SCÈNE II PORTIA, BASSANIO, NÉRISSA, GRATIANO, LORENZO
et JESSICA.
Bassanio.
Avez-vous à vos trousses, gentils amants,
Un père rêvant d’égorgements?
Lorenzo.
Non... mais sachant qu’ici nous menait un voyage, Antonio pour vous nous donna ce message.
(Il donne une lettre à Bassanio.)
Bassanio, très ému, ouvrant la lettre.
Antonio!... Comment va-t-il, cet ami cher?
Lorenzo.
Lisez...
Bassanio, qui lit- la lettre, consterné.
Ciel ! Des sinistres répétés, sur mer, L’ont ruiné!... Son créancier impitoyable
Peut exiger le paiement effroyable De sa dette !
Est-ce si grave?
Bassanio.
Un pacte d’enfer !
D’après le contrat redoutable, Le juif prêteur sur le débiteur insolvable
Peut se payer d’une livre de chair !
Portia, angoissée.
Est-ce possible?
Bassanio.
Et, chose affreuse,
C’est moi qui par ma faute ai mis A la merci du pire de ses ennemis
L’âme la plus généreuse !
Portia, émue.
Comment?
Bassanio.
Pour ne pas me refuser
Le moyen de réaliser
La croisade amoureuse
Dont vous étiez l’enjeu charmant,
il a signé joyeusement !
Portia.
Le mal n’est pas sans remède :
En payant quatre fois le prêteur exigeant
Nous pouvons lui venir en aide!
Antonio aurait-il cent fois l’argent
Qu’il ne serait pas quitte!... L’aubaine Pour Shylock, c’est le règlement de sa haine !
Jessica.
A l’argent — il l’a dit à son ami Tubal —
Il préfère de beaucoup le mal
Que légalement il peut faire
Au dédaigneux adversaire
Qu’il tient enfin sous son genou !
Bassanio, avec émotion.
Il aimerait me voir, me dit-il dans sa lettre...
Portia.
Puisqu’à ce noble cœur nous devons tout
il ne faut pas remettre
Votre départ... A l’ami magnifique
Courez porter secours,
Car le sang d’un dénouement tragique
Serait funeste à nos amours !
Bassanio.
Je reconnais votre grand cœur...
Là-bas, avec Gratiano, je cours défendre
L’artisan de notre bonheur !
Et nous, nous allons vous attendre...
Ramenez-le... Comme des vierges ou des veuves
Nous vivrons au jour le jour
En espérant des noces neuves
A votre retour...
(Les deux couples s’étreignent, et Bassanio et Gratiano vont s’éloigner.)
Bassanio, du seuil de la porte, à Portia.
Au revoir!
Gratiano, même jeu, à Nérissa.
Au revoir!
Portia.
A bientôt, mon amour !
(Des baisers sont échangés à la volée, et les hommes dispaiaissenl.