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Les Pouvoirs Publics de ces pays ont employé des moyens très efficaces, agissant soit sur l'offre, soit sur la demande, soit, quelquefois, sur les prix.

Le Danemark et les Etats-Unis ont contingenté la production de l’éleveur par des cartes, des sanctions étant appliquées à celui qui conserve plus de têtes que celles qu’il a été autorisé à garder.

D’autres Etats sont intervenus directement sur les marchés en prélevant une certaine quantité d'animaux.

Les Pays-Bas ont ainsi décidé l’achat sur le marché de 4.000 vaches laitières par semaine pendant un an; la viande mise en conserve est destinée aux chômeurs. Ce système est ingénieux, puisque, d’abord, sous l’apparence d'assistance sociale, il sera accepté par tous, et surtout il dégage à la fois immédiatement le marché du lait et le marché de la viande, en même temps que le marché à venir, en éliminant les mères.

Les Etats-Unis ont appliqué la même méthode, mais plus largement, comme d'habitude : l'Etat a acheté 3 millions de vaches laitières en 1934, et le programme complet prévoit l’élimination d'environ 10 millions de bêtes.

La Suisse a employé aussi le même procédé. Il est intéressant de noter que la Suisse a essayé également du prix minimum : les viandes de génisses et de bœufs gras de choix étaient taxées au prix minimum de 1 fr. 20 par kilogramme ; mais ce second essai échoua, car les acheteurs avaient transformé ce prix minimum en prix Maximum, et le système fut abandonné.

L'Etat Irlandais est intervenu différemment, en payant une prime de 10 shillings pour chaque peau de veau présentée : c’est encore une manière de dégager le marché immédiatement et pour l'avenir.

Les résultats obtenus ont dépassé les espérances dans quelques pays. Au Danemark, en 18 mois, l'effectif des porcins est passé de 4,5 millions à 3 millions de têtes ; les prix ont monté fortement, mais les abatages sont devenus à peine suffisants pour assurer le contingent mensuel de bacon accordé par la Grande-Bretagne.

De même, aux Etats-Unis, l’effectif porcin a été réduit au point qu’il a fallu importer des pores canadiens.

B. Structure du marché français 1.

En France, l'élevage constitue une des branches les plus importantes de notre économie agricole : en 1929, la production de la viande représentait environ 15 milliards de francs. |

Dans bien des régions, les pâturages occupent la presque totalité du sol productif (avec la forêt); ailleurs, à côté de la culture, la plupart des exploitants font de l'élevage.

Depuis 1914, la diminution de la surface cultivée en blé porte sur environ un million d’hectares, et cette surface devenue libre a été principalement consacrée à l’herbage, pour deux raisons essentielles : d’abord la rémunération intéressante des produits de l'élevage, ensuite et surtout parce que l'élevage nécessite une moindre main-d'œuvre que toute autre production agriagricole.

1° Production.

Les chiffres statistiques fournis par le Ministère de l’Agriculture montrent, par comparaison avec l’an-

1. Sources principales de documentation : Entrevue avec M. Rouy, secrétaire général de l’Association générale des producteurs de viande ;

Publication déjà citée, La viande, éditée en avril 1929, par la C. N. A. A. ; Articles de M. Rouy dans la Journée industrielle.

née 1913, que notre cheptel, décimé pendant la guerre a été reconstitué, sauf pour les ovins. Dans les effectifs du troupeau français, le cheval tient une place importante ; mais au point de vue de la production de viande, son cas est un peu spécial. Aussi nous limiteronsnous aux bovins, ovins et porcins.

(en têtes de bétail)

Bovins Ovins Porcins 1913 14.788.000 16.131.000 7.036.000 1918 12.251.000 9.061.000 3.980.000 1924 14.025.000 10.172.000 5.802.000 1927 14.941.000 10.693.000 6.019.000 1929 15.631.000 10.452.000 6.102.000 1930 15.467.000 10.152.000 6.324.000 1931 15.434.000 9.845.000 6.398.000 1932 15.643.000 9.762.000 6.488.000 1933 15.830.000 9.730.000 6.769.000 1934 15.704.000 9.571.000 7.044.000

Pour les bovins, la reconstitution du troupeau était effectuée dès 1927, et actuellement le nombre de têtes est de près de un million supérieur à celui de 1913.

