‹ Le Marché Agricole Français Et Les Interventions De L'ÉtatChapitre 23 sur 83 · Article de la Revue des agriculteurs de France · texte numérisé non relu

Article de la Revue des agriculteurs de France

revient : 110 fr.; plus l'intérêt des capitaux, moins la valeur de la paille )... ».

Les résultats de l’étude de M. Rouilly portant seulement sur la grande culture de la région parisienne, peuvent servir de base à un prix de revient moyen, car dans les exploitations de culture extensive, si le prix de revient est faible, le rendement est aussi très faible. On peut admettre le principe : « que dans toutes les exploitations, le prix de revient du quintal est toujours d’autant plus élevé que le rendement est plus faible ».

€ Dans les exploitations industrielles du Nord ou du Soissonnais, où les rendements ont été pour la récolte de 1934, de l’ordre de 35 à 40 quintaux, il semble que le prix de revient à l’hectare, indiqué par M. Ferté, soit très supérieur à celui de nos exploitations de l’Ile de France, et dépasse le chiffre de 3.000 fr. En définitive, le prix de revient dans ces régions serait du même ordre que le nôtre ».

Et M. Rouilly conclut :

« L’agriculteur peut-il comprimer ses prix de revient ? Dans une faible proportion, peut-être !

« Devra-t-il se résoudre à réduire encore les salaires ? Il faudra sans doute l’envisager, bien que cette solution soit injuste et dangereuse pour l’ordre social, parce qu’elle amoindrit le standard de vie de l’ouvrier agricole. Elle n’améliorerait pas non plus celui du paysan, travaillant lui-même sans main-d'œuvre salariée, et qui, avec l’ouvrier agricole, constitue l’élément le plus important de la population française.

« Quant aux engrais et matériels, l’agriculteur a fait presque toutes les compressions possibles : il suffirait pour s’en rendre compte, d'examiner la situation des ventes de ses fournisseurs ».

Le journal Le Temps donnait récemment une information émanant de M. Ferté, déjà cité :

« Pour la récolte de 1935, il est facile de prouver, non par des prix de revient séparés, mais par l'examen des conditions de l’équilibre global des exploitations qu'il faudrait les prix adoptés en 1933 comme minima ».

Le prix minimum fixé en juillet 1933 était de 115 fr. le quintal.

Par ailleurs, dans un article du journal Le Quotidien, du 7 septembre 1935, relatant un interview de M. Pierre Hallé, le distingué secrétaire général de l’Association générale des producteurs de blé, celui-ci disait :

« Notre association estime que tant que le prix du blé ne sera pas de 100 fr. à la ferme, le producteur ne sera pas rémunéré de ses travaux ».

En conclusion, c’est un prix de vente à la ferme voisin de 110 fr. pour le quintal de blé, que nous estimons devoir être le premier objectif à atteindre dans la revalorisation du blé; mais il est bien entendu que ce prix comporte une revalorisation parallèle de l’ensemble, ou au moins des plus importants produits agricoles cultivés sur le territoire français.

Remarquons que le cours de 100 fr. a été atteint dans les premiers jours de mars de cette année ; on a vu une hausse de 5 fr. en une seule journée. Mais ce cours que l’assainissement du marché justifiait était une répercussion (la rapidité de la hausse en est la preuve) de la tension diplomatique franco-allemande.

29 Consommation.

En 1931, M. Pierre Hallé, secrétaire de l'Association générale des producteurs de blé, dans son rapport au Conseil National économique, écrivait :

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« Il est lamentable de voir qu’il faut définir une politique du blé sans rien connaître des besoins de la consommation. Des chiffres sont lancés : depuis longtemps on répète que 79 millions de quintaux sont utilisés pour l’alimentation humaine (consommation d’avant-guerre) ; 10 millions de quintaux pour les semences ; 3 millions pour les industries spécialisées. En fait, personne n’en sait rien ».

Le même auteur estimait qu’en 1929 et 1930, l’alimentation animale avait donné un débouché à 8 ou 10 millions de quintaux.

