PORTIA, NÉRISSA
Portia.
Nérissa ! Ce n’est pas ma nature,
Dans une pareille aventure,
D’attendre patiemment
Les événements !
Qu’allez-vous faire?
Portia.
De la bonne besogne, j’espère.
Nérissa.
Expliquez-vous?
Portia.
Plus tôt qu’ils ne le croient nous verrons nos époux...
Nérissa.
Comment?
Portia.
Pour mes projets un peu particuliers, ils nous verront sous des habits de cavaliers.
Nérissa, intriguée.
De cavaliers?
Portia.
De cavaliers !... Et j'imagine
Que j’aurai bonne mine
Portant avec fierté
Une dague à mon côté!
J’en suis sûre !
J’aurai les façons et l’allure
D'un jeune seigneur, et sa voix...
Nérissa.
Aussi sa voix ?
Portia.
Oui, pour narrer mes exploits.
Nérissa.
Quels exploits ?
Portia.
Pour dire toutes les sottises,
Les balourdises,
Les vantardises, Dont les hommes, amants ou guerriers,
Pour paraître en tous les premiers
Sont coutumiers !
Nérissa.
Mais toute cette comédie Pourquoi?
Portia.
C’est une idée un peu hardie
Que j’ai...
Puis-je savoir enfin?... Je t’en instruirai de façon précise
Sur le chemin
De Venise...
De Venise, où nous trouverons
Nos déguisements de joyeux lurons Empruntés au Docteur, mon cousin, qui demeure A Padoue, et qu’un courrier joindra tout à l’heure...
Nérissa, amusée.
Chacune en vêtement masculin ?
Portia.
Oui, sans compter, sur vélin,
D’authentiques références... !
Sous ces nouvelles apparences,
Nous rejoindrons incognito
Bassanio...
Nérissa.
Et Gratiano!
J’en ris d’avance !
Portia.
Alors, unissant la hardiesse des hommes
Aux mille tours
Des fines mouches que nous sommes,
Nous porterons secours
A la cause de la justice, Et nous éprouverons par le même artifice
La sûreté de nos amours !
Rideau.