I. L'Économie dirigée et le libéralisme
Le libéralisme, en agriculture, ne comporte presque jamais le libre-échange ; bien au contraire, les libéraux sont protectionnistes et pensent, d’ailleurs, que le protectionnisme ne doit pas réduire les échanges internationaux, mais les orienter et en éviter les abus. Ainsi, disent-ils, la France ne souffre pas d’une surproduction généralisée mais d’un déséquilibre entre les productions diverses. La France métropolitaine ne produit pas assez pour ses besoins. Après cette constatation, ils préconisent le rétablissement de l’équilibre à l’aide de la protection douanière, d’une part, et d’autre part à l’aide d’un aménagement de la production agricole coloniale.
Enfin, le libéralisme qui veut vivre ne peut signifier, à l’heure actuelle, qu’une libre entente des associations et des groupements d'intérêts économiques, vis-à-vis desquels l'Etat ne jouerait qu’un rôle de contrôleur et un rôle de « persuasion ».
Nous ne pouvons nous attarder à l’étude de l’intéressant programme constructif du libéralisme, qui est la négation de toute intervention de l'Etat sur les facteurs économiques de production et de répartition.
Les critiques portées contre l’expérience française d'agriculture dirigée pendant ces dernières années, peuvent être classées en quatre groupes
1° elle a manqué son but;
2° elle procède avec un manque total de méthode ;
3° elle porte atteinte au droit de propriété et à la liberté ;
490 elle dépasse les fonctions de l'Etat.
1° Elle a manqué son but.
Voici les appréciations mêmes, faites non pas seulemen dans un but doctrinal, mais pratique, puisqu'elles ont été publiées dans une série de rapports 1 faits par des techniciens en vue de savoir ce qu’il fallait penser des interventions de l'Etat.
« Pour ne parler que des interventions qui concernent les deux produits de base, le blé et le vin, les interventions qui visaient à mieux équilibrer production et consommation ont eu un caractère nettement empirique. Elles ont donné lieu à de nombreux textes législatifs. On ne peut douter que leurs auteurs aient été inspirés par le désir d’aider les agriculteurs, mais on est bien forcé de constater que le but a été presque totalement manqué, si tant est que la situation ne s’en soit pas trouvée, à certains égards, aggravée »2.
Et d’abord, les critiques ne manquent pas sur l’établissement d’un prix minimum. On sait les dangers et l'impossibilité d'établir un prix minimum sans annihiler complètement le mécanisme de l’établissement naturel des prix. Il en est résulté que la loi de l’offre et de la demande a continué à jouer, mais en conduisant à la fraude : c’est une preuve éclatante de la vitalité de cette loi, que quelques uns croient périmée.
« On n’a pas manqué de faire grief aux agriculteurs d’avoir transgressé cette loi du prix minimum : s’étaiton demandé dans quelle situation on plaçait les cultivateurs qui ne trouvent de trésorerie que dans la réalisation de leur récolte ? Le cultivateur a l'habitude de faire face à ses échéances ; il ne cherche pas les combinaisons dila-