SCÈNE IX
LORENZO, JESSICA, puis GRATIANO.
Lorenzo, tendrement.
Oh! Jessica, dis-moi, n’as-tu pas de remords
De ton adorable faiblesse?
Jessica, même jeu.
Non... Puisque j’ai la tendresse
.le ne peux plus avoir de torts!
Lorenzo.
Ne crains-tu pas les reproches
Qu’à ton cœur fera ta raison?
Jessica.
Non... Tu seras seul tous mes proches,
Ta maison sera ma maison...
S’il arrive que je m’accuse
De ce qu'Amour m’a fait oser,
Tends-moi les bras, car ton baiser
Sera chaque fois mon excuse.
Lorenzo.
Qu’importe pour moi le passé
Si je fais un tendre poème
D’un temps nouveau tout caressé De mots très doux, de mots qu’on trouve quand on aime !
Jessica.
Qu’importe, mon amant chéri,
Le bruit lointain des anathèmes.
Si dans tes bras bien à l’abri
Je t’entends dire que tu m’aimes!
Lorenzo.
Je ne crains plus de surprendre
Un regard soucieux
Dans tes yeux radieux.
Car je serai si tendre, si tendre.
Qu'ils seront toujours joyeux.
Gratiano, survenant.
Amants charmants,
Votre éloquence est incomparable.
Mais l’endroit n’est pas favorable,
A de longs roucoulements...
Prévenu par son compère,
Shylock, en furieuse colère,
Va revenir...
Il faut fuir !
Jessica.
De votre aide je vous suis reconnaissante.
Lorenzo.
Là-bas, à Lelmont, chez Portia,
Dont vous aimez tant la belle suivante...
Gratiano.
Nérissa...
Lorenzo.
Si je puis venir au secours
De vos amours,
Comptez sur tout mon zèle!
Gratiano.
Merci, mon ami... Mais voici sur les ailes
De la brise tiède et molle
La chanson précédant la gondole...
(On entend lu chanson sur l'eau.)
Gratiano.
Le temps nous presse...
Je pars aujourd'hui pour Belmont
Avec Bassanio... Dans l’allégresse
Tous les amoureux s’y retrouveront...
(['ne gondole a accosté.)
Une voix.
Embarquez
Jessica et Lorenzo.
Au revoir! Au revoir!
es jeunes gens sont montés dans la gondole qui va s’éloigner.)
Gratiano.
A Belmont!...
(Apercevant Shylock qui revient. A part.) Shylock! Le drame après la comédie!...
Il était temps que je les expédie!
(Il s’esquive.)