I O GE 0 D
Nous ne prétendons pas avoir fixé, et encore moins chiffré la part qu’a prise l'Etat dans l'Economie agricole en indiquant simplement l’objet de son action; la méthode serait très hasardée, d’autant plus que les interventions ne sont pas toutes du même ordre : les unes sont profondes et limitatives de la liberté des producteurs et ne peuvent se chiffrer ; d’autres, au contraire, consistent en une simple distribution de primes.
D'ailleurs, les interventions, avec leurs caractéristiques, vont apparaître dans chacune des sections consacrées aux quelques marchés qui ont fait l’objet de la sollicitude de l'Etat.
Section 1. — Blé Section 2. — Vin Section 3. — Betterave, sucre, alcool $ 1. — Betterave $ 2. — Régime des mélasses $ 3. — Régime de l’alcool Section 4. — Viande Section 5. — Lait Section 6. — Produits résineux Section 7. — Chicorée à café Section 8. — Primes à la production
$ 1. — Lin $ 2. — Chanvre $ 3. — Olivier
$ 4. — Sériciculture.
Section 1 LE BLÉ
Premier marché agricole dans le monde comme en France, le blé a droit aussi à la première place dans l’examen des interventions de l'Etat français.
C’est en effet pour le blé que l'Etat a fait le plus d'efforts, tant législatifs que financiers :
Le premier caractère de la législation « d’intervention » concernant le blé est d’être de beaucoup la plus abondante, même comparée à celle du vin, et le Parlement continue toujours à être à son sujet une source intarissable de textes.
Mais la législation sur le blé n’a pas droit à la première place seulement par la « quantité », elle y a droit aussi par l’audace des mesures prises ; car elle attenta souvent à la liberté des producteurs, leur interdisant d’ensemencer telles terres, pouvant leur interdire de semer telles variétés ; et surtout, en violation de la loi de l’offre et de la demande, leur imposant la taxation par un prix minimum de vente, sous peine de sanctions, prévues efficaces.
Quant aux efforts financiers, ce n’est un secret pour personne que depuis 1929, date de la première intervention sur le marché, jusqu’à maintenant, l'Etat a dépensé pour le blé environ 2 milliards et demi.
En faisant bénéficier au premier chef le blé de sa sollicitude, l'Etat n’a fait qu’obéir à la poussée de l’importance économique et de l’importance politique et sociale du blé en France.
Au point de vue économique, le blé est le produit «leader » par excellence des produits agricoles français. Laisser s’écrouler les cours du blé, c’était, par suite de la solidarité des produits, laisser s’écrouler en même temps les cours de toutes les céréales, puis bientôt ceux des autres productions que les nécessités de l’assolement rattachent au blé, sans parler de l’interdépendance psychologique des prix de tous les produits agricoles.
Pour apprécier la diminution du pouvoir d’achat des producteurs, il faut tenir compte du prix et des quantités vendues : les chiffres comparés de la valeur des récoltes en donne une approximation, bien qu’encore l’on admette que toute l'offre ait trouvé acquéreur; cette valeur était estimée entre 10 et 12 milliards, elle n’est plus aujourd’hui que de l’ordre de 6 à 7 milliards, soit une diminution de revenus, dus au blé, de 6 milliards 1.
Les cours du blé menant en quelque sorte le cours des autres produits, on s’aperçoit aisément de la répercussion sur toute l’économie française que peut présenter une baisse prolongée des prix du blé. (A notre avis, sans l'Etat, le blé aurait pu connaître pendant de longs mois le cours de 50 fr. le quintal).
Au point de vue politique et social, l'importance du blé vient du fait qu’en France le type d’exploitation est l'exploitation familiale. Le blé vendu à vil prix, c’est la ruine de millions de familles, ruine qui, entraînant à sa suite le trouble et le désespoir, risque d’anéantir des forces morales trop souvent méconnues, formées au travail pénible et sans répit de la terre, préférant l’indépendance au profit.
1. Voir, Les problèmes français du blé de Sirol, p. 273 et suiv. Librairie du Recueil Sirey, 1934.
1, Structure du Marché
A. Marché mondial.
Nous nous rapportons à l'étude de M. le Professeur Nogaro, publiée dans son livre Les prix agricoles mondiaux et la criset.
La marché du blé est (a été, du moins) un marché essentiellement mondial, c’est-à-dire connaissant une offre mondiale et une demande mondiale. Cela tient à ce que les demandes et les offres sont suffisamment considérables et réparties dans le monde ; cela tient aussi à ce que le grain, par ses qualités propres permet au blé d’être une marchandise de bourse.
En effet, cette offre et cette demande universelles sont révélées à elles-mêmes et mises en rapport par l’intermédiaire des bourses de commerce, qui, en relations télégraphiques et téléphoniques incessantes, groupent les demandes et les offres.
Le résultat de cette organisation boursière du marché mondial est (ou devrait être) une uniformité des prix dans le temps et dans l’espace ; dans l’espace, les arbitrages unifient les prix, qui ne se différencient plus que par les prix du transport, les droits de douane et frais annexes ; dans le temps, le marché à terme a pour effet d'établir une correspondance entre le cours passé, le cours présent et celui à venir. Malgré cela, l’organisation du marché n’a pas pu empêcher les variations énormes de ces dernières années.
Bien que presque tous les pays produisent et consomment du blé, certains produisent plus qu’ils ne consomment, d’autres moins, et au point de vue de l'offre et de