‹ Le marchand malgre lui comedie en cinq actes en versChapitre 19 sur 80 · LE MARCHAND MALGRE LDI · texte numérisé non relu

LE MARCHAND MALGRE LDI

Brisés! — L’Opéra? — Mort! — Et la sainte musique?... Offerte en holocauste à la gomme arabique!

CLAUDE

Enfin, il le fallait!...

RENÉ

Pourquoi?...

CLAUDE

Pourquoi, dis-tu?...

Mais Laure est mon amour, ma force, ma vertu.

Je ne puis de bonheur au monde que par elle !

Pour l’épouser, j’aurais empoigné la truelle.

J’aurais gâché le plâtre ou porté sur mon dos Comme les portefaix les plus pesants fardeaux !

Eh bien! elle est à moi : — ce qui veut dire en somme Qu’à dater d’aujourd’hui l'enfant devient un homme, Car je me sens au cœur un pouvoir surhumain!

Fièvre!... qui deviendra lassitude demain!

CLAUDE

Je referai de l'art lorsque je serai riche !

RENÉ

Quand on fait deux métiers, il en est un qu’on triche.

CLAUDE

Je ne renonce pas aux rêves généreux!

Tu referas de l’art ?

CLAUDE

Oui, certes !

RENÉ

Malheureux !

Cette religion secrète que les êtres

Ont pour le beau, ne veut pour croyants que ses prêtres.

Elle n’a que mépris pour ces demi-fervents,

De qui la foi tremblante oscille à tous les vents.

A ses initiés elle garde en avare

Ses trésors innommés, sa jouissance rare,

Et, mère pouêeux seuls, ne prodigue ses biens Qu’à ceux qui, pleinement, ont fait vœu d’être siens!

(Claude s’assied.)

Ainsi font le cœurs forts que la Muse conseille!

As-tu vu la statue en bronze de Corneille ?

Page 1