANTS
[^^^^^^jfe^L^
Si te nV'st pns trop (.Ipt. on vouo cvilura !.• \><:iii,: iJ',ill<.r au niaixhé uux i.liijv<uix.
l'Irlandais, un l)illel di' b mqiie, une feuille de i),i|)ii;i-, un encrier uL une plume.
— N'nilà niiiii" francs et ce qu'il faut pour éci ire, — dil-il. — i^rilTnnnezmoi un mol de reçu. .
Scoot ne se souciait pas de laissi-r entre les mains de racheleur un érlianlillon de son écriture.