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Eléments du prcblème de l’alcool

Pendant la guerre, toute la production d’alcool trouva un débouché facile et constant dans les industries de guerre ; mais après la période des hostilités, le marché se trouva soudain dans un état assez anarchique, alcools industriels et alcools de bouche se partageant, tant bien que mal, des débouchés rétrécis.

Le problème de l'alcool fut discuté devant le Parlement ; mais, comme bien des discussions, celles-ci furent, au début du moins, stériles et n’aboutirent qu’à exciter betteraviers du Nord, agriculteurs de l’Ouest et vignerons de toutes régions.

Avant d'examiner l'accord de Béziers, intervenu en

1922, dans le cadre de Ia loi de 1916, mais sur un plan purement professionnel, nous allons examiner en deux paragraphes les solutions données au problème de l’alcool dans les pays étrangers et sur le marché français des alcools.

A. Solutions au problème de l'alcool dans les pays étrangers 1.

Il est intéressant de voir comment les pays étrangers ont résolu le problème de l'alcool.

Dans les uns, l’alcool fait l’objet d’un monopole d'Etat (Allemagne, Pologne, Suisse, Turquie) ; dans les autres c'est un monopole de fait (Autriche, Norvège, Suède, Chili) ; dans d’autres enfin, c’est la liberté du commerce qui a prévalu (Belgique, Bulgarie, Espagne, Grande- Bretagne, Grèce, Pays-Bas, Portugal, Yougoslavie, Australie, Canada, Egypte, Japon).

Nous allons exposer, en quelques mots, le régime adopté par les pays qui entourent la France, et qui, par hasard, pratiquent chacun un système différent.

19 Monopole d'Etat : l'Allemagne. — D'après la loi de 1918, qui institue le monopole et consacra un état de fait, l'Administration du monopole comprend deux parties :

« L'office du monopole du Reich », qui comprend l’autorité administrative,

et le « service de vente », qui s'occupe des opérations commerciales.

L'alcool est vendu par l'Administration du monopole soit comme alcool brut, soit comme alcool de bouche.

1. Voir, Pierre Marbeau, Le régime des alcools d'industrie et des alcools de bouche en France, p. 245 et suiv., Librairie Louis Arnette.

Assurant toutes les opérations commerciales, l’Administration du monopole peut régler la production suivant les besoins du pays. Les prix sont toujours fixés par l’Administration.

Faute de débouchés suffisants, la production est contingentée ; mais on estime généralement que l'alcool provenant des pommes de terre pourrait s’accroître de 1.000.000 d’hectolitres, et celui provenant des mélasses de 350.000 hectolitres.

Autres pays pratiquant le monopole d'Etat.

La Pologne, la Suisse, la Turquie.

20 Monopole de fait : l'Italie. — En principe, la fabrication et le commerce de l'alcool sont libres ; mais en fait 1l existe un consortium : (La Societa Italiana produttori alcool », qui groupe toutes les distilleries.

Autres pays pratiquant le monopole de fait :

Autriche, Danemark, Hongrie, Norvège, Roumanie, Suède, Tchécoslovaquie (en Europe) et le Chili.

3° Pays de liberté absolue : Belgique. — II n’existe en Belgique aucun contrôle à la production. Les distillateurs ont simplement constitué entre eux une association, mais sans surveillance de l'Etat.

Autres pays de liberté absolue :

Bulgarie, Espagne, Grande-Bretagne, Grèce, Pays- Bas, Portugal (en Europe) et l’Australie, le Brésil, le. Canada, le Japon, etc.

B. Le marché français.

1° Production. — Le terme alcool est, en chimie, un terme générique; par contre, le produit commercial appelé « alcool » provenant de la distillation de produits

agricoles, et parfois de synthèse, désigne simplement l'alcool éthylique ; mais, suivant qu'il est extrait de tel ou tel produit, on a différents alcools, qui sont classés en deux grandes catégories :

Les alcools naturels, qui sont les produits de la distillation des vins, cidres, poirés, marcs, lies et fruits frais :

les hydromels, ou alcools obtenus par la distillation du miel ;

les genièvres, alcools obtenus par la distillation simple du seigle, du blé, de l’orge, de l’avoine ; et susceptibles d’être livrés sans coupage à la consommation.

les rhums et tafias, importés des colonies françaises, provenant de la distillation des mélasses ou sirop de sucre de canne.

Les alcools d'industrie, qui sont tous les autres alcools, tels que : les alcools de betteraves, de mélasses, de grains, de pommes de terre, et les alcools de synthèse.

Cette classification légale est arbitraire, car, sauf les alcools de synthèse, produits en faible quantité, tous les alcools sont d’origine végétale.

Il est d’ailleurs curieux de constater que les alcools dits «naturels » sont à peu près tous fournis par les régions du Midi et de l'Ouest de la France, régions ayant au Parlement l’avantage du nombre ; alors que les alcools dits « industriels», sont fabriqués dans la région du Nord.

En examinant les statistiques, on est frappé par l’augmentation extraordinaire de la production.

Production des alcools (après guerre) (en hectolitres)

Moyenne 1 : 1904-1913 2.612.000

Années 1 1919 821.000 == 1922 1.733.000 = 1926 1.485.000 — 1928 2.153.000

Campagnes ? :

co

où À À Co

Le détail de la production est intéressant à noter, car

si l’évolution a été très différente suivant les origines de

l’alcool, le tableau ci-après indique quelques chiffres, que

M. Achard nous a communiqués.

1° Alcools industriels É 1930-31 1932-33 1934-35

Betteraves 1:525.175 2.446.892. 2.889.215 Mélasses 908.221 830.278 1.069.622 Farines 5.070 17-979 2.497 Autres 11.265 11.888 16.917 Total DÉAAÏ 295291057853 -9877251

Stocks du 1er septembre dé chaque campagne : 494.313 1.603.074 1.555.946

2° Alcools libres (Alcools dits « naturels ») 1930-31 1932-33 1934-35

Vin 130.200 130.875 934.896 Marcs, lies et fruits 265.303 315.044 393.995 Cidres, pommes, poirés AR ne 446.200 Genièvres 25.610 21.188 18.760 Autres substances 6.509 28 Total 639.518 971.084 1.793.879

Stock au 1®% septembre de chaque campagne : APAG7 SOI SOUS 10775438

1. Statistique annuelle du Ministère de l’Agriculture. 2. Chiffres communiqués par M. Achard.

Pendant la campagne 1934-1935, sur le total de la production d’alcools libres, 714.000 hectolitres ont été livrés au Service des alcools, se répartissant entre :

l’Alcoo!l de vin 669.000 h1.

et l’Alcool de pommes 45.000 h1.

De plus, des importations d’alcool libre, malgré l’encombrement du marché, sont admises, en provenance de l'Afrique du Nord.

dont, en 1935, 524.394 hectolitres provenaient de

l'Algérie.

20 Economie du marché1.

Au lendemain de la guerre, la production de l’alcool de betterave était très faible, par suite de la destruction des distilleries qui se trouvaient, pour la plupart, dans les régions envahies et n’existaient plus.

Pendant la reconstitution, et bien que les quantités produites fussent inférieures à celles d’avant-guerre, les stocks augmentaient, du fait que les usages industriels de l’alcool industriel acheté par l'Etat étaient peu nombreux ; il n’y avait, comme débouché important, que l'éclairage et le chauffage.

Pendant la guerre, pour assurer la fabrication des vinaigres, des produits pharmaceutiques et d’eaux de toilette, des cessions d’alcool industriel avaient été faites pour ces usages, et on avait appelé ces industries « privilégiées », puisqu'elles étaient fournies de préférence à la consommation de bouche, à des prix raisonnables alors qu’elles ne pouvaient se procurer leur matière pre-

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