‹ Le Marchand de Venise, opéra en 3 actes et 5 tableaux, adaptation en vers de la comédie de ShakespeareChapitre 15 sur 27 · SCÈNE III PORTIA, NÉRISSA, puis le PRINCE D’ARAGON et sa suite · texte numérisé non relu

SCÈNE III PORTIA, NÉRISSA, puis le PRINCE D’ARAGON et sa suite

Nérissa, joyeuse.

Puissent ainsi, pour votre bonheur.

Choisir tous ceux de sa couleur!

Portia, anxieuse.

Que Dieu m’épargne le succès

De qui ne sera pas qui tu sais...

Nérissa, au pu (je.

Allons! Qu’on se presse!

Le suivant, iniroduis-le donc...

Le Page, (imiouçaiit.

Son Altesse

Le Prince d’Aragon !

Entrée très cérémonieuse du Prince d'Ara'jon. entie noblesse. de son rang, de sa naissance.

Le Prince d'Aragon.

Vous avez devant vous, Princesse,

Le fameux Prince d'Aragon!

Pour la valeur et la noblesse

Nulle part il n’est le second !

'foisonné d'or et Grand d’Espagne.

Il a sa cour et son drapeau.

Et même devant Charlemagne

il eut conservé son chapeau!

La Suite des Grands d’Espagne.

Aragon! Aragon! Aragon!

Nulle part n'est le second !

Le Prince d’Aragon.

Depuis Fernand le Catholique,

En même temps que d'Aragon,

il est le souverain unique

De la Castille et de Léon!

La brume des temps enveloppe

L’origine de sa Maison,

Et tous les plus grands rois d'Europe

Pourraient jalouser son blason!

La Suite

Aragon! Aragon! Aragon!

Nulle part n’est le second!

Le Prince d’Aragon.

Pour moi tout est mésalliances,

Mais une si rare beauté

Peut combler toutes les distances

Et vaut mille ans d’hérédité !

Et si, pour conquérir vos charmes,

N’ayant qu’un grand cœur pour appui.

Il suffisait du sort des armes

Vous seriez ma Reine aujourd’hui !

La Suite.

Aragon! Aragon! Aragon!

Portia, avec une modestie affectée.

Prince, je suis sensible à la condescendance

Qui, passant sur l’humble naissance,

De tant de simplicité

Daignerait faire une Majesté,

Mais formelle

Est la volonté paternelle.

Et l’Empereur Charles-Quint lui-même devrait

Subir l'épreuve du coffret !

Le Prince d’Aragon, devant les trois coffrets. Le seul intéressant de ces trois coffrets

Devrait s’ouvrir sitôt que j’apparais!

Prince, c’est trop d’exigence,

Le dernier mot est à la chance !

Le Prince d’Aragon, toujours autoritaire.

A la chance ?

Nérissa.

A la chance...

Le Prince d’Aragon.

Eh! bien, voyons sans surseoir

Si la chance est rebelle à mon pouvoir!

De ce coffret d'or, la matière

Peut tenter un esprit vulgaire, Mais pour qui, comme moi, de façon coutumière

La touche à pleine main,

Ce bel écrin

N’est qu’un piège enfantin!

D’autre part, je glisse

Sur le plomb, trop vil pour qu’on le choisisse,

Et, par sa sobre richesse engageant,

Je choisis le coffret d’argent!

Il ouvre le coffret d’argent et en retire un bout de parchemin. Ciel! Un portrait de fou!... Quelques mots d’écriture...

(Il lit.)

« Qui d’un sage croit faire figure

» Pour un peu de raisonnement,

» Autant qu’un autre, bien souvent,

« N’est qu’un dément! »

(Furieux)

Un dément!

Portia, avec une gaîté moqueuse.

La chance

N’est pas affaire de naissance, La chance n’est pas affaire de puissance,

Prince d’Aragon...

Il ne suffit pas, pour qu’elle soit bonne,

D’avoir un grand nom,

Et d’être né coiffé... d’une couronne,

Nérissa, malicieuse aussi.

Souvent au palais préférant la cabane,

La chance n’est pas courtisane;

Au-dessus des puissants, elle plane

Et de leur puissance ricane.

Portia.

La chance ! La chance !

C’est le bonheur qui passe ou qui ne passe pas

Entre le jour de la naissance

Et celui du trépas...

Voilà, Seigneur, ce qu’on nomme la chance!

Le Prince d’Aragon.

La peste soit de la chance !

J’étais déjà fou, je le crois,

En ne doutant pas de ma Noce,

Aujourd’hui je suis fou deux fois,

Et je retourne à Saragosse!

Portia et Nérissa, ensemble.

A Saragosse!

Tandis que le Roi d'Aragon, toujours furieux, sort avec sa suite, les jeunes femmes éclatent de rire. — Sur un signe de Portia, Nérissa accompagne le Prince. Portia demeure seule.

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