Le blé peut être employé sous quatre formes différentes, mais il est impossible de donner un pourcentage rigoureux à chacune de ces utilisations. La plus importante est l’alimentation humaine sous forme de pain ; une autre forme d’alimentation humaine se fait sous forme de pâtes, de biscottes, biscuits et pâtisseries. Les semences constituent une troisième utilisation, qui reste à peu près constante, et enfin une dernière utilisation consiste à le donner comme fourrage aux animaux. Lorsque le prix du blé est élevé, cette dernière forme serait très peu employée sans l’encouragement de l'Etat ; au contraire, lorsque le blé tombe à des prix se comparant à celui des céréales secondaires, cette utilisation peut atteindre 1/10 de la consommation humaine, comme en 1930.

La dénaturation du blé consiste justement à obliger le froment à être dirigé vers le débouché de la consommation animale (concurrençant d’ailleurs les céréales secondaires).

Cependant, il est certain que le débouché normal est la consommation humaine et les chiffres de la consommation annuelle par tête d’habitant font ressortir une diminution qui dépasse 15% depuis 1913.

Pourtant, comparée à celle des autres pays, la consommation française par tête d’habitant reste la plus forte, comme elle l'était avant-guerre.

1909-14 1922-27 1929-34 France 220 195 190 Canada — 188 — Italie 162 183 At Belgique 197 180 143 Grande-Bretagne 153 158 nes:

Espagne 155 158 145 Australie — 155 —- Amérique (U.S.A.) — 18e — Suisse 153 HO 104 Suède EL 82 73

La tendance à la diminution de la consommation tient sans doute à beaucoup de facteurs : diminution du travail musculaire, remplacé par la machine ; conditions d’existence plus urbaine qu’autrefois, et aussi à l’opinion du corps médical, peu favorable au pain, en général, et en particulier au pain blanc, qualifié « d’incomplet ».

3° Commerce avec l'étranger.

Les importations, les exportations et l'admission temporaire de froment, sont étroitement liées aux interventions de l'Etat. Ce paragraphe n’a pour but que de donner un aperçu statistique sans explications (sauf pour l'admission temporaire).

Importations et exportations. — Les importations, comme les exportations, sont connues avec la précision désirable, grâce aux statistiques douanières fournies par le Ministère des Finances.

La France est classée parmi les pays importateurs d'Europe. Tantôt importatrice, tantôt exportatrice, suivant les années qui vont de 1815 à 1878, la France ne présente, depuis 1878, exception faite pour 1930, que des années dont les importations l’emportent sur les exportations.

L'année 1930 marque exceptionnellement un excédent d'exportation assez important ; mais c’est un résultat qui est imputable bien plutôt aux interventions d’ordre interne de l’Etat qu’au jeu normal du commerce extérieur. Nous en reparlerons d’ailleurs comme d’un moyen employé pour augmenter la demande et.éliminer les stocks.

Les chiffres des importations de blé sont souvent différents d’un auteur à l’autre. Il importe de distinguer les importations de blés tendres, et d’autre part celles de blé durs, destinés à la fabrication des semoules et pâtes alimentaires. Pour les uns comme pour les autres, il faut distinguer les blés importés pour la consommation directe, et ceux importés au titre de l’admission temporaire. Enfin, les blés de consommation directe peuvent provenir d’Algérie, de Tunisie ou du Maroc, dans la limite du contingent réglementaire et en ce cas ils devraient être considérés comme « blés indigènes ».

Les chiffres suivants indiquent lesimportations etexportations pour la France métropolitaine, et comprennent les blés en provenance de l'Afrique du Nord ou y exportés, mais déduction faite des admissions temporaires.

Importations 1 Exportations !

(commerce spécial) (commerce spécial)

en quint. en quint.

Blé tendre Blé dur Blé tendre Blé dur

L'Afrique du Nord avec une production, pour 1934, de 23 millions de quintaux a une possibilité d'exportation de 7 millions de quintaux, dont 3 millions de blé tendre et 4 millions de blé dur.

La métropole ne peut importer, pour 1936, qu'environ 3 millions de quintaux, en provenance de l’Afrique du Nord.

L'Afrique du Nord doit donc, soit exporter le surplus à l’étranger (ce qui paraît difficile), soir réduire sa production.

Notons en passant que la loi du 24 décembre 1934, s’appliquant à l’Algérie, l’oblige à ne pas augmenter ses emblavements.

Admission temporaire.

L’admission temporaire est une pratique qui réappa-

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