ACTE II, SCÈNE I
Du rêve intérieur qu’il n’a pas achevé;
11 se consume et meurt de cê qu’il a rêvé !
RENÉ
Hélas! j’avais prévu la douleur qui l’accable!
Notre adieu fut amer et je fus le coupable;
Car en ne sachant point m’arrêter à demi,
Je gourmandai l’artiste et je froissai l’ami !
Je restai seul. — Souvent, dans la petite chambre.
Les pieds sur les chenets, tout rêveur, en décembre,
Son souvenir ami revint me visiter :
Lui, ne revenait pas! — et je voulus quitter Ces murs tièdes encor de l'amitié première.
— Plus tard, la pauvreté, t- grande dame un peu fière, — Chaque fois que j’allais faire le premier pas
Vers Claude, m’arrêtait en me soufflant tout bas :
Claude est riche à présent ! Ses enfants et sa femme Voilà ses seuls amis! Ne conserve en ton àuie Que le Claude connu ; le Claude d’autrefois,
Ton ami Claude est mort! — Et j’écoutais la voix I Heureusement qu’un jour ma bonne Providence Fit pour moi la démarche et nous mit en présence.
— Voici bientôt deux ans déjà, t’en souvient-il?
Un dimanche...
CLAUDINE
C’était un dimanche d’avril :
11 faisait un beau ciel...
RENÉ
Quand je revis ton père.
Seize ans s’étaient passés depuis cette heure amère Où les deux compagnons s’étaient donné la main,
Dans un suprême adieu, sans se dire : à demain !
Où chacun avait pris la route de sa vie.
Et sans se retourner, chacun l’avait suivie!
— Ce fut un heureux jour entre les jours heureux !
Bras dessus, bras dessous, nous revînmes tous deux Causant des jours vécus dans la pauvreté libre.
Chaque mot dans nos cœurs réveillait une fibre.
11 m’entraîna dîner chez vous, à Saint-Ouen, —
Dans le petit chalet du dimanche. — De loin.
Je t’aperçus courant en fraîche robe rose A travers le jardin. — J:; ne sais quelle chose