‹ Le Marchand de Venise, opéra en 3 actes et 5 tableaux, adaptation en vers de la comédie de ShakespeareChapitre 20 sur 27 · PORTIA, NÉRISSA · texte numérisé non relu

PORTIA, NÉRISSA

Portia.

Nérissa ! Ce n’est pas ma nature,

Dans une pareille aventure,

D’attendre patiemment

Les événements !

Qu’allez-vous faire?

Portia.

De la bonne besogne, j’espère.

Nérissa.

Expliquez-vous?

Portia.

Plus tôt qu’ils ne le croient nous verrons nos époux...

Nérissa.

Comment?

Portia.

Pour mes projets un peu particuliers, ils nous verront sous des habits de cavaliers.

Nérissa, intriguée.

De cavaliers?

Portia.

De cavaliers !... Et j'imagine

Que j’aurai bonne mine

Portant avec fierté

Une dague à mon côté!

J’en suis sûre !

J’aurai les façons et l’allure

D'un jeune seigneur, et sa voix...

Nérissa.

Aussi sa voix ?

Portia.

Oui, pour narrer mes exploits.

Nérissa.

Quels exploits ?

Portia.

Pour dire toutes les sottises,

Les balourdises,

Les vantardises, Dont les hommes, amants ou guerriers,

Pour paraître en tous les premiers

Sont coutumiers !

Nérissa.

Mais toute cette comédie Pourquoi?

Portia.

C’est une idée un peu hardie

Que j’ai...

Puis-je savoir enfin?... Je t’en instruirai de façon précise

Sur le chemin

De Venise...

De Venise, où nous trouverons

Nos déguisements de joyeux lurons Empruntés au Docteur, mon cousin, qui demeure A Padoue, et qu’un courrier joindra tout à l’heure...

Nérissa, amusée.

Chacune en vêtement masculin ?

Portia.

Oui, sans compter, sur vélin,

D’authentiques références... !

Sous ces nouvelles apparences,

Nous rejoindrons incognito

Bassanio...

Nérissa.

Et Gratiano!

J’en ris d’avance !

Portia.

Alors, unissant la hardiesse des hommes

Aux mille tours

Des fines mouches que nous sommes,

Nous porterons secours

A la cause de la justice, Et nous éprouverons par le même artifice

La sûreté de nos amours !

Rideau.

Page 1