Pour les ovins, après avoir atteint un chiffre maximum en 1927 (chiffre d’ailleurs très inférieur à celui de 1913), le troupeau français actuel n’est que les 60% de celui d’avant-guerre.

Quant aux porcins, les chiffres actuels sont comparables à ceux d’avant-guerre.

29 Consommation intérieure.

L'opinion généralement répandue est que la consommation de viande a diminué avec l’abaissement du pouvoir d’achat dû à la crise générale ; or, M. Rouy, le distingué secrétaire de l’Association générale des producteurs de viande, dans divers articles, fait constater que

les chiffres d’abatage publiés par la Statistique générale de la France infirment nettement cette opinion.

Cette statistique donne, en effet, le nombre d’animaux abattus dans 31 grands abattoirs français, parmi lesquels ceux de 21 villes principales, et cen’est pas un recul que l’on constate, mais bien plutôt une progression PICSAUCLLE.

Afin de ne pas conclure avec des chiffres que l’on peut critiquer comme étant partiels, M. Rouy, par l’examen des recettes de la taxe à l’abatage, qui, elle, s'applique au poids vif sur tous les animaux sacrifiés en France pour la consommation (exception faite pour les pores tués à la ferme pour la consommation familiale), a dressé un tableau depuis 1927 : les chiffres de la première colonne sont tirés des relevés des recettes de la taxe à l’abatage ; ceux de la seconde, de la statistique des douanes. Ces chiffres ont été arrondis et représentent des milliers de tonnes de viande : bœuf, veau, mouton, porc, cheval.

Viandes produites Excédents en France importés Total consommé 1927 1.184 115 1.299 1928 1359 il 1.374 1929 1.385 6 10 1930 1.281 102 1.383 1931 1AISS 180 1#303 1932 1.298 75 1257 1933 1.381 59 1.440 1934 1.441 32 1473 1935 1.503 21 1.524

« La lecture de ce tableau démontre que, pendant plusieurs années, la consommation de la viande est restée assez constante, les variations des importations compensant à peu de chose près celles de la production intérieure.

« Dans les deux dernières années, au contraire, en dépit du recul des entrées de l’extérieur, la consommation s'accroît nettement du fait du plus grand nombre d’animaux abattus ».

30 Commerce extérieur.

Pendant la guerre et au cours de l’après-guerre, jusqu'à la reconstitution de notre cheptel national, les importations avaient atteint un chiffre très considérable. Vers 1928-1929, après la reconstitution du troupeau, ces importations redevenaient à peu près normales ; mais, par suite de la baisse mondiale, elles remontaient en 1930 et surtout en 1931 à des chiffres que n’expliquaient plus

les quantités déficitaires de notre production nationale.

La diversité des catégories, des espèces et des formes sous lesquelles se présentent les importations venant tant de l’étranger que des colonies françaises, nous entraînerait à citer des chiffres trop nombreux, qui compliqueralent l'exposé sans donner une idée complète de la question ; aussi, nous a-t-1l paru préférable de considérer uniquement les chiffres globaux par lesquels M. Rouy a groupé, en faisant les conversions nécessaires, les bovins, ovins, porcins, chevaux de boucherie sur pied, les volailles, les viandes fraîches et congelées de bœuf, veau, mouton, porcs et autres, ainsi que les conserves et charcuteries.

En faisant figurer également les exportations, qui, à

certaines époques, ont tenu une place très appréciable, on obtient le tableau récapitulatif suivant :

Excédents des import.

Importa- Exporta- = tions tions | en % dela en poids [consommation.

(en millions de quintaux de viande)

Moyenne annuelle

1901-1910 426 282 144 (DAT VA Année 1913 445 320 125 0,65 Moyenne

annuelle |

1921-1930 1.400 400: 1.000 5 0 Année 1931 DITS 116 22007 1e GA Année 1934 570 182 388 2 —

Dans ce tableau, le trafic avec la Sarre à été pris en considération, afin de rendre la comparaison exacte dans la mesure du possible.

Pour l’année 1935, l’excédent d'importation s’est monté à 391.500 quintaux, et on peut remarquer que ce chiffre est encore très sensiblement supérieur à celui d’avant-guerre: cela tient presqu’uniquement à une diminution des sorties de bovins, par rapport à cette période ; le tonnage total des importations, en 1935, est en effet très supérieur à celui de 1913.

L’excédent d’importations est imputable à nos colonies pour 243.000 quintaux, et à l’étranger, pour 117.600 quintaux (soit le 1/3 seulement).

40 Commerce intérieur.

Les cours officiels du marché de la Villette, cours moyen au kilogramme de viande net pour les animaux de deuxième qualité, qui constituent la consommation courante, résument l’évolution dans le tableau suivant :

Boeuf Veau Mouton Porc (net) (net) (net) (net) fr. fre LT fl 1913 1,61orsoit: |2,33orsoit |2,27orsoit |1,80 or soit 8,05 105 1125 9,00 1930 10,25 19:02 14,81 ISLE 1931 9,26 11,90 13,46 8,46 1933 5,55 . 8,86 1K0) 707 9,21 1934 5,13 7,61 1112 6,08 1935 4,79 Filr 10,08 3,69 1936 tertrim. 5,20 8,45 10,15 4,74

Ces chiffres sont ceux des prix de gros au marché de la Villette, c’est-à-dire comprenant le revenu du producteur et celui des intermédiaires, y compris les frais, taxes, transport et prélèvements divers.

M. Rouy fait remarquer que le prix du détail et le prix chez le producteur n’ont pas suivi des courbes parallèles. En 5 ans, de 1930 à 1935, le prix est tombé de moitié pour le producteur et du tiers seulement pour le consommateur. Cela tient à ce fait que la marge brute est restée la même; mais alors qu’en 1930, cette marge brute ne représentait que le tiers du prix total au détail et la moitié du prix à la production, elle est aujourd’hui égale au prix à la production, et entre pour la moitié dans le prix de vente au détail.

Il. Interventions de l’État

A. Pourquoi l'Etat est-il intervenu ?

En étudiant l’évolution du marché de la viande, on rencontre le même processus, la même suite de circonstances qui ont influencé les marchés du blé et du vin, par exemple.

L'Etat a essayé, tout d’abord, de dégager le marché

national de la concurrence étrangère ; mais les importations considérables de 1931 ont prouvé que les droits de douane étaient insuffisants ; l'Etat eut alors recours au contingentement.

Mais jusque là, la crise, uniquement crise de prix, semblait pouvoir être résolue par des moyens d’ordre externe, puisque la France était considérée encore comme pays importateur de viande.

Si l’année 1931 avait été marquée par une débâcle des cours du bétail dans le courant de l’été et de l’automne, après une défense aussi énergique contre l’extérieur, les prix auraient dû au moins se stabiliser. Or les années 1932 et 1933 ont vu les cours de la viande baisser encore et M. Rouy écrivait en septembre 1933 :1

« La baisse ininterrompue depuis trois ans est de 50% à la Villette, c’est-à-dire plus encore à la production, les frais intermédiaires étant restés constants ».

Et il dénonçait à cette époque l’inefficacité d’une défense contre les importations étrangères, en constatant que : « une offre abondante compense, et au delà, la très forte diminution des apports étrangers ».

En 1934, un nouvel avilissement des cours se produit, et comme conséquence normale, une aggravation progressive de l’inquiétude des producteurs. La concurrence étrangère ayant été éliminée, la chute des cours tenait donc à une offre intérieure trop abondante, que l’on peut attribuer à deux causes principales

19 L’excédent des disponibilités. — La bonne tenue des cours du bétail, en 1929 et 1931, alors que la crise commençait à peser sur les autres marchés agricoles, a poussé au développement de cette production.